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Découvrir Premier Verger : le jeu où les tout-petits s’unissent contre le corbeau

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Sur la table, quatre arbres portent leurs fruits.

Des pommes rouges.

Des pommes vertes.

Des poires jaunes.

Des prunes bleues.

À côté attend un petit panier.

Et un peu plus loin…

un corbeau approche.

😂

La mission est toute simple :

récolter tous les fruits avant qu’il n’arrive au verger.

Mais il y a quelque chose d'assez particulier dans ce premier jeu de société.

Personne autour de la table ne cherche à gagner contre les autres.

Il n'y aura pas un vainqueur et trois perdants.

Les enfants ont tous exactement le même adversaire :

le jeu lui-même.

Bienvenue dans Premier Verger.

Un verger miniature sur la table

Premier Verger est l’adaptation pour les plus jeunes du grand classique de HABA Le Verger.

La boîte contient notamment 16 gros fruits en bois, quatre arbres, un panier commun, un corbeau, cinq cartes formant son chemin et un dé. Le jeu est prévu à partir de 2 ans, pour un à quatre joueurs, et une partie dure environ dix minutes.

Et avant même de jouer selon les règles…

le matériel donne déjà envie d’être manipulé.

Une poire dans une petite main.

Une pomme rouge dans l’autre.

On remplit le panier.

On vide le panier.

On pose les fruits sur leurs arbres.

On les trie.

On les nomme.

HABA prévoit d’ailleurs explicitement que ces gros fruits puissent également servir au jeu libre, ce qui est particulièrement intéressant pour une première découverte avec un tout-petit.

Comment joue-t-on ?

Le principe est suffisamment simple pour entrer progressivement dans l’univers du jeu de société.

À son tour, l’enfant lance le dé.

Si celui-ci indique une couleur correspondant à un fruit, l’enfant prend un fruit de cette couleur et le dépose dans le panier.

Petit à petit…

le verger se vide.

Mais le dé peut aussi faire apparaître le corbeau.

Et là :

le corbeau avance d’une case vers le verger.

S’il atteint le verger avant que tous les fruits aient été récoltés…

le corbeau gagne.

Mais si les enfants réussissent à remplir leur panier avant son arrivée…

tout le monde gagne.

Ensemble.

 

Personne ne joue contre son frère ou sa sœur

Et c’est précisément ce qui rend ce petit jeu intéressant.

Dans beaucoup de jeux traditionnels, l’objectif est immédiatement :

« Moi contre toi. »

Je dois arriver avant toi.

Avoir davantage de cartes que toi.

Marquer plus de points que toi.

Te prendre quelque chose.

Ou être le dernier encore en jeu.

Ici, le mécanisme est complètement différent.

Les joueurs ont un objectif commun.

Le panier appartient à tout le monde.

Les fruits récoltés appartiennent à tout le monde.

Et le corbeau menace tout le monde.

HABA définit justement le principe de ses jeux coopératifs par cette poursuite d’un objectif partagé : la victoire, comme la défaite, appartient au groupe.

 

« C’est ma pomme ! »

Évidemment…

mettre un jeu coopératif devant deux jeunes enfants ne les transforme pas instantanément en petits modèles de coopération internationale.

😂

Un enfant peut vouloir garder SA pomme.

Lancer le dé deux fois.

Prendre le fruit de son frère.

Vider le panier qui venait d’être rempli.

Décider que le corbeau est son meilleur ami et qu’il souhaite finalement le faire gagner.

Et tout cela fait aussi partie de la découverte.

À deux ans, nous sommes précisément en train d’apprendre ce que signifie :

attendre son tour ;
suivre une règle commune ;
laisser l’autre jouer ;
agir dans un même but.

Le jeu n’est pas un examen.

C’est un endroit où l’on commence à expérimenter tout cela.

 

Avant les règles : jouons simplement avec le verger

Avec un enfant qui découvre tout juste les jeux de société, il n’est même pas nécessaire de commencer par une partie.

Installons les quatre arbres.

Sortons les fruits.

Et laissons-le explorer.

« Où est la pomme rouge ? »
« Peux-tu mettre les prunes sur cet arbre ? »
« Donnons toutes les poires au panier. »
« Combien reste-t-il de fruits ? »

Puis faisons intervenir le corbeau.

Oh oh…

Il aimerait bien manger les fruits.

😂

Une petite histoire commence.

