À la fin de l'été, nos promenades ressemblent parfois à de véritables récoltes.
Pas des récoltes destinées à remplir un panier de provisions.
Plutôt ces petites récoltes que connaissent bien les parents :
une feuille,
une plume,
trois brindilles,
une fleur,
un morceau d'herbe incroyablement important,
et probablement un caillou qui devra impérativement rentrer avec nous. 😂
Cette fois, j'avais envie de donner une destination à quelques-uns de ces petits trésors.
Pas en les collant sur une feuille.
Pas en les enfermant immédiatement dans un herbier.
Mais en fabriquant avec les enfants un tout petit métier à tisser végétal.
Quelques branches.
De la ficelle.
Des herbes et des fleurs trouvées pendant une promenade.
Et nous allons essayer de les faire passer dessus, dessous, dessus, dessous…
jusqu'à fabriquer un petit tableau de nature.
Un tableau qui ne durera probablement pas très longtemps.
Et c'est justement ce qui le rend si joli!
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Avant de fabriquer quoi que ce soit, partons nous promener.
C'est une partie de l'activité à part entière.
Nous pouvons donner aux enfants une toute petite mission :
« Cherchons quelques végétaux différents que nous pourrons tisser. »
Pas besoin de remplir un panier entier.
Au contraire.
Quelques tiges suffisamment longues suffiront.
On peut regarder les herbes.
Les graminées.
Les petites feuilles.
Les fleurs communes.
Les tiges fines.
Les végétaux déjà tombés.
Et immédiatement, une première observation commence.
Est-ce que cette tige plie ?
Est-ce qu'elle casse ?
Celle-ci est-elle suffisamment longue ?
Cette fleur possède-t-elle une tige assez solide ?
Avant même d'avoir commencé le bricolage, l'enfant découvre déjà que tous les végétaux ne se comportent pas de la même manière.
Comme toujours lorsque nous créons avec des éléments naturels, j'aime poser une petite règle :
nous ne prenons que ce dont nous avons besoin.
Nous pouvons privilégier les végétaux du jardin, les plantes très communes là où leur cueillette est autorisée, les herbes ou les éléments déjà tombés.
Certaines plantes sauvages sont protégées et certains espaces interdisent la cueillette.
Et si nous ne savons pas ce que nous avons devant nous ?
Nous pouvons simplement le regarder.
Ou le photographier.
Il n'est pas nécessaire de rapporter chaque jolie chose rencontrée.
C'est aussi quelque chose que les enfants peuvent apprendre très tôt :
la nature peut nous émerveiller sans forcément nous appartenir.
Pour fabriquer notre petit métier à tisser, il nous faudra :
C'est tout.
Si les branches compliquent trop l'activité avec de jeunes enfants, on peut également fabriquer un cadre avec quatre gros bâtonnets en bois ou même découper un cadre dans du carton épais.
Le principe restera exactement le même.😉
Commençons par choisir quatre branches.
Deux formeront les côtés.
Deux formeront le haut et le bas.
Plaçons-les de manière à obtenir un rectangle ou un carré.
Puis attachons les angles avec de la ficelle.
Avec de jeunes enfants, cette partie sera probablement réalisée en grande partie par l'adulte.
Et ce n'est absolument pas un problème.
Toutes les étapes d'une activité n'ont pas besoin d'être accomplies seul par l'enfant pour que l'activité lui appartienne.
Il peut choisir les branches.
Les maintenir.
Couper un morceau de ficelle s'il sait utiliser les ciseaux.
Puis regarder le cadre apparaître progressivement.
Et notre métier à tisser est déjà presque prêt.
Maintenant, attachons l'extrémité d'une longue ficelle sur la branche du haut.
Faisons-la descendre jusqu'à celle du bas.
Passons autour.
Puis remontons.
Et recommençons.
Nous créons ainsi plusieurs fils verticaux parallèles.
Inutile de les serrer énormément les uns contre les autres.
Pour des enfants, il vaut même mieux laisser un peu d'espace entre les fils afin que les végétaux soient faciles à glisser.
Essayons simplement de maintenir une tension suffisante pour que les fils ne pendent pas complètement.
Et voilà.
Notre petit métier est prêt!
C'est maintenant que commence le tissage.
Prenons une longue herbe.
