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Écouter The Lark Ascending un matin de septembre : peut-on entendre un paysage dans une musique ?

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Il est des musiques qui semblent raconter une histoire.

D'autres qui donnent envie de danser.

Certaines nous font penser à quelqu'un.

Et puis il existe des musiques plus mystérieuses encore.

On ferme les yeux…

et voilà qu'un paysage apparaît.

Un grand ciel.

Une prairie peut-être.

Du vent dans les herbes.

Quelque chose qui monte très haut au-dessus de nous.

Pourtant, personne ne nous a montré une seule image.

Ce matin, je vous propose donc une expérience toute simple à faire avec les enfants.

Nous allons écouter une œuvre de musique classique.

Mais avec une petite règle :

ne leur dites surtout pas son titre.

Car avant de découvrir ce que le compositeur a voulu évoquer, nous allons essayer de répondre à une drôle de question :

Peut-on entendre un paysage dans une musique ?

Une écoute à l'aveugle

Choisissez si possible un matin tranquille.

Un matin de septembre serait parfait.

La fenêtre peut même rester entrouverte si le temps le permet.

Puis lancez The Lark Ascending de Ralph Vaughan Williams…

sans annoncer son titre. ( Vidéo en fin d'article )

Pas besoin non plus de présenter le compositeur.

Pas encore.

Installez-vous simplement et écoutez.

Vous pouvez proposer aux enfants de fermer les yeux s'ils en ont envie, mais ce n'est évidemment pas obligatoire.

Et surtout, ne leur demandez pas immédiatement :

« Est-ce que tu entends un oiseau ? »

Ce serait déjà leur souffler la réponse. 😉

À la place, laissez quelques minutes de musique passer puis demandez :

« Si cette musique était un endroit, où serais-tu ? »

Et là, toutes les réponses sont permises.

Une montagne.

Une forêt.

Un champ.

La mer.

Un jardin.

Le ciel.

Une maison.

Ou même quelque chose qui n'a absolument rien à voir avec ce que nous avions imaginé.

C'est justement cela qui rend l'expérience intéressante.

 

Un paysage que personne ne peut voir

Nous sommes tellement habitués à regarder des images qu'il est presque étrange de demander à nos oreilles d'en fabriquer une.

Pourtant, la musique peut nous donner quantité d'indices.

Un son très aigu peut sembler venir d'en haut.

Une longue note peut donner une impression d'espace.

Une mélodie rapide peut évoquer quelque chose qui court, vole ou tourbillonne.

Un passage très doux peut faire penser au calme, à la brume ou à un paysage lointain.

Mais rien n'est imposé.

Deux enfants peuvent écouter exactement les mêmes notes et voir intérieurement deux paysages complètement différents.

C'est pourquoi je trouve intéressant de ne pas chercher une « bonne réponse ».

On peut simplement demander :

Est-ce que ton paysage est grand ou petit ?

Est-ce qu'il fait jour ou nuit ?

Y a-t-il du vent ?

Est-ce que quelque chose bouge ?

Sommes-nous dehors ou dedans ?

Quelles couleurs vois-tu dans ta tête ?

Et peut-être même :

Si tu pouvais entrer dans cette musique, où serais-tu ?

Nous sommes déjà en train d'écouter autrement.

 

Et maintenant… découvrons le titre

Une fois les premières impressions recueillies, vous pouvez enfin révéler le secret.

Cette musique s'appelle :

The Lark Ascending.

On pourrait traduire son titre par « L'Alouette qui s'élève » ou « L'Envol de l'alouette ».

Elle a été composée par le compositeur anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958).

La première version, pour violon et piano, date de 1914. Vaughan Williams la retravailla après la Première Guerre mondiale ; la première exécution publique eut lieu en 1920 et la version orchestrale fut créée en 1921.

Et soudain, lorsque l'on connaît le titre…

on a souvent envie de réécouter depuis le début.

Parce que quelque chose devient évident.

Ce violon qui semblait flotter au-dessus du reste…

c'était peut-être notre alouette.

 

Quand le violon devient un oiseau

Dans The Lark Ascending, le violon solo occupe une place très particulière.

Il apparaît au-dessus de l'orchestre, s'élance, s'arrête, repart, monte, redescend, lance des trilles…

La Philharmonia décrit justement ses premières interventions comme des arabesques presque improvisées évoquant à la fois le vol et le chant de l'alouette. À la toute fin de l'œuvre, le violon s'élève à nouveau, seul, jusqu'à sembler se perdre dans l'air.

C'est amusant à faire remarquer aux enfants lors de la deuxième écoute.

Cette fois, nous savons qu'un oiseau se cache dans la musique.

Alors essayons de le suivre.

Avec un doigt dans l'air, par exemple.

Lorsque le violon monte, notre doigt monte.

Lorsqu'il redescend, nous le suivons.

Lorsqu'il semble tournoyer, nous dessinons des boucles.

Et lorsqu'il devient presque imperceptible…

notre doigt peut disparaître tout là-haut.

Voilà une façon merveilleusement simple de commencer à percevoir la hauteur des sons et le mouvement d'une mélodie, sans transformer l'écoute en cours de solfège.

 

Avant la musique, il y avait… un poème

Mais l'histoire devient encore plus belle.

Vaughan Williams n'a pas inventé cette alouette tout seul.

Son œuvre est inspirée d'un poème du même nom écrit par le poète anglais George Meredith, et le compositeur plaça lui-même quelques vers du poème en tête de sa partition.

Meredith y imagine une alouette montant toujours plus haut dans le ciel, tandis que son chant semble relier le ciel à la terre.

Et autour d'elle apparaissent les bois, les ruisseaux, les prés, les collines et la vie des hommes.

C'est particulièrement intéressant pour notre petite expérience.

