« Encore ! »
S'il existe un mot que connaissent bien les parents de jeunes enfants, c'est probablement celui-là. 😂
On referme à peine l'album que déjà une petite voix réclame :
« Encore une fois ! »
Et nous voilà repartis pour une nouvelle lecture de cette histoire que nous avons déjà racontée hier soir.
Et avant-hier.
Et probablement quinze fois depuis le début de la semaine.
À tel point qu'un jour, nous réalisons quelque chose d'assez amusant : nous n'avons même plus besoin de regarder le texte pour raconter l'histoire !😅
Mais pourquoi les enfants éprouvent-ils ce besoin de retrouver encore et encore exactement le même livre ?
Pourquoi choisir celui que l'on connaît déjà alors que dix autres albums attendent juste à côté ?
Ce qui pourrait nous sembler répétitif répond en réalité à plusieurs besoins importants de l'enfance.
Et finalement, derrière ce petit « Encore ! » se cache beaucoup plus qu'une simple préférence pour une histoire.
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Lorsque nous découvrons une histoire pour la première fois, nous ne savons pas ce qui va arriver.
Pour un jeune enfant, cette incertitude peut être excitante… mais elle demande aussi beaucoup d'attention.
Lorsqu'il connaît déjà l'histoire, tout change.
Il sait que le loup va apparaître.
Il sait que le personnage retrouvera sa maman.
Il sait quelle catastrophe va se produire.
Et surtout, il connaît la fin.
Cette prévisibilité peut être extrêmement rassurante.
Dans une journée où tant de choses échappent encore à son contrôle, le livre devient un petit monde familier dans lequel il sait exactement ce qui va se passer.
Un peu comme nous lorsque nous regardons pour la dixième fois un film que nous adorons. 😉
Nous connaissons la fin.
Et pourtant, nous éprouvons toujours du plaisir à retrouver les personnages et l'atmosphère que nous aimons.
Nous avons parfois l'impression que l'enfant reçoit exactement la même chose lorsqu'on lui relit un album.
En réalité, son attention peut se déplacer d'une lecture à l'autre.
La première fois, il découvre peut-être surtout l'histoire.
La deuxième, il remarque davantage les illustrations.
La troisième, un mot nouveau attire son attention.
La quatrième, il comprend pourquoi un personnage agit d'une certaine manière.
Et quelques jours plus tard, il remarque ce minuscule détail dans l'image que nous-mêmes n'avions jamais vu !
C'est l'une des beautés de la relecture : le livre ne change pas, mais le regard de l'enfant, lui, évolue.
Entendre plusieurs fois les mêmes phrases permet également à l'enfant de se familiariser avec les mots, les tournures de phrases et le rythme du langage.
Petit à petit, certains mots deviennent familiers.
Puis certaines phrases.
Jusqu'au jour où…
nous commençons une phrase et l'enfant la termine à notre place !
Quel bonheur de voir alors son petit sourire triomphant !
Il ne sait peut-être pas encore lire, mais il devient déjà acteur de la lecture.
On peut d'ailleurs s'amuser à faire volontairement une petite pause avant un passage qu'il connaît :
« Et alors le petit ours… »
Silence.
Et attendre.
Il y a de grandes chances qu'une petite voix s'empresse de donner la suite !
Les albums jeunesse sont souvent remplis de minuscules détails.
Une petite souris cachée derrière une chaise.
Un personnage que l'on aperçoit au loin.
Une couleur qui revient au fil des pages.
Une expression amusante sur un visage.
Lors de la première lecture, l'enfant suit surtout ce qui se passe.
Mais lorsqu'il connaît parfaitement l'histoire, il dispose de davantage d'attention pour explorer les images.
C'est ainsi que les enfants finissent parfois par connaître un album mieux que nous.
Et gare au parent épuisé qui essaie de sauter discrètement une page au moment du coucher…
Ils le savent.
Oh oui.
Ils le savent toujours. 😂
Je crois que c'est un aspect que l'on oublie parfois.
L'enfant ne réclame pas uniquement un livre.
Il réclame aussi un moment.
La proximité.
La voix de son parent.
Une place sur les genoux.
