Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il existe des films que l’on pourrait regarder n’importe quand.
Et puis il y a ceux qui semblent attendre une saison particulière pour ressortir de leur boîte.
Vous avez un message fait partie de ceux-là.
Pas parce que l’intrigue se déroule entièrement en automne.
Pas parce que chaque scène déborde de feuilles rouges.
Et certainement pas parce que quelqu’un a disposé douze citrouilles devant une porte.
😂
C’est beaucoup plus subtil.
Il suffit de quelques rues new-yorkaises.
D’arbres qui commencent doucement à changer.
D’une petite librairie.
De livres pour enfants.
De vêtements de mi-saison.
Et surtout…
d’un improbable bouquet de crayons fraîchement taillés.
Et nous voilà au début de l’automne.
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Le film sort en 1998.
Kathleen Kelly tient The Shop Around the Corner, une petite librairie pour enfants de l’Upper West Side qu’elle a héritée de sa mère.
Joe Fox appartient quant à lui à la famille propriétaire de Fox Books, une immense chaîne de librairies qui s’apprête à ouvrir un magasin dans le quartier.
Dans la vie réelle, tout devrait les opposer.
Mais sans connaître leurs véritables identités, ils correspondent déjà par courrier électronique sous les pseudonymes de Shopgirl et NY152.
Et parmi leurs échanges se trouve cette merveilleuse déclaration d’amour à l’automne new-yorkais.
Joe évoque l’envie d’acheter des fournitures scolaires…
puis imagine envoyer à sa mystérieuse correspondante :
« a bouquet of newly sharpened pencils ».
Un bouquet de crayons fraîchement taillés.
Franchement…
oubliez les roses.
😂
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C’est peut-être l’une des choses que Vous avez un message réussit particulièrement bien.
Pour évoquer une saison, le film n’a pas besoin de nous présenter une collection d’objets estampillés :
Le crayon fraîchement taillé suffit.
Parce qu’il transporte avec lui tout un monde de sensations.
La rentrée.
Les cahiers neufs.
Le bois du crayon.
Les premières pages encore blanches.
Une trousse que l’on vient de remplir.
Le sentiment étrange que quelque chose recommence.
Et voilà qu’un objet parfaitement banal devient presque saisonnier.
Pas parce que la nature l’a décidé.
Mais parce que notre mémoire l’a associé à une période de l’année.
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Regardons attentivement le début du film.
Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est justement tout ce qu’il ne fait pas.
New York n’est pas transformé en forêt orange.
Les arbres portent encore beaucoup de vert.
Certaines feuilles commencent à jaunir.
La lumière est douce.
Les vêtements se couvrent légèrement.
Mais nous sommes dans une transition.
Et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles ces images paraissent si naturelles.
Il arrive.
Exactement comme dehors.
Un arbre change avant son voisin.
Une matinée devient plus fraîche.
On remet une veste.
La lumière descend plus tôt.
Et progressivement, quelque chose dans notre quotidien bascule.
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Voilà une drôle de petite expérience à faire en regardant le film.
Oublions momentanément l’histoire.
Et cherchons :
Les couleurs ?
Les vêtements ?
La lumière ?
Les arbres ?
Les aliments ?
Les sons ?
Les accessoires ?
Les activités des personnages ?
Nous découvrirons peut-être que notre impression saisonnière ne vient pas d’un seul élément.
Elle naît d’une accumulation de petits indices.
C’est exactement ce que fait le cinéma.
Il ne nous dit pas nécessairement :
Il nous le fait ressentir.
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Il serait difficile d’imaginer Vous avez un message sans New York.
Et plus précisément sans l’Upper West Side.
Une grande partie du film a d’ailleurs été tournée dans ce quartier.
Les rues ne servent pas simplement à faire passer les personnages d’un lieu à l’autre.
On marche.
On croise des commerces.
On observe les façades.
On entre dans un café.
On longe des arbres.
On retourne dans les mêmes endroits.
La ville possède un rythme.
Et surtout…
elle change avec les personnages.
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Ah…
The Shop Around the Corner.
😍
Petite.
Chaleureuse.
Remplie de livres pour enfants.
À taille humaine.
Avec cette impression qu’une libraire peut connaître non seulement ses livres…
mais aussi ses lecteurs.
Kathleen ne vend pas simplement un objet.
Elle sait raconter les histoires.
Conseiller.
Se souvenir.
Transmettre.
Et c’est probablement pour cela que l’affrontement entre sa petite boutique et Fox Books touche encore quelque chose de très contemporain.
D’un côté :
une librairie indépendante profondément liée à son quartier.
De l’autre :
une grande enseigne capable de proposer davantage de choix et des prix attractifs.