Faisons-la passer :
au-dessus du premier fil,
sous le deuxième,
au-dessus du troisième,
sous le quatrième…
jusqu'à l'autre côté.
Puis prenons une deuxième tige.
Cette fois, commençons à l'inverse :
dessous, dessus, dessous, dessus.
Et petit à petit, les végétaux restent maintenus entre les fils.
Pour nous, adultes, ce geste paraît très simple.
Pour un jeune enfant, il demande pourtant beaucoup.
Il faut regarder.
Se souvenir de l'alternance.
Attraper une tige délicate.
La faire passer dans un petit espace.
Changer de direction.
Ne pas tirer trop fort.
Recommencer.
C'est une formidable petite activité de coordination œil-main et de motricité fine.
Avec un tout-petit, je ne demanderais évidemment pas un véritable tissage régulier.
On peut simplement tendre les fils assez largement et lui montrer comment glisser les fleurs entre eux.
Une tige ici.
Une fleur là.
Une grande herbe au milieu.
Certaines passeront dessus-dessous.
D'autres seront simplement coincées entre deux fils.
Et c'est très bien ainsi.
Le but n'est pas d'obtenir un travail textile parfaitement académique. 😉
Le premier objectif est de manipuler.
D'essayer.
De découvrir que l'on peut faire tenir une fleur sans colle.
Avec un enfant plus grand, en revanche, nous pouvons commencer à introduire réellement le principe du tissage.
Une fois le geste compris, nous pouvons regarder notre récolte autrement.
Quelles couleurs avons-nous trouvées ?
Du vert clair.
Du vert foncé.
Du blanc.
Du jaune.
Peut-être du rose ou du mauve.
On peut choisir de placer les végétaux au hasard.
Ou commencer à créer volontairement des motifs.
Une ligne verte.
Une ligne fleurie.
Encore une ligne verte.
Une grande fleur au centre.
Avec des enfants plus grands, on peut même essayer une répétition :
vert – jaune – vert – jaune…
Et voilà qu'une activité nature rencontre très naturellement les premières notions de rythme et de motif.
Sans fiche.
Sans exercice.
Simplement parce que nous avons envie que notre tissage soit joli.
Profitons-en également pour toucher.
Une tige est lisse.
Une autre légèrement rugueuse.
Une feuille est épaisse.
Une autre très fine.
Certaines herbes se plient facilement.
D'autres cassent immédiatement.
Une fleur possède une tige ronde.
Une graminée peut sembler presque plate.
On peut demander :
« Laquelle sera la plus facile à tisser, à ton avis ? »
Puis essayer.
L'enfant émet une hypothèse.
Il expérimente.
Il constate.
Encore une fois, nous sommes très proches d'une petite démarche scientifique…
mais personne n'a eu besoin d'annoncer :
« Aujourd'hui, activité scientifique numéro 4. » 😂
Elle cassera probablement.
Et peut-être plusieurs. 😉
Les végétaux sont fragiles.
Une tige peut se plier.
Un pétale peut tomber.
Une fleur peut se détacher.
Ce n'est pas grave.
C'est même intéressant.
L'enfant doit apprendre à ajuster son geste.
Si je tire très fort, la tige casse.
Si je la guide doucement, elle passe.
On découvre ainsi la force nécessaire pour manipuler différents matériaux.
Et cette adaptation du geste participe elle aussi au développement de la motricité fine.
Une fois le tissage terminé, nous pouvons l'accrocher quelques heures ou quelques jours.
Et quelque chose va se produire.
Les fleurs vont faner.
Certaines couleurs vont pâlir.
Les tiges vont sécher.
Les feuilles pourront se recroqueviller.
Notre tableau ne restera pas exactement comme au premier jour.
Et plutôt que d'y voir un problème, j'en ferais une partie de l'activité.
Prenons une photographie lorsque le tissage vient d'être terminé.
Puis une autre le lendemain.
Et encore quelques jours plus tard.
Qu'est-ce qui a changé ?
La nature continue son travail même lorsque notre bricolage est terminé.
J'aime énormément cette idée avec les enfants.
Nous avons souvent tendance à vouloir conserver toutes leurs créations.
