Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il existe des héroïnes qui possèdent une épée.
D'autres savent voler.
Certaines découvrent une porte vers un royaume magique.
Matilda, elle, possède quelque chose qui paraît beaucoup moins spectaculaire.
Elle lit.
Énormément.
Et dans le monde imaginé par Roald Dahl, cela suffit déjà à la rendre terriblement dangereuse aux yeux de certains adultes.
😂
Car Matilda réfléchit.
Elle observe.
Elle comprend.
Elle apprend.
Elle pose sur les adultes un regard beaucoup plus lucide que ceux-ci ne l'imaginent.
Et surtout, elle découvre très tôt qu'il existe derrière la couverture d'un livre une porte que personne ne peut vraiment lui fermer.
Voilà peut-être pourquoi Matilda continue de parler si fortement aux enfants.
Et pourquoi ce roman mérite mieux qu'une simple lecture suivie.
Aujourd'hui, ouvrons le livre…
mais préparons également nos crayons, quelques autres romans, un bocal, une cuillère en bois et une quantité assez indécente de chocolat.
Parce qu'il serait tout de même difficile de consacrer une journée à Matilda sans rencontrer le gâteau de Bruce Bogtrotter.😋
/image%2F7218743%2F20260917%2Fob_1bfedc_screenshot-2026-09-17-at-23-42-48-mati.png)
Matilda Wormwood est une petite fille extraordinairement intelligente.
Avant même d'entrer à l'école, elle lit énormément et possède déjà d'étonnantes capacités en mathématiques. Le problème est que ses parents ne voient absolument pas ce qu'elle a d'exceptionnel : ils considèrent même son amour des livres avec mépris.
Puis Matilda entre à l'école.
Elle y rencontre deux adultes que tout oppose.
Il y a Mlle Candy — Miss Honey dans la version originale — son enseignante, douce et attentive, qui comprend très vite qu'elle se trouve devant une enfant aux capacités inhabituelles.
Et puis…
il y a la directrice.
Mlle Legourdin.
Miss Trunchbull dans le texte anglais.
Une directrice tellement épouvantable que Roald Dahl semble s'être demandé :
« Jusqu'où puis-je aller avant que les enfants disent que j'exagère ? »
Et avoir décidé de dépasser cette limite avec enthousiasme.
😂
Elle terrorise les élèves, invente des punitions absurdes et cruelles et considère les enfants comme des créatures essentiellement nuisibles. On découvre d'ailleurs que c'est une ancienne lanceuse de marteau olympique — détail qui prend tout son intérêt lorsqu'on découvre ce qu'elle est capable de faire subir aux élèves!!!
À partir de là, Matilda devient bien davantage que l'histoire d'une enfant très intelligente.
C'est aussi une histoire sur le pouvoir.
Qui le possède ?
Comment l'utilise-t-il ?
Et que peut faire un enfant lorsque les adultes qui devraient le protéger se comportent eux-mêmes injustement ?
Il y a quelque chose d'assez touchant derrière toute l'exagération comique de Roald Dahl.
Matilda accomplit des choses extraordinaires…
mais les personnes qui devraient normalement être les premières à s'en émerveiller ne s'y intéressent pas.
Ses parents ne voient pas vraiment leur fille.
Mlle Candy, elle, la regarde.
Et cela change tout.
Voilà une jolie question à poser après quelques chapitres :
« Quel est le premier adulte qui voit vraiment Matilda telle qu'elle est ? »
Puis une deuxième :
« Qu'est-ce que cela change pour elle ? »
Nous pouvons même chercher dans le roman les adultes qui :
écoutent ;
n'écoutent pas ;
encouragent ;
humilient ;
font confiance ;
abusent de leur autorité.
Sans transformer la lecture en leçon de morale, nous découvrons alors que Roald Dahl construit presque deux mondes adultes opposés.
Matilda découvre très jeune la bibliothèque et dévore les livres.
Alors transformons cela en jeu.
Sortons une dizaine de livres de notre propre bibliothèque.