Le film ne parle donc pas seulement d’amour.
Il parle aussi de la transformation du commerce du livre.
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Il y a même quelque chose d’assez fascinant à revoir aujourd’hui.
En 1998, la menace qui pèse sur la petite librairie de Kathleen est représentée par une grande chaîne physique.
Mais parallèlement…
Kathleen et Joe tombent amoureux grâce à une technologie encore nouvelle dans la vie quotidienne :
Internet.
Certains commentateurs du film ont justement souligné cette tension : la petite librairie traditionnelle est menacée par la concentration commerciale tandis que le nouvel univers numérique permet paradoxalement la naissance de la relation entre les deux personnages.
Et aujourd’hui, alors que nous achetons des livres en quelques secondes depuis notre canapé…
cette histoire de 1998 possède une saveur assez particulière.
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Et là…
les plus jeunes risquent de découvrir un véritable objet archéologique.
😂
Un ordinateur.
Une connexion à Internet.
Des petits bruits électroniques.
L’attente.
Puis cette annonce devenue le titre du film :
Nous sommes à une époque où recevoir un courrier électronique peut encore être un petit événement.
Pas 247 notifications.
Pas cinq messageries.
Pas quinze conversations simultanées.
Un message.
Attendu.
Et l’on s’assoit pour le lire.
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C’est peut-être l’un des paradoxes les plus délicieux du film.
Vous avez un message raconte l’arrivée d’une technologie que nous associons aujourd’hui à l’immédiateté.
Pourtant, leur relation paraît presque…
épistolaire.
Ils écrivent.
Ils attendent.
Ils lisent.
Ils réfléchissent.
Ils répondent.
Le courrier électronique devient une sorte de lettre accélérée.
Et lorsqu’on regarde le film aujourd’hui, cette technologie autrefois moderne paraît elle-même presque vintage.
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La librairie de Kathleen n’est pas n’importe quelle librairie.
Elle est consacrée aux enfants.
Et cela donne au film une autre dimension.
Parce qu’un livre lu dans l’enfance ne ressemble pas toujours à un livre lu plus tard.
Certaines histoires s’attachent à une période de notre vie.
Nous nous souvenons :
de celui que l’on nous lisait le soir ;
de la couverture ;
d’une illustration qui nous faisait peur ;
du livre que nous avons appris à lire seuls ;
de celui que nous avons demandé vingt fois.
Kathleen exprime justement dans le film l’idée que les lectures de l’enfance deviennent une partie de notre identité d’une manière particulière.
Et voilà une très belle question à poser autour de la table :
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Peut-être parce qu’il ne nous donne pas seulement une esthétique automnale.
Il possède quelque chose d’automnal dans sa structure même.
L’automne est une saison de transition.
Et Vous avez un message est rempli de transitions.
Une ville change.
Un quartier change.
Le commerce du livre change.
La technologie change.
Une librairie disparaît.
Une relation commence.
Deux personnes qui pensaient savoir qui elles étaient doivent réorganiser leur vie.
Et pendant ce temps…
les saisons avancent.
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Prenons une scène extérieure du début du film.
Mettons sur pause.
Et cherchons cinq couleurs dominantes.
Peut-être :
vert sombre ;
beige ;
brun ;
jaune doux ;
rouge discret.
Puis observons une scène beaucoup plus tardive.
La palette est-elle identique ?
Le cinéma peut raconter le passage du temps simplement avec la couleur du monde.
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Même expérience.
Qu’est-ce qui nous indique la saison sans qu’un personnage ait besoin de la nommer ?
Une veste légère.
Un cardigan.
Des tons naturels.
Des superpositions.
Puis, lorsque la saison avance, les vêtements évoluent eux aussi.
Voilà un détail particulièrement intéressant :
Il peut également nous dire :
où nous sommes ;
à quelle époque ;
dans quel milieu ;
et même…
à quelle saison.
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Essayons maintenant quelque chose d’encore plus étrange.
Pendant une scène new-yorkaise, fermons les yeux.
Que reste-t-il ?
Les voitures.
Les pas.
Les portes.
Les conversations.
La musique.
Le bruit d’un commerce.
Une ville peut être construite par l’image…
mais également par le son.
Puis imaginons exactement la même scène avec :
des cigales ;
des enfants dans une piscine ;
ou le bruit d’une tempête de neige.
😂
Notre cerveau changerait immédiatement de saison.
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Évidemment que oui.
😂
Pas besoin de grande activité Pinterest.
Prenons simplement une dizaine de crayons en bois.
Taillons-les.
Attachons-les avec une ficelle.
Et plaçons-les dans un petit pot.
Voilà notre :
Et surtout…
sentons-les.
