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Organiser un goûter à l’aveugle : peut-on reconnaître une pomme uniquement avec son nez et sa bouche ?

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Prenons une pomme.

Croquons dedans.

Et demandons :

« Quel goût a-t-elle ? »

La réponse la plus évidente serait probablement :

« Ben… la pomme ! » 😂

Et pourtant.

Prenons maintenant une deuxième pomme d’une autre variété.

Puis une troisième.

Sans regarder leur peau.

Sans connaître leur nom.

Et goûtons-les exactement de la même manière.

Soudain, « le goût de pomme » commence à se fissurer.

L’une est très sucrée.

Une autre presque acidulée au point de faire légèrement grimacer.

L’une craque bruyamment sous la dent.

L’autre est plus tendre.

L’une libère énormément de jus.

Une autre possède un parfum que nous remarquons avant même de la mettre en bouche.

Et voilà qu’un simple goûter devient une petite expérience sensorielle.

Aujourd’hui, nous allons donc faire quelque chose d'un peu inhabituel avec quelques pommes :

nous allons essayer de les découvrir sans les regarder.

Une pomme n’est pas simplement… une pomme

Dans un magasin, nous voyons immédiatement les différences.

Rouge.

Verte.

Jaune.

Petite.

Grosse.

Mate.

Brillante.

Tachetée.

Et notre cerveau commence déjà à anticiper ce que nous allons manger.

Une pomme verte très vive ?

Nous pouvons nous attendre à quelque chose d’acide.

Une belle pomme rouge ?

Peut-être imaginons-nous déjà quelque chose de plus sucré.

Mais que se passe-t-il lorsque nous retirons toutes ces informations ?

C’est précisément ce qui rend la dégustation à l’aveugle intéressante.

Nous obligeons nos autres sens à travailler davantage.

 

Pas besoin de bandeau sur les yeux

Avec les enfants, surtout les plus jeunes, je préfère éviter de transformer l’expérience en véritable dégustation les yeux bandés.

Certains adoreraient.

D’autres seraient beaucoup moins rassurés à l’idée de mettre dans leur bouche quelque chose qu’ils ne voient pas.

Et nous pouvons obtenir exactement l’effet recherché beaucoup plus simplement.

Préparons les pommes hors de leur vue.

Épluchons-les si leurs peaux permettent de les reconnaître trop facilement.

Découpons-les en morceaux de taille semblable.

Puis plaçons chaque variété dans un petit bol ou sur une assiette portant simplement :

A – B – C – D.

Voilà.

Le mystère peut commencer.

 

Quatre pommes suffisent largement

Inutile d’acheter douze variétés.

Avec quatre pommes bien différentes, nous avons déjà de quoi discuter longtemps.

Nous pouvons par exemple essayer :

- une Granny Smith, généralement bien acidulée et ferme ;

- une Gala, plutôt douce et sucrée ;

- une Jonagold, juteuse et offrant souvent un bel équilibre entre sucre et acidité ;

- une Pink Lady, croquante, parfumée et à la fois sucrée et acidulée.

Mais surtout, prenons ce que nous trouvons réellement.

Boskoop ?

Elstar ?

Golden ?

Reinette ?

Rubinette ?

Une variété locale trouvée au marché ?

Encore mieux.

Il n’existe pas de sélection parfaite.

Le principe consiste justement à comparer.

 

Et si nous trouvons une ancienne variété…

Alors l’expérience devient encore plus intéressante.

Sur un marché, chez un producteur ou dans un verger, nous pouvons parfois rencontrer des noms que les enfants n’ont jamais entendus.

Belle de Boskoop.

Reinette étoilée.

Jacques Lebel.

Court-Pendu.

Reinette grise.

Et soudain, la pomme devient aussi un petit morceau de patrimoine.

Nous découvrons qu’il n’existe pas simplement quelques pommes rouges et vertes interchangeables, mais une immense diversité de variétés, sélectionnées au fil du temps pour leurs goûts, leurs usages et leurs qualités.

Certaines sont délicieuses à croquer.

D’autres particulièrement intéressantes à cuire.

Certaines se conservent mieux.

Certaines sont très parfumées.

Certaines sont franchement acidulées.

Notre goûter peut donc commencer au supermarché…

et nous donner envie, la fois suivante, d’aller regarder les pommes d’un marché ou d’un verger autrement.

