Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il y a des livres que nous pourrions lire toute l’année.
Et puis il y a ceux qui semblent attendre leur moment.
Un album sur les pommes posé dans la bibliothèque au mois de février reste évidemment un joli album.
Mais ressortons-le en septembre, après avoir aperçu les branches chargées d’un pommier, acheté les premières pommes de la saison ou traversé un verger…
et quelque chose change.
Le livre rejoint ce qui se passe dehors.
C’est une manière de lire que j’aime particulièrement avec les enfants.
Ne pas nécessairement organiser de grandes « unités pédagogiques » autour de chaque saison.
Simplement laisser entrer dans nos lectures ce que nous commençons à rencontrer dans la vraie vie.
Et en septembre…
les pommes sont partout.
Rouges.
Vertes.
Jaunes.
Minuscules ou énormes.
Acidulées ou très douces.
Certaines se croquent.
D’autres finiront en compote, en tarte ou en jus.
Et toutes portent en elles une quantité étonnante d’histoires.
Alors aujourd’hui, ouvrons notre bibliothèque.
Voici sept livres très différents pour lire septembre dans les pommes. 🍎
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S’il ne fallait prendre qu’un livre pour relier la pomme que nous mangeons au pommier dont elle provient, celui-ci serait particulièrement intéressant.
Dans J’aime les pommes, Marie Wabbes part d’un geste que tous les enfants connaissent :
manger une pomme.
Crue.
En compote.
En gâteau.
Mais avant d'arriver dans notre assiette…
d’où vient-elle ?
Le livre remonte jusqu’au pommier, aux fleurs, aux bourgeons et aux abeilles et raconte ainsi le parcours de la pomme « de l’arbre à l’assiette ».
J’aime énormément ce point de départ parce qu’il transforme un aliment extrêmement banal en objet d’enquête.
Prenons une vraie pomme après la lecture.
Regardons-la.
Coupons-la horizontalement.
Observons la peau, la chair, le cœur, les pépins.
Puis demandons :
« Qu’est-ce qui existait avant cette pomme ? »
Une fleur.
Et avant la fleur ?
Un bourgeon.
Et que pourrait devenir un pépin ?
Voilà que notre goûter vient de nous faire traverser une partie du cycle du pommier.
Si nous avons accès à un pommier, allons simplement le regarder.
Pas besoin d’activité compliquée.
Essayons de retrouver sur l’arbre ce que le livre nous a montré.
Et gardons une question pour le printemps :
« Si nous revenons ici lorsque le pommier sera en fleurs, reconnaîtrons-nous l'endroit où commencent les futures pommes ? »
Nous venons de créer un rendez-vous entre deux saisons.
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Celui-ci apporte quelque chose de complètement différent à notre petite bibliothèque.
Le Kouglof aux pommes est un conte de Nienke van Hichtum, traduit du néerlandais par Pierre Lienhard et illustré par Marjan van Zeyl dans l’édition française de 1997.
Et c’est précisément pour cela que je l’aime dans cette sélection.
Parce que la pomme n'est plus seulement :
un fruit à étudier ;
un objet à compter ;
ou le point de départ d'un cycle naturel.
Elle entre dans l'univers du conte et de la cuisine.
Avec les enfants, nous pouvons commencer avant même la lecture :
« Savez-vous ce qu'est un kouglof ? »
Regardons sa forme si nous possédons un moule ou une photographie.
Cherchons d’où vient cette pâtisserie.
Puis lisons.
Et ensuite, évidemment…
nous risquons d’avoir envie de cuisiner.
😂
Pourquoi ne pas choisir une recette aux pommes après la lecture ?
Pas nécessairement un kouglof si nous voulons rester très simple.
Un gâteau.
Une compote.
Des pommes au four.
Puis observons ce que la cuisine fait au fruit :
la pomme crue et la pomme cuite ont-elles la même texture ?
la même odeur ?
le même goût ?
Une histoire vient de nous conduire en cuisine.