Parce que la phrase du film fonctionne aussi grâce à quelque chose que l’écran ne peut pas transmettre :
l’odeur du bois fraîchement taillé.
Voilà peut-être pourquoi l’image est devenue si mémorable : elle associe la romance à un objet parfaitement ordinaire mais profondément sensoriel.
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Le cinéma possède une limite assez extraordinaire.
Il peut nous montrer un café.
Mais pas nous le faire sentir.
Il peut montrer la pluie.
Mais pas l’odeur du trottoir mouillé.
Il peut filmer une librairie.
Mais pas cette odeur particulière de papier, de carton et de livres.
Il peut montrer un crayon fraîchement taillé.
Mais notre nez ne reçoit rien.
Et pourtant…
notre mémoire complète parfois l’image.
Nous savons presque ce que la scène devrait sentir.
C’est peut-être l’une des formes les plus étonnantes de notre mémoire sensorielle.
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Pour ce film, préparons une page divisée en quatre parties :
Cette dernière case est peut-être la plus intéressante.
Parce qu’un film peut aussi nous donner envie de faire quelque chose.
Entrer dans une petite librairie.
Écrire à quelqu’un.
Acheter un joli crayon.
Marcher davantage.
Lire un livre pour enfants.
Ou simplement regarder notre propre quartier changer de saison.
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Nous n’habitons peut-être pas New York.
Nous n’avons probablement pas une petite librairie identique à celle de Kathleen au coin de la rue.
Mais l’exercice peut justement être de chercher notre version du film.
Une librairie indépendante.
Une rue bordée d’arbres.
Un café.
Un banc.
Un parc.
Une papeterie.
Un endroit où acheter un livre puis marcher un peu.
Pas pour imiter New York.
Mais pour comprendre quelque chose que Nora Ephron fait merveilleusement :
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Pas besoin de transformer le salon en décor thématique.
Quelques gestes suffisent.
Une lumière douce.
Une boisson chaude si la soirée est fraîche.
Un plaid seulement si nous en avons réellement besoin.
😂
Quelques crayons fraîchement taillés dans un pot.
Et pourquoi pas, avant le film…
un passage à la librairie.
Chacun choisit un livre.
Puis nous rentrons regarder Kathleen ouvrir la porte de la sienne.
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C’est peut-être ce que j’aime le plus dans cette manière de regarder le film.
Elle rappelle qu’une saison n’a pas besoin d’être surjouée pour être ressentie.
Nous n’avons pas besoin que chaque surface soit recouverte de feuilles orange.
Ni de transformer la maison en exposition de citrouilles dès que septembre se termine.
😂
Le début de l’automne peut être beaucoup plus discret.
Une veste ressortie le matin.
Une lumière différente.
Quelques feuilles qui commencent seulement à changer.
Une pomme.
Un livre.
Un crayon taillé.
Et cette envie très particulière de recommencer quelque chose.
Cette semaine, regardons Vous avez un message en choisissant une seule scène extérieure du début du film.
Pas besoin de l’analyser pendant vingt minutes.
Mettons simplement sur pause.
Puis cherchons :
cinq éléments qui nous indiquent la saison.
Mais attention :
interdiction de répondre seulement :
😂
Cherchons plus loin.
Lumière.
Couleurs.
Vêtements.
Gestes.
Accessoires.
Atmosphère.
Puis regardons par notre propre fenêtre.
Ils seront probablement différents.
Et c’est très bien ainsi.
Je pourrais résumer Vous avez un message comme l’histoire de deux personnes qui s’écrivent sans savoir qu’elles se connaissent déjà.
Ou comme une comédie romantique.
Ou comme l’histoire d’une petite librairie menacée par une grande enseigne.
Mais au début de l’automne, j’ai envie de le regarder autrement.
Comme un film qui sait faire sentir une saison.
Sans l’annoncer à chaque plan.
Sans saturer l’image d’orange.
Sans transformer New York en catalogue de décoration automnale.
Quelques arbres encore verts.
Quelques feuilles qui changent.
Une petite librairie.
Des rues où l’on marche.
Des livres pour enfants.
Des vêtements que l’on commence doucement à superposer.
Et une phrase suffisamment étrange pour traverser les années :
un bouquet de crayons fraîchement taillés.
Peut-être est-ce cela, finalement, une saison réussie au cinéma.
Pas une accumulation de symboles.
Mais quelques détails si bien choisis que notre mémoire fait le reste.
Et soudain, depuis notre canapé, nous avons presque l’impression d’entendre les rues de New York…
et de sentir le bois d’un crayon que l’on vient juste de tailler.
À bientôt sous le tilleul 🌿