Romans, albums, documentaires, poésie, bandes dessinées…
Puis imaginons :
Matilda arrive chez nous et peut repartir avec trois livres.
Lesquels lui prêterions-nous ?
Et surtout :
pourquoi ?
Nous pouvons préparer une petite pile :
L'enfant choisit.
Pas nécessairement les livres les plus difficiles.
Pas ceux que l'adulte juge « intelligents ».
Ceux qu'il voudrait vraiment partager.
C'est une merveilleuse façon de parler de ses propres goûts de lecteur sans remplir une fiche de lecture.
Puis inversons la question.
Si nous pouvions créer la bibliothèque parfaite pour les enfants, qu'y mettrions-nous ?
Des fauteuils ?
Des coussins ?
Un arbre au milieu ?
Une cabane de lecture ?
Des livres jusqu'au plafond ?
Un endroit où boire un chocolat chaud ?
Un chat bibliothécaire ?
😂
Chacun peut la dessiner.
Avec les plus grands, ajoutons une contrainte :
il faut imaginer une véritable bibliothèque réalisable.
Combien d'espaces ?
Comment classer les livres ?
Où installer les plus petits ?
Comment rendre certains rayons accessibles ?
Nous passons doucement de l'imaginaire à l'architecture.
Roald Dahl adore les mots qui claquent, les exagérations, les expressions inattendues et les inventions langagières.
Essayons à notre tour.
Inventons un mot pour désigner :
quelqu'un qui déteste tous les livres ;
une personne qui lit sous sa couette alors qu'elle devrait dormir ;
un gâteau tellement chocolaté qu'il faudrait inventer une nouvelle unité pour mesurer sa quantité de chocolat ;
une directrice encore plus effrayante que Mlle Legourdin.
😂
Nous pouvons ensuite rédiger notre propre dictionnaire.
Chocovorace
nom : personne capable de regarder un gâteau au chocolat pendant moins de trente secondes avant d'en réclamer une part.
La définition peut être aussi amusante que le mot.😁
Mlle Candy et Mlle Legourdin permettent aussi une expérience toute simple.
Prenons une feuille.
Plions-la en deux.
D'un côté :
Un adulte qui aide un enfant à apprendre…
De l'autre :
Un adulte qui l'empêche d'apprendre…
Laissons venir les idées.
Écouter.
Encourager.
Expliquer autrement.
Donner le droit de se tromper.
Humilier.
Faire peur.
Comparer.
Ne jamais écouter.
Et peut-être arriverons-nous à une idée très intéressante :
avoir beaucoup de connaissances et savoir accompagner quelqu'un dans ses apprentissages ne sont pas exactement la même chose.
Matilda possède aussi d'impressionnantes capacités en calcul.
Nous pouvons donc préparer un petit défi de calcul mental.
Mais au lieu d'en faire un contrôle, faisons-en un spectacle.
Chacun prépare secrètement trois opérations :
une facile ;
une moyenne ;
une « opération Mlle Legourdin ».
😂
On les tire au sort.
On estime d'abord le résultat.
Puis on calcule.
Et enfin on vérifie avec une calculatrice.
Avec les plus jeunes, remplaçons les grands calculs par des objets : cubes, boutons, petites voitures ou morceaux de construction.
À un moment du récit, Matilda découvre une faculté pour le moins inhabituelle.
Voilà l'occasion rêvée de jouer avec l'idée…
mais aussi de faire un peu de sciences.
Posons un petit objet sur une table.
Peut-on le déplacer sans le toucher ?
Pas avec des pouvoirs magiques, cette fois.
Avec :
un souffle ;
un aimant ;
de l'air produit par un éventail ;
une ficelle invisible depuis notre angle de vue ;
l'électricité statique pour de minuscules objets légers.
Le défi devient :
« Trouve cinq façons de faire bouger quelque chose sans le toucher directement avec ta main. »
Nous quittons alors la magie du roman pour entrer dans les forces, l'air, le magnétisme et l'électricité.