Car nous sommes partis d'une musique pour imaginer un paysage…

alors que Vaughan Williams était lui-même parti des mots d'un poète pour créer sa musique.

Nous avons donc une drôle de chaîne :

un paysage inspire un poète →
le poème inspire un musicien →
la musique fait naître un nouveau paysage dans notre imagination.

Et ce dernier paysage appartient à l'enfant qui écoute.

J'adore cette idée.

 

Mais entend-on vraiment la campagne anglaise ?

Voilà une question intéressante à poser aux plus grands.

Lorsque nous savons que Vaughan Williams évoque une alouette et un univers pastoral, nous pouvons être tentés de chercher dans chaque note un objet précis :

ici l'oiseau,

là le champ,

ici le vent,

là le ruisseau…

Mais la musique n'est pas une bande dessinée sonore.

The Lark Ascending ne raconte pas nécessairement : « voici un arbre, puis voici une vache, puis voici une rivière ». 😉

Elle crée plutôt une impression d'espace, de mouvement et d'atmosphère.

Le langage musical de Vaughan Williams est d'ailleurs profondément associé au pastoralisme anglais et nourri d'éléments rappelant la musique populaire anglaise ; dans cette œuvre, le violon semble s'élever au-dessus d'un orchestre qui conserve quelque chose de plus terrestre.

C'est peut-être pour cela que tant d'auditeurs imaginent des paysages en l'écoutant.

 

Dessiner ce que l'on a entendu

Et maintenant, sortons les feuilles.

Mais là encore, je résisterais à la tentation de dire :

« Dessine une alouette dans un champ. »

Ce serait dommage.

Demandons plutôt :

« Dessine le paysage que tu as vu dans ta tête pendant la musique. »

Celui de la première écoute.

Un enfant dessinera peut-être effectivement un immense ciel.

Un autre une forêt.

Un autre un oiseau minuscule.

Un autre seulement des lignes qui montent.

Et pourquoi pas ?

On peut mettre à disposition :

des crayons de couleur,

des pastels,

de l'aquarelle,

de la gouache,

ou simplement un crayon noir.

Les plus petits peuvent traduire la musique par des gestes : grandes courbes, spirales, petits traits rapides, lignes qui s'envolent.

Les plus grands peuvent essayer de représenter un véritable paysage.

Mais aucun modèle n'est nécessaire.

Nous ne cherchons pas à illustrer correctement The Lark Ascending.

Nous cherchons à découvrir ce que la musique a fait apparaître en nous.

 

Une expérience amusante : avant et après

Si vous avez envie de pousser l'expérience un peu plus loin, donnez deux petites feuilles à chaque enfant.

Sur la première :

le paysage imaginé avant de connaître le titre.

Puis révélez l'alouette, racontez brièvement l'origine de l'œuvre et écoutez-la une seconde fois.

Sur la deuxième :

le paysage imaginé maintenant.

Comparez ensuite.

L'oiseau est-il apparu ?

Le ciel a-t-il pris davantage de place ?

Certaines couleurs ont-elles changé ?

Avons-nous interprété différemment certains passages ?

Voilà une très jolie façon de montrer aux enfants que ce que nous savons influence aussi ce que nous entendons.

Et là encore, il n'y a rien à corriger.

 

Et si nous allions ensuite chercher une vraie alouette ?

L'activité pourrait même quitter la table.

Pas nécessairement pour trouver précisément une alouette — ce serait transformer notre promenade en mission commando ornithologique. 😂

Mais simplement pour aller dans un endroit assez ouvert et écouter.

Cette fois, ce n'est plus Vaughan Williams qui compose.

C'est le paysage.

Le vent.

Un oiseau.

Des feuilles.

Un insecte.

Des pas sur un chemin.

Peut-être une voiture très loin.

Restons silencieux une minute.

Puis demandons :

« Si tous ces sons devenaient une musique, quel instrument choisirais-tu pour chacun ? »

Le vent pourrait devenir une flûte.

Les pas, des percussions.

Un gros oiseau, un violoncelle.

Un petit chant très haut…

peut-être un violon.

Et nous voilà revenus à notre alouette.

 

🌿 Le petit défi sous le tilleul

Cette semaine, choisissez une musique instrumentale dont les enfants ne connaissent ni le titre ni l'histoire.

Écoutez-la sans rien révéler.

Puis chacun répond à trois questions :

Où suis-je ?
Quel temps fait-il ?
Qu'est-ce qui bouge dans mon paysage ?

Dessinez ensuite ce paysage imaginaire.

Ce qui serait encore plus amusant serait que les adultes participent aussi.

Posez tous les dessins côte à côte avant de révéler le titre de l'œuvre.

Je serais bien curieuse de savoir si vous avez tous entendu le même monde.😉

 

Sous le tilleul 🌿

Un matin de septembre, nous avons fermé les yeux.

Il n'y avait devant nous ni prairie, ni oiseau, ni grand ciel anglais.

Seulement quelques instruments.

Et pourtant, quelque chose est apparu.

Peut-être une campagne.

Peut-être du vent.

Peut-être une petite silhouette montant si haut qu'elle finissait presque par disparaître.

C'est l'une des choses que j'aime le plus dans la musique classique avec les enfants : nous n'avons pas besoin de tout leur expliquer avant de leur faire écouter.

Parfois, nous pouvons commencer exactement à l'envers.

Écouter.

Imaginer.

Ressentir.

Questionner.

Et seulement ensuite découvrir l'histoire cachée derrière les notes.

Parce qu'avant d'apprendre que cette musique représente l'envol d'une alouette, l'enfant aura déjà découvert quelque chose de plus précieux encore :

une musique peut ouvrir une fenêtre sur un paysage qui n'existe nulle part ailleurs que dans notre imagination.

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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