 

Première épreuve : le nez

Avant de goûter quoi que ce soit, sentons.

Et là…

cela devient déjà amusant.

« Ça sent la pomme ! »

Oui. 😂

Mais essayons d’aller un peu plus loin.

Laquelle possède l’odeur la plus forte ?

Laquelle sent presque rien ?

L’odeur semble-t-elle :

douce ?

fraîche ?

florale ?

acidulée ?

verte ?

mielleuse ?

Nous pouvons parfaitement inventer nos propres mots.

Il n’est pas nécessaire de posséder le vocabulaire d’un œnologue pour avoir le droit de décrire une pomme.

Un enfant pourrait annoncer :

« Celle-là sent le jardin de Mamie. »

Scientifiquement difficile à mesurer.

Sensoriellement parfaitement intéressant.

Parce qu’une odeur peut aussi réveiller un souvenir.

 

Deuxième épreuve : écouter la pomme

Voilà un sens auquel nous pensons rarement lorsque nous mangeons.

Pourtant…

croquons.

CRAC !

Certaines pommes produisent un bruit particulièrement net.

D’autres cèdent beaucoup plus doucement.

Alors, pour une fois, écoutons notre nourriture.

Nous pouvons même demander à tout le monde de croquer en silence.

Puis attribuer une note au :

croquant.

⭐ peu croquante
⭐⭐ moyennement croquante
⭐⭐⭐ super croquante

Les petits peuvent simplement choisir entre :

« crac ! »

et

« tout doux ».

Et voilà déjà une caractéristique que nous n’aurions peut-être jamais pensée à comparer.

 

Troisième épreuve : laquelle contient le plus de jus ?

Croquons lentement.

Et cette fois, concentrons-nous uniquement sur ce qui se passe dans notre bouche.

La pomme semble-t-elle sèche ?

Très juteuse ?

Le jus arrive-t-il immédiatement ?

Devons-nous beaucoup mâcher ?

Nous pouvons classer :

💧 peu juteuse
💧💧 juteuse
💧💧💧 très juteuse

Et il est fort possible que chacun ne donne pas exactement la même note.

Ce n’est pas un problème.

Une dégustation possède une part de perception personnelle.

 

Quatrième épreuve : l’acidité

Celle-ci devrait provoquer quelques visages intéressants. 😂

Goûtons un petit morceau.

Est-ce que notre bouche réagit immédiatement ?

Est-ce doux ?

Légèrement acidulé ?

Très acidulé ?

Nous pouvons même demander aux enfants de montrer l’acidité avec leur visage avant de parler.

La photographie de famille risque d’être remarquable. 😄

Puis classons de :

pas acide du tout

à

OUH LÀ !

Pour les petits, cette échelle est largement assez scientifique pour aujourd’hui.

 

Cinquième épreuve : la douceur

Attention cependant :

sucré et peu acide ne veulent pas exactement dire la même chose.

Voilà une nuance très intéressante à découvrir.

Une pomme peut contenir des sucres tout en ayant également une acidité bien perceptible.

Notre impression finale dépend donc notamment de cet équilibre.

Demandons :

« Laquelle te paraît la plus sucrée ? »

Puis :

« Est-ce forcément celle que tu préfères ? »

Et là, nous pouvons avoir une surprise.

Parce que la pomme la plus douce n’est pas nécessairement la favorite.

Certains aiment justement un peu d’acidité.

 

Et la texture ?

Ferme.

Fondante.

Farineuse.

Fine.

Dense.

Croquante.

Granuleuse parfois.

Voici encore des mots que nous utilisons peu lorsque nous disons simplement :

« J’aime les pommes. »

Pourtant, une texture peut complètement changer notre préférence.

Un enfant peut découvrir :

« J’aime le goût de celle-ci, mais pas sa texture. »

Voilà déjà une observation très précise.

Et bien plus intéressante que :

« J’aime pas. »

 

Notre cerveau goûte-t-il aussi avec les yeux ?

Oui, notre perception d’un aliment ne vient pas uniquement de la langue.

Son apparence, son odeur, sa texture et même ce que nous savons de lui influencent l’expérience.

C’est pour cela que cacher les pommes est intéressant.

Pendant quelques minutes, nous retirons une information importante :

leur apparence.