Nous devons parler de Bruce.
Pauvre Bruce Bogtrotter.
Bruce commet l'erreur de manger une part du gâteau au chocolat appartenant à Mlle Legourdin.
Elle décide de le punir publiquement en le forçant à manger un gâteau entier devant l'école. Mais la scène finit par se transformer : les enfants commencent à soutenir Bruce et l'épreuve devient presque une bataille collective contre l'autorité de la directrice.
Et là…
je crois que nous n'avons plus vraiment le choix.
Il faut cuisiner!
/image%2F7218743%2F20260917%2Fob_9a9436_chatgpt-image-17-sept-2026-23-54-41.png)
Rassurons immédiatement tout le monde :
personne ne sera obligé de le terminer seul.
😂
Il existe plusieurs recettes publiées autour du fameux gâteau. La recette proposée pour Matilda the Musical en fait même un spectaculaire gâteau à trois couches.
Pour une cuisine familiale, voici une version plus simple, très chocolatée et volontairement généreuse.
Préchauffons le four à 175 °C.
Faisons doucement fondre le chocolat avec le beurre.
Pendant ce temps, fouettons les œufs avec le sucre.
Ajoutons le mélange chocolat-beurre légèrement refroidi, puis la vanille.
Incorporons la farine, le cacao, la levure et le sel.
Ajoutons progressivement le lait.
Versons dans un moule rond d'environ 22 cm préalablement beurré et chemisé.
Enfournons environ 30 à 35 minutes.
Le gâteau doit être cuit mais rester agréablement moelleux au centre.
Laissons-le refroidir complètement.
Pour la ganache, chauffons la crème jusqu'aux premiers frémissements.
Versons-la sur le chocolat haché.
Attendons une minute.
Puis mélangeons doucement jusqu'à obtenir une crème sombre, brillante et parfaitement lisse.
Recouvrons généreusement le gâteau.
Et surtout…
ne cherchons pas à obtenir quelque chose de trop élégant.
Le gâteau de Bruce doit avoir l'air scandaleusement chocolaté.
Une ganache épaisse.
Des traces de spatule.
Du chocolat partout.
Le genre de gâteau devant lequel personne ne prononce spontanément les mots :
« Je prendrai juste une toute petite part. »
😂
Avant de commencer, pesons les ingrédients.
Nous rencontrons les grammes et les millilitres.
Coupons éventuellement la recette en deux :
combien faut-il alors de chaque ingrédient ?
Doublons-la fictivement :
et maintenant ?
Observons le chocolat solide devenir liquide.
Puis la ganache refroidir et épaissir.
Pourquoi le gâteau gonfle-t-il ?
Pourquoi les œufs changent-ils de texture à la cuisson ?
Pourquoi le chocolat fondu redevient-il solide lorsqu'il refroidit ?
Une cuisine contient énormément de sciences et de mathématiques…
même lorsque nous prétendons simplement fabriquer le gâteau de Bruce.
Mlle Legourdin invente des punitions tellement extravagantes qu'elles appartiennent presque au monde de la caricature.
Alors jouons avec l'exagération de Roald Dahl.
Inventons des punitions totalement fictives, absurdes et impossibles, sans violence réelle.
Pour avoir oublié son crayon :
recopier l'annuaire téléphonique de la planète Mars avec une plume de poule.
Pour avoir parlé pendant le repas :
écouter un escargot raconter sa journée pendant quatorze heures.
Pour avoir laissé traîner une chaussette :
retrouver cette chaussette parmi les dix millions de chaussettes perdues par les machines à laver depuis 1842.
😂
Nous découvrons ainsi un procédé littéraire essentiel chez Dahl :
l'exagération.
Une édition classique de Matilda est illustrée par Quentin Blake, dont les dessins accompagnent depuis longtemps l'univers de Roald Dahl.
Regardons-les attentivement.
Les traits sont-ils parfaitement droits ?
Les personnages parfaitement proportionnés ?