Et seulement lorsque le matériel est devenu familier, nous pouvons introduire le dé et sa règle.

Cette approche rejoint d’ailleurs celle que HABA recommande pour ses premiers jeux : laisser d’abord les petits découvrir le matériel librement avant d’introduire progressivement les règles.

 

Quatre couleurs à reconnaître

Le jeu permet également de travailler très naturellement la reconnaissance et l’association des couleurs.

Rouge.

Vert.

Jaune.

Bleu.

Le dé indique une couleur.

L’enfant doit ensuite retrouver le fruit correspondant.

HABA présente précisément cette mécanique comme une manière de travailler la reconnaissance et le classement des couleurs dans la famille du Verger.

Mais rien ne nous oblige à transformer la partie en leçon.

Au contraire.

Le vocabulaire arrive tout seul :

« Tu as fait jaune ! Où est le fruit jaune ? »

Une poire.

Puis :

« Dans le panier ! »

Et nous continuons.

 

Des fruits faits pour les petites mains

C’est l’un des détails que j’aime particulièrement dans cette version.

Les fruits ne sont pas de minuscules jetons.

Ce sont de grosses pièces en bois conçues pour être facilement saisies par les jeunes enfants.

Prendre.

Transporter.

Déposer dans le panier.

Replacer.

Trier.

Toutes ces petites actions sollicitent la manipulation et la coordination œil-main sans avoir besoin de fabriquer une activité particulière.

Le jeu suffit.

 

Et lorsque le corbeau avance…

Voilà peut-être le meilleur moment de la partie.

Le dé tombe.

CORBEAU.

Tout le monde regarde son chemin.

Il avance d’une case.

Puis encore une lors d’un prochain tour.

Et soudain, même un jeu extrêmement simple possède quelque chose d’essentiel :

du suspense.

Va-t-on réussir ?

Combien reste-t-il de fruits ?

Le corbeau est-il presque arrivé ?

Il n’y a pas besoin d’une règle compliquée pour créer une petite tension narrative.

Nous avons un objectif.

Nous avons un obstacle.

Et nous ne savons pas encore comment l’histoire va se terminer.

 

Et si le corbeau gagne ?

Alors…

le corbeau gagne.

😂

Nous n’avons pas besoin de tricher discrètement avec le dé.

Ni de déplacer le corbeau d’une case vers l’arrière pendant que personne ne regarde.

Parce que c’est aussi l’un des intérêts du jeu coopératif :

l’enfant peut expérimenter une défaite sans être personnellement le perdant face à quelqu’un d’autre.

Nous avons perdu ensemble.

Nous pouvons être déçus ensemble.

Et surtout :

« On recommence ? »

HABA souligne justement que les jeux coopératifs permettent aux enfants de vivre succès et revers collectivement, plutôt que de désigner un gagnant individuel.

 

Coopératif ne veut pas dire « sans frustration »

C’est une nuance importante.

Un jeu coopératif ne garantit absolument pas :

zéro colère ;
zéro impatience ;
zéro désaccord.

😂

Il reste des règles.

Il faut attendre.

On ne choisit pas toujours ce que donne le dé.

Le corbeau peut gagner.

Un autre enfant peut vouloir manipuler le fruit que nous voulions prendre.

Mais la frustration ne vient plus principalement de :

« Mon frère m’a battu. »

Le problème est extérieur au groupe :

« Nous n’avons pas réussi à récolter les fruits à temps. »

Et cette différence peut rendre les premières expériences de jeu collectif particulièrement intéressantes.

 

Jouer avec deux âges différents

Avec un petit de deux ans et un enfant un peu plus grand, chacun peut participer à son niveau.

Le plus jeune peut surtout :

lancer le dé ;

chercher la bonne couleur ;

prendre le fruit ;

le déposer dans le panier.

Le plus grand peut commencer à :

se rappeler la règle ;

attendre son tour plus longtemps ;

encourager le plus jeune ;

observer combien de fruits restent ;

anticiper l’arrivée du corbeau.

Mais attention à ne pas transformer le grand en petit professeur permanent.

😂

Il joue lui aussi.

Et il a parfaitement le droit d’être absorbé par sa propre partie.

 

Pourquoi le sortir maintenant ?

On pourrait évidemment jouer à Premier Verger toute l’année.

Mais il possède quelque chose de particulièrement joli à la fin septembre.