Et lorsque nous dévoilerons les variétés à la fin, il peut se produire quelque chose d’amusant.

« QUOI ? C’était la verte que j’aimais le plus ?! »

Peut-être que quelqu’un était convaincu de ne pas aimer les pommes vertes.

Mais justement…

il ne savait pas qu’elle était verte.

 

Une grande partie de ce que nous appelons « goût » vient aussi de l’odorat

Nous parlons couramment du « goût » d’un aliment.

Mais lorsque nous mangeons, notre expérience aromatique dépend énormément de l’odorat.

Notre langue détecte notamment des saveurs fondamentales comme le sucré et l’acide.

Mais les molécules aromatiques libérées pendant que nous mâchons atteignent également nos récepteurs olfactifs.

C’est en combinant toutes ces informations que notre cerveau construit ce que nous appelons finalement :

la saveur de la pomme.

Voilà pourquoi un gros rhume peut rendre les aliments tellement moins intéressants.

La langue fonctionne encore.

Mais une grande partie de leur univers aromatique semble avoir disparu.

 

Une mini-expérience étonnante

Avec les plus grands, nous pouvons essayer quelque chose de très simple.

Prenons un morceau de pomme.

Pinçons doucement notre nez.

Mâchons.

Puis relâchons le nez.

Que se passe-t-il ?

Le changement peut être étonnant.

Nous percevons toujours certaines sensations lorsque le nez est pincé.

Mais lorsque nous le libérons, les arômes deviennent soudain beaucoup plus présents.

Pas besoin de long discours.

Notre propre bouche vient de nous montrer que « goûter » mobilise plusieurs sens.

 

Fabriquer notre fiche de dégustation

Pas besoin d’une fiche compliquée.

Un tableau suffit :

Pomme Parfum Croquant Jus Acidité Douceur Texture Ma note
A              
B              
C              
D              

Pour les petits, remplaçons les mots par des symboles ou demandons simplement :

J’adore 😍

J’aime 🙂

Bof 😐

Pas pour moi 😖

Le but n’est pas de remplir correctement un tableau.

Le but est de mettre des mots sur une sensation.

 

Et maintenant… le classement familial

Une fois toutes les pommes dégustées, chacun établit son podium.

🥇 préférée
🥈 deuxième
🥉 troisième

Et surtout…

ne dévoilons toujours pas les variétés.

Comptons les votes.

Quelle pomme remporte le goûter ?

Avons-nous tous choisi la même ?

Probablement pas.

Et c’est précisément intéressant.

Nous pouvons aimer des caractéristiques différentes.

L’un cherche le sucre.

L’autre le croquant.

Un autre l’acidité.

Un autre encore préfère une pomme très juteuse.

Il n’existe donc pas forcément une meilleure pomme.

Il existe une pomme qui correspond mieux à ce que chacun aime.

 

Le grand dévoilement

Seulement maintenant, apportons les pommes entières.

Et essayons d’associer :

A, B, C et D

aux quatre variétés.

Cette fois, nous avons le droit de regarder.

Couleur.

Taille.

Forme.

Peau.

Puis révélons les réponses.

Et surtout, comparons nos idées de départ avec ce que nous venons réellement de goûter.

Peut-être découvrirons-nous que la variété que nous achetons toujours par habitude…

n’est même pas notre préférée.

 

Regarder ensuite ce que nous avions volontairement caché

Maintenant que le test est terminé, coupons les pommes en deux.

Observons :

la peau,

la chair,

le cœur,

les pépins,

la forme des loges qui les contiennent,

la couleur de la chair.

Et comparons.

Même à l’intérieur, toutes les pommes ne sont pas parfaitement identiques.

Nous pouvons alors revenir à notre question de départ :

« Est-ce qu’une pomme a simplement le goût de pomme ? »

La réponse est devenue beaucoup moins évidente.

 

Avec les petits : garder uniquement le plaisir de comparer

Avec de jeunes enfants, inutile de multiplier les critères.

Trois pommes suffisent.

Et seulement trois questions :

Est-ce que ça fait un gros CRAC ?

Est-ce que c’est doux ou ça pique un peu la bouche ?

Laquelle tu préfères ?

Ils peuvent placer devant chaque bol :

un cœur,

un visage,

un petit objet,

ou simplement montrer leur choix.

Ils peuvent aussi sentir avant de manger.