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Voilà maintenant une pomme qui refuse absolument de rester tranquillement là où on l'avait posée.
😂
Dans La pomme rouge de Kazuo Iwamura, Natchan monte sur une colline avec une belle pomme qu’elle compte manger.
Mais la pomme lui échappe.
Elle dévale la pente.
Natchan tente de la rattraper et plusieurs animaux interviennent successivement : lapin, écureuil puis ours.
Et lorsque la pomme est enfin récupérée…
reste une question :
sera-t-elle encore meilleure si elle est partagée ?
C’est une histoire toute simple qui permet pourtant de travailler énormément de choses.
Le mouvement.
L’entraide.
Le partage.
Les animaux.
Et même…
la pente.
Après la lecture, fabriquons une petite pente avec une planche.
Posons :
une pomme ;
une noix ;
une balle ;
un marron.
Et demandons avant de lâcher les objets :
« Lequel ira le plus loin ? »
Puis testons.
Que se passe-t-il si nous inclinons davantage la planche ?
Et si la surface est rugueuse ?
Nous sommes partis d’un album…
et nous voilà en train de faire nos premières expériences de physique.
/image%2F7218743%2F20260924%2Fob_9ff00e_screenshot-2026-09-24-at-22-19-08-le-p.png)
Dans le conte de Zemanel, illustré par Vanessa Gautier et publié au Père Castor, Hérisson découvre une belle pomme et aimerait d'abord la manger tranquillement. Mais Lapin, Écureuil puis Souris arrivent et il finit par partager. Les autres animaux apporteront à leur tour de quoi compléter le festin.
Demandons simplement :
« Qu'est-ce qui appartient à l'histoire et qu'est-ce qui pourrait réellement arriver à un hérisson ? »
Un hérisson peut-il parler à un lapin ?
Non.
Partager volontairement son goûter avec une souris ?
Non plus.
Se nourrir principalement de pommes ?
Encore non.
😂
Nous ne détruisons pas la magie de l’histoire.
Nous apprenons simplement que la littérature peut transformer un animal réel en personnage.
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Celui-ci, je le sortirais particulièrement avec les plus petits.
Parce que cette fois…
nous allons compter.
Le principe de 5 pommes rouges de Yusuke Yonezu est merveilleusement simple :
5 pommes.
Puis 4.
Puis 3…
À chaque page, les volets créent une surprise et les pommes disparaissent progressivement.
C’est exactement le genre de livre avec lequel nous pouvons faire des mathématiques sans annoncer que nous allons faire des mathématiques.
😂
Posons cinq vraies pommes devant l’enfant.
🍎 🍎 🍎 🍎 🍎
Lisons.
Lorsqu’une pomme disparaît dans le livre…
retirons-en une.
Combien en reste-t-il ?
4.
Encore une.
3.
Et ainsi de suite.
Repartons de zéro.
Ajoutons :
une pomme ;
puis une deuxième ;
puis une troisième.
Nous venons de manipuler :
la quantité ;
le comptage ;
le retrait ;
l’ajout ;
la correspondance entre un objet réel et sa représentation dans un livre.
Pour un tout-petit, c’est déjà énormément.
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Celui-ci est délicieux à lire à voix haute.
Pomme pomme pomme, de Corinne Dreyfuss, fonctionne presque comme une petite partition.
La pomme tombe.
Poum !
Elle est croquée.
Croc !
Il reste une graine.
La pluie arrive.
La graine pousse.
Un nouveau pommier apparaît.
Et le cycle peut recommencer.
Peu de mots.
Des sons.
Des répétitions.
Du rythme.
Et derrière cette apparente simplicité :
tout un cycle du vivant.
Il y a d'ailleurs une petite histoire étonnante derrière la création de l'album : Corinne Dreyfuss raconte elle-même avoir trouvé son point de départ dans le fameux motif rythmique de la Cinquième Symphonie de Beethoven — ce pom pom pom pooom devenu dans son imagination… des pommes.