Parce qu’en ce moment, le verger miniature posé sur la table rejoint ce que nous pouvons observer dehors.

Les pommes.

Les poires.

Les fruits mûrs.

Les récoltes.

Et cette idée toute simple :

avant de remplir notre panier, le fruit poussait quelque part.

Nous pouvons alors faire le lien entre le jeu et la saison sans transformer le jeu en fiche pédagogique.

Une partie aujourd’hui.

Et lors d’une prochaine promenade :

« Regarde… un vrai pommier ! »

 

Du fruit en bois au véritable fruit

Après la partie, posons simplement une vraie pomme à côté de celle du jeu.

Observons.

Laquelle est plus lourde ?

Plus grosse ?

La pomme du jeu est-elle exactement de la même couleur ?

Possède-t-elle une odeur ?

Puis coupons la vraie pomme.

Que trouve-t-on à l’intérieur ?

Chair.

Pépins.

Loges.

Peau.

Le petit fruit en bois qui servait à jouer devient ainsi la porte d’entrée vers l’observation d’un vrai fruit.

 

Prolongeons le jeu avec un petit panier

Nous pouvons également installer quelques fruits de saison dans un panier.

Une pomme rouge.

Une pomme verte.

Une poire.

Une prune si nous en avons encore.

Puis reprendre les fruits du jeu.

Qui va avec qui ?

La petite poire en bois rejoint la vraie poire.

La pomme rouge rejoint la pomme rouge.

Et nous observons les différences.

L’une est une représentation.

L’autre est un véritable organisme végétal ayant poussé sur un arbre.

Voilà une distinction toute simple…

mais passionnante pour un tout-petit.

 

Et le corbeau, dans la vraie vie ?

Évidemment, le corbeau du jeu joue un rôle de personnage.

Il est l’adversaire.

Mais cela ne signifie pas que les corvidés réels sont les « méchants » du verger.

Voilà une petite distinction intéressante à introduire :

le corbeau-personnage

et

l’oiseau réel.

Dans une histoire ou un jeu, un animal peut recevoir une intention :

« Il veut voler tous nos fruits ! »

Dans la nature, l’animal cherche simplement de la nourriture et agit selon son comportement.

Cela permet doucement d’apprendre à distinguer :

le récit que nous inventons autour d’un animal

de

l’animal que nous observons réellement.

 

Et le Verger classique ?

Lorsque les enfants grandissent, il existe le jeu original Le Verger, conseillé actuellement par HABA à partir de 3 ans.

Le principe reste coopératif, mais le matériel et la mécanique diffèrent.

Dans cette version, quatre arbres portent pommes, poires, cerises et prunes. Les joueurs récoltent les fruits tandis qu’un puzzle représentant le corbeau se constitue progressivement. Si tous les fruits sont récoltés avant que le puzzle du corbeau soit terminé, tout le monde gagne.

Une jolie continuité :

Premier Verger pour entrer tout doucement dans le jeu ;

puis Le Verger lorsque l’enfant est prêt pour une version un peu plus élaborée.

 

Sous le tilleul 🌿

Il y a quelque chose d'assez attendrissant dans ce minuscule verger.

Quatre arbres.

Seize fruits.

Un panier.

Un dé.

Et un corbeau qui avance dangereusement sur son chemin.

Pour un adulte, les règles tiennent en quelques phrases.

Pour un tout-petit, il se passe pourtant énormément de choses.

Il faut attendre.

Observer.

Associer une couleur.

Saisir un fruit.

Le déposer.

Regarder l’autre jouer.

Accepter le résultat du dé.

Comprendre que le panier n’est pas mon panier.

Et découvrir surtout cette drôle d’idée :

pour gagner, je n’ai pas besoin que l’autre perde.

Nous pouvons réussir ensemble.

Ou perdre ensemble.

Puis remettre les fruits sur les arbres…

et recommencer.

Et en cette fin septembre, lorsque les véritables pommes et poires remplissent les étals et les vergers, je trouve assez merveilleux de faire entrer ce petit verger en bois dans nos journées.

Un jeu.

Une poignée de fruits.

Un corbeau.

Et peut-être l’une des toutes premières expériences de cette idée que les enfants rencontreront encore souvent :

parfois, le meilleur moyen d’arriver au bout n’est pas de jouer les uns contre les autres.

C’est de jouer ensemble.

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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