Les vêtements minutieusement coloriés ?
Pas nécessairement.
Et pourtant…
ils vivent.
Essayons alors de dessiner un personnage sans gomme.
Une seule règle :
interdiction de chercher le dessin parfait.
Quelques traits rapides.
Une posture.
Une expression.
Puis un peu de couleur.
L'objectif n'est évidemment pas de copier Quentin Blake mais de découvrir qu'un dessin expressif n'a pas besoin d'être lisse et impeccable.
Plions une feuille en deux et créons la une du journal de l'école.
ÉVÉNEMENT INCROYABLE À LA CANTINE !
Bruce Bogtrotter a…
Et à chacun d'écrire la suite.
Nous pouvons ajouter :
un gros titre ;
une illustration ;
un petit article ;
le témoignage d'un élève ;
une interview imaginaire de Mlle Legourdin ;
la météo ;
une publicité absurde.
Sans même nous en apercevoir, nous travaillons la différence entre titre, information, témoignage et opinion.
Avec les plus grands, choisissons une action commise par un personnage.
Et organisons un mini-débat.
Était-elle juste ?
Injuste ?
Compréhensible ?
Aurait-il existé une autre solution ?
Mais imposons une règle :
chaque avis doit s'appuyer sur quelque chose qui s'est réellement passé dans le roman.
« Je pense que… parce que dans le chapitre… »
Nous apprenons ainsi quelque chose de précieux :
interpréter un livre n'est pas seulement donner son opinion.
C'est aussi chercher ce qui, dans le texte, nous conduit à cette opinion.
Une fois le roman terminé, nous pouvons également découvrir une adaptation.
Puis comparer.
Pas pour décider laquelle est « meilleure ».
Mais pour observer ce qui se produit lorsqu'une histoire change de langage.
Un roman peut nous raconter ce que pense un personnage.
Le cinéma dispose de l'image, du montage et du son.
La comédie musicale ajoute le chant, la chorégraphie et la scène.
La célèbre séquence du gâteau de Bruce, par exemple, est devenue un moment particulièrement emblématique des adaptations de Matilda.
Choisissons une seule scène.
Lisons-la.
Regardons son adaptation.
Puis demandons :
« Qu'est-ce que le livre pouvait faire que le film ne fait pas ? Et qu'est-ce que le film peut faire que le livre ne pouvait pas faire ? »
Voilà déjà une petite initiation à l'adaptation.
Installons enfin un bocal près du livre.
Pendant toute la lecture, chacun peut y glisser un petit papier.
Pas nécessairement une citation recopiée.
Cela peut être :
quelque chose qui m'a fait rire ;
quelque chose qui m'a mis en colère ;
un personnage que j'aimerais rencontrer ;
une question ;
un mot que je ne connaissais pas ;
une prédiction pour la suite.
À la fin du roman, ouvrons le bocal.
Nous retrouverons non seulement l'histoire…
mais notre propre parcours de lecteur à travers l'histoire.
Derrière les pouvoirs extraordinaires de Matilda, ses calculs impossibles, les punitions grotesques de Mlle Legourdin et cet inoubliable gâteau au chocolat, il existe quelque chose de beaucoup plus simple.
Une enfant aime apprendre.
Elle aime comprendre.
Elle aime lire.
Et les livres lui offrent un espace que personne ne peut vraiment lui confisquer.
C'est peut-être cela qui rend Matilda si réjouissant à lire avec des enfants.
Le roman ne nous dit pas seulement que Matilda est extraordinairement intelligente.
Il nous montre ce qui peut arriver lorsqu'un enfant rencontre enfin quelqu'un qui remarque ce qu'il est capable de faire.
Alors nous pouvons refermer le roman.
Ranger nos crayons.
Lécher discrètement la cuillère couverte de ganache.
Et garder encore un moment cette merveilleuse idée :
une bibliothèque peut parfois être le commencement d'une aventure aussi extraordinaire qu'un royaume enchanté.
À bientôt sous le tilleul 🌿