Alors évidemment…
Ne lisons surtout pas cet album d'une voix parfaitement uniforme.
Jouons.
POMME.
pomme pomme pomme…
POUM !
CROC !
Faisons tomber une vraie pomme — ou plutôt une balle rouge si nous tenons à notre goûter 😂.
Frappons le rythme dans nos mains.
Et avec les petits, répétons les sons.
Nous travaillons à la fois :
le langage ;
le rythme ;
les onomatopées ;
la succession ;
et le cycle du pommier.
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Et terminons notre panier par quelque chose de complètement différent.
Cette fois, ce n'est plus vraiment une histoire.
C'est un documentaire.
Les Pommes, écrit par Anne-Claire Lévêque et illustré par Nicolas Gouny, appartient à la collection Je sais ce que je mange des Éditions du Ricochet. Il est paru en 2016 et s'adresse aux enfants à partir d'environ 6 ans.
Et j'aime beaucoup terminer avec lui parce qu'après avoir :
raconté ;
compté ;
partagé ;
écouté ;
cuisiné ;
observé…
nous pouvons maintenant enquêter.
Le documentaire aborde notamment la diversité des variétés de pommes, le travail des pomiculteurs et différents modes de culture, avec une place accordée à l'agriculture biologique.
Nous pouvons donc poser une question apparemment toute simple :
« Une pomme… c'est quelle pomme ? »
Voilà le prolongement que je choisirais absolument pour terminer ces sept lectures.
Achetons trois ou quatre variétés différentes.
Pas besoin de quinze pommes.
Une de chaque suffit.
Essayons si possible d'en choisir qui soient réellement différentes.
Puis fabriquons notre petite fiche de dégustation.
Nom :
Couleur :
Peau : lisse / rugueuse
Chair : ferme / tendre
Goût : doux / acidulé / très acidulé
Juteuse : peu / beaucoup
Odeur :
Ma préférée ?
Puis comparons.
Et surtout :
goûtons avant de décider laquelle nous préférons.
Nous pouvons avoir une surprise.
Coupons nos différentes pommes transversalement.
Quel joli dessin apparaît au centre ?
Chez beaucoup de pommes, la disposition des loges contenant les pépins forme une sorte d’étoile.
Comptons les pépins.
Toutes les pommes en possèdent-elles exactement autant ?
Les pépins sont-ils de la même taille ?
La chair possède-t-elle exactement la même couleur ?
Et voilà encore une fois pourquoi j’aime tant partir d’un thème saisonnier très simple.
Nous avions simplement décidé de lire des livres sur les pommes.
Et nous faisons maintenant :
littérature + langage + mathématiques + sciences + cuisine + observation sensorielle.
Plaçons maintenant tous nos livres côte à côte.
Ce qui me plaît le plus apparaît peut-être ici.
Ils parlent tous…
de pommes.
Et pourtant ils ne racontent absolument pas la même chose.
J’aime les pommes nous conduit du pommier à l’assiette.
Le Kouglof aux pommes fait entrer la pomme dans le conte et la cuisine.
La pomme rouge la transforme en aventure et en histoire de partage.
Le Petit Hérisson partageur en fait le point de départ d’un conte randonnée autour du partage.
5 pommes rouges transforme les pommes en premières quantités à manipuler.
Pomme pomme pomme raconte avec des mots et des sons le cycle de la pomme et du pommier.
Et Les Pommes nous emmène vers le documentaire, les variétés et la pomiculture.
Voilà pourquoi j'aime tant constituer une petite sélection autour d'un même élément.
Nous ne répétons pas sept fois la même leçon.
Nous regardons une même chose par sept fenêtres différentes.
Je réunirais ces livres dans un panier plutôt que de les laisser disparaître parmi tous les autres.
Ajoutons éventuellement à côté :
- deux ou trois vraies pommes ;
- une feuille de pommier trouvée au sol ;
- une petite planche à découper pour notre future dégustation ;
- une loupe ;
- quelques crayons rouges, verts et jaunes.