Et nous nous retrouvons quelques années plus tard devant une montagne de bricolages en nous demandant comment nous allons pouvoir conserver 327 feuilles A4, 48 rouleaux de papier toilette transformés et 19 boîtes à chaussures. 😂
Mais toutes les créations n'ont pas besoin d'être éternelles.
Certaines peuvent exister seulement un moment.
Nous les regardons.
Nous les photographions.
Puis nous les laissons disparaître.
Le tissage végétal est parfait pour apprendre cela.
Une chose peut être précieuse même si elle ne dure pas.
Lorsque le tissage n'est plus joli, nous pouvons retirer les végétaux.
S'ils sont adaptés et n'ont reçu ni colle, peinture ni autre produit, ils pourront rejoindre le compost ou retourner parmi les déchets végétaux selon ce qui convient chez nous.
Le cadre, lui, peut rester.
Et quelques semaines plus tard…
nous pouvons recommencer.
Avec d'autres végétaux.
Voilà une idée que j'aime particulièrement :
garder le même métier à tisser et laisser les saisons changer son contenu.
Imagine.
À la fin de l'été :
des graminées, quelques fleurs et des feuilles encore bien vertes.
Plus tard :
des feuilles aux couleurs différentes, des herbes sèches, des graines.
En hiver :
peut-être quelques petites branches, végétaux persistants ou éléments naturels trouvés au sol.
Au printemps :
de nouvelles feuilles et quelques fleurs communes.
Le cadre reste.
La nature qu'il contient change.
Et si nous photographions chaque version au même endroit, nous obtenons au bout d'une année une magnifique petite série :
quatre saisons vues à travers un métier à tisser.
Voilà typiquement le genre de projet simple que j'adore!
Sur le papier, nous avons simplement fabriqué un petit bricolage avec des fleurs.
Mais regardons tout ce qui s'est passé.
Nous avons marché.
Cherché.
Comparé.
Choisi.
Touché.
Manipulé.
Tissé.
Alterné dessus et dessous.
Observé les couleurs.
Créé éventuellement des motifs.
Ajusté nos gestes.
Vu les végétaux évoluer avec le temps.
Et peut-être posé quelques questions auxquelles nous n'avions absolument pas pensé avant de partir.
C'est exactement pour cela que j'aime ces activités.
L'apprentissage n'est pas ajouté artificiellement après le jeu.
Il est déjà à l'intérieur.
Et j'ajouterais une dernière chose.
Le tissage réalisé par un enfant ne ressemblera probablement pas à celui que nous avions imaginé.
Les couleurs ne seront peut-être pas harmonieusement réparties.
Une énorme fleur pourra se retrouver coincée de travers.
Toutes les tiges ne respecteront pas scrupuleusement le dessus-dessous.
Et l'enfant pourra décider que son œuvre nécessite absolument…
le fameux caillou rapporté de la promenade. 😂
Si celui-ci tient, après tout, pourquoi pas ?
Ce qui compte n'est pas de fabriquer un objet décoratif parfait.
C'est le chemin qui a mené jusqu'à lui.
La promenade.
Les choix.
Les petites mains qui tâtonnent.
La concentration pour passer cette tige sous le fil.
Et la fierté de dire ensuite :
« C'est moi qui l'ai fait. »
Il ne restera peut-être presque rien de cette activité dans quelques semaines.
Les fleurs auront fané.
Les herbes auront séché.
Certaines tiges seront tombées.
Et nous aurons peut-être défait le tissage pour en fabriquer un autre.
Mais il restera une photographie.
Et surtout, il restera ce moment.
Une promenade de fin d'été.
Quelques fleurs choisies avec soin.
Quatre branches posées sur une table.
Des doigts qui apprennent à passer dessus, puis dessous.
Une petite main qui recommence parce que la tige s'est échappée.
Et cette drôle de création qui n'a jamais eu vocation à durer.
Je crois que c'est aussi une jolie chose à transmettre aux enfants.
Nous n'avons pas besoin de tout posséder.
Nous n'avons pas besoin de tout conserver.
Nous pouvons parfois simplement créer avec ce que la saison nous offre, en profiter un moment… puis la laisser poursuivre son chemin.
Comme les fleurs.
Comme l'été.
Comme toutes ces petites choses que nous aimerions parfois retenir et qui sont justement précieuses…
parce qu'elles passent.
À bientôt sous le tilleul 🌿