Et surtout…

ils ont parfaitement le droit de changer d’avis au morceau suivant. 😄

Leur expérience n’a pas besoin de ressembler à une fiche scolaire pour être riche.

 

Avec un plus grand : devenir dégustateur

Avec un enfant plus grand, nous pouvons aller beaucoup plus loin.

Noter chaque critère sur cinq.

Inventer une grille.

Calculer les moyennes.

Construire éventuellement un graphique.

Comparer le classement personnel au classement familial.

Chercher ensuite l’origine et les caractéristiques annoncées de chaque variété.

Et poser une question particulièrement intéressante :

« Ce que nous avons lu sur cette variété correspond-il réellement à ce que nous avons ressenti ? »

Parce que goûter avant de lire évite justement de se laisser influencer par la description.

 

Même variété, même goût ?

Pas forcément parfaitement.

Voilà une deuxième enquête possible.

Deux pommes d’une même variété peuvent présenter des différences selon leur maturité, leurs conditions de culture, leur conservation et leur fraîcheur.

Notre expérience ne permettra donc pas d’établir une vérité absolue du genre :

« Toutes les Gala du monde obtiennent exactement 4/5 en croquant. » 😂

Nous décrivons les pommes qui sont devant nous aujourd’hui.

Et cette précision est importante.

C’est même une jolie initiation à la démarche scientifique :

nous observons un échantillon, pas l’univers entier.

 

La meilleure à croquer est-elle la meilleure à cuire ?

Voilà comment prolonger l’expérience un autre jour.

Gardons deux ou trois variétés.

Faisons-les cuire séparément avec très peu d’ingrédients.

Puis comparons à nouveau.

Laquelle s’effondre ?

Laquelle garde ses morceaux ?

Laquelle semble plus douce après cuisson ?

Laquelle donne une compote que nous préférons ?

Nous découvrirons qu’une variété que nous aimons moins crue peut devenir formidable cuite.

Une pomme n’a donc pas seulement une personnalité.

Elle possède aussi des talents différents. 😄

 

Et si nous prolongions l’expérience au verger ?

Après avoir découvert plusieurs variétés autour de la table, une sortie dans un verger prend soudain une autre dimension.

Nous ne regardons plus :

des pommiers.

Nous commençons à chercher :

quelles variétés ?

Pourquoi cultive-t-on celle-ci ?

Quand est-elle récoltée ?

Se conserve-t-elle longtemps ?

Est-elle surtout mangée crue ?

Cuite ?

Transformée en jus ?

Et voilà comment un goûter nous conduit tranquillement vers :

la botanique,

l’agriculture,

les saisons,

le patrimoine fruitier,

la cuisine.

Tout cela parce que nous avons commencé par croquer quatre pommes.

 

Un goûter de septembre tout simple

Et j’aime aussi l’idée de ne rien ajouter.

Pas besoin de transformer les pommes en gâteau.

Ni de préparer une table extraordinaire.

Quelques fruits.

Des bols.

Un couteau.

Un verre d’eau entre deux dégustations.

Un papier.

Un crayon.

C’est tout.

Septembre nous offre justement ce genre de plaisirs.

Les fruits arrivent sur la table et nous pouvons simplement apprendre à mieux les regarder et mieux les goûter

 

Sous le tilleul 🌿

Nous mangeons parfois si vite que les aliments deviennent presque des catégories.

Une pomme.

Du pain.

Du fromage.

Une tomate.

Nous savons ce que c’est avant même d’avoir goûté.

Alors nous ne cherchons plus vraiment à savoir comment c’est.

Mais il suffit de cacher quatre pommes derrière quatre lettres pour que quelque chose change.

Nous recommençons à sentir.

À écouter.

À mâcher lentement.

À comparer.

À chercher des mots.

Cette pomme craque davantage.

Celle-ci pique légèrement les joues.

Cette autre laisse beaucoup de jus.

Et celle-là possède un parfum que nous n’arrivons même pas très bien à expliquer.

Soudain…

il n’y a plus « de la pomme ».

Il y a cette pomme-ci.

Puis celle-là.

Puis une autre encore.

Et c’est peut-être l’une des plus jolies choses que les expériences sensorielles puissent apprendre aux enfants :

le monde devient beaucoup plus vaste dès que nous cessons de croire que nous le connaissons déjà. 

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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