Pas pour fabriquer un décor parfait pour Instagram.
😂
Mais simplement parce que lorsque le livre reste visible…
on le reprend.
Un enfant peut feuilleter seul 5 pommes rouges.
Un autre réclamer La pomme rouge.
Nous pouvons reprendre le documentaire après avoir rencontré quelque chose dans un verger.
Pendant quelques semaines, la pomme devient ainsi un petit fil rouge dans la maison.
Parce que j'aime de plus en plus l'idée de ne pas seulement apprendre sur les saisons.
Mais avec elles.
Au printemps, nous aurions pu regarder les fleurs du pommier.
En été, observer les petits fruits grossir.
En septembre et en automne, vient le temps où de nombreuses variétés arrivent à maturité et où les pommes deviennent beaucoup plus présentes dans nos cuisines.
Et après avoir lu…
nous pouvons sortir.
Voir un pommier.
Choisir des pommes.
Les peser.
Les couper.
Les goûter.
Faire une compote.
Observer les pépins.
Comparer les variétés.
Le livre n'est plus isolé de la vie.
Je commencerais par :
Pomme pomme pomme ;
5 pommes rouges ;
puis Le Petit Hérisson partageur ET La pomme rouge.
Beaucoup de manipulation.
Des mots courts.
Des répétitions.
Des pommes réelles à compter.
Et aucune obligation de transformer chaque lecture en activité pédagogique.
Parfois :
nous lisons simplement le livre.
Et c'est très bien comme ça.
Je sortirais particulièrement :
J'aime les pommes ;
Les Pommes ;
et Le Kouglof aux pommes.
Puis je demanderais :
« Qu'aimerais-tu savoir sur la pomme que ces livres ne nous ont pas encore appris ? »
Pourquoi certaines pommes brunissent-elles lorsqu'on les coupe ?
Pourquoi existe-t-il autant de variétés ?
Comment fait-on du jus ?
Pourquoi certaines se conservent-elles mieux ?
Comment une fleur devient-elle un fruit ?
Et voilà notre prochaine semaine d'apprentissages qui commence presque toute seule.
Alors là, évidemment…
nous y allons.
😂🍎
Parce qu'après avoir passé plusieurs jours à rencontrer des pommes dans les livres, il y a quelque chose d'assez merveilleux à placer enfin un enfant sous un véritable pommier chargé de fruits.
Regardons :
la hauteur des pommes ;
les branches ;
les feuilles ;
les fruits abîmés ;
ceux tombés au sol ;
les insectes ;
les différences de couleur.
Et demandons :
« Qu'est-ce que tu reconnais grâce à nos livres ? »
Nous faisons alors quelque chose qui me paraît essentiel :
aller du livre vers le monde, puis revenir du monde vers le livre.
J'aime énormément les bibliothèques qui changent un peu avec l'année.
Pas au point d'enfermer les livres dans des saisons — nous pouvons évidemment lire une histoire de pommes en mars et un album enneigé en juillet si nous en avons envie.
Mais simplement pour connaître ce plaisir particulier :
ouvrir un livre et retrouver dedans quelque chose que nous venons de voir dehors.
En septembre, les pommes commencent à prendre leur place.
Dans les arbres.
Sur les étals.
Dans les compotes.
Dans les gâteaux.
Et maintenant…
dans notre panier de livres.
Sept ouvrages.
Sept manières complètement différentes de rencontrer le même fruit.
Compter une pomme.
La partager.
La faire rouler.
La cuisiner.
Découvrir comment elle pousse.
Suivre son pépin jusqu'au prochain pommier.
Comprendre comment elle est cultivée.
Et peut-être qu'un jour, au détour d'une promenade, un enfant apercevra un pommier chargé de fruits et dira :
« Regarde ! Comme dans notre livre ! »
À cet instant, quelque chose de très simple vient de se produire.
Le livre lui a appris à regarder le monde.
Et le monde vient de donner vie au livre.
À bientôt sous le tilleul 🌿