Le rituel avant de dormir.
La façon particulière dont papa fait la voix de l'ours ou dont maman prononce toujours cette phrase.
L'histoire devient associée à un sentiment de sécurité et de connexion.
Et lorsqu'un enfant demande :
« Tu me lis encore celui-là ? »
il demande peut-être aussi :
« On refait notre petit moment à nous ? »
Et vu ainsi, la vingt-neuvième lecture devient soudain beaucoup plus touchante. ❤️
Il suffit d'observer un jeune enfant jouer pour s'en rendre compte.
Il remplit un récipient.
Le vide.
Le remplit.
Le vide.
Il empile trois cubes.
Les fait tomber.
Puis recommence.
Encore.
Et encore.
La répétition n'est pas un manque d'imagination.
Elle fait partie de l'apprentissage.
L'enfant expérimente, anticipe, vérifie, mémorise et affine ce qu'il connaît déjà.
Les histoires n'échappent pas à ce processus.
À force de retrouver le même récit, il devient capable d'anticiper, de raconter, de faire des liens et parfois même de jouer ensuite l'histoire avec ses poupées, ses figurines ou simplement son imagination.
Il arrive également qu'un enfant réclame particulièrement une histoire qui parle d'une émotion ou d'une situation qui le touche.
La peur du noir.
La séparation.
La colère.
L'arrivée d'un bébé.
L'entrée à l'école.
La mort.
La jalousie.
Dans la sécurité du livre, il peut rencontrer cette émotion encore et encore.
Il sait ce qui va arriver.
Il peut interrompre la lecture.
Poser une question.
Revenir sur une image.
Ou simplement écouter.
La littérature offre ainsi un espace très doux pour mettre peu à peu des mots sur ce que l'on ressent.
Bien sûr !
On peut continuer à laisser de nouveaux albums à disposition, aller à la bibliothèque, installer quelques livres différents dans un panier ou proposer occasionnellement :
« Celui-ci, nous ne l'avons encore jamais lu. On le découvre ensemble ? »
Mais inutile de retirer son livre préféré sous prétexte qu'il le connaît déjà.
On peut très bien conserver l'histoire refuge et glisser doucement de la nouveauté autour.
Un jour, sans prévenir, une nouvelle histoire prendra peut-être sa place.
Et nous nous surprendrons presque à regretter celle que nous pensions ne plus jamais pouvoir supporter. 😂
Lorsque toute la famille connaît l'album par cœur, on peut parfois jouer avec lui.
Demander à l'enfant de raconter une page.
Chercher un détail dans l'illustration.
S'arrêter avant un mot qu'il connaît.
Changer légèrement la voix d'un personnage.
Imaginer ce qui pourrait se passer après la dernière page.
Ou simplement…
le lire exactement comme d'habitude.
Car il n'est pas nécessaire de transformer chaque lecture en activité pédagogique.
Parfois, ce que l'enfant recherche précisément, c'est que rien ne change.😉
Je trouve finalement très beau ce besoin qu'ont les enfants de retrouver leurs histoires préférées.
Nous, adultes, sommes souvent attirés par la nouveauté.
Un nouveau livre.
Un nouveau film.
Une nouvelle activité.
Les enfants nous rappellent qu'il existe aussi beaucoup de plaisir à approfondir ce que l'on aime déjà.
Alors la prochaine fois qu'une petite voix réclamera pour la énième fois l'album que nous connaissons désormais presque par cœur, peut-être pourrons-nous regarder ce rituel autrement.
Car pendant que nous avons l'impression de raconter encore la même histoire…
l'enfant écoute de nouveaux mots.
Observe un détail.
Anticipe une phrase.
Apprivoise une émotion.
Se rassure.
Apprend.
Et surtout, il partage quelques minutes avec nous.
Finalement, derrière son éternel :
« Encore ! »
se cache peut-être l'une des plus jolies déclarations qu'un enfant puisse faire à un livre :
« Cette histoire me fait du bien. Je veux la retrouver. » ❤️
Et chez toi, quel est LE livre que tes enfants pourraient écouter cent fois sans jamais s'en lasser ?
À bientôt sous le tilleul 🌿