Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Posons une feuille d’arbre sur la table.
Recouvrons-la d’une feuille de papier.
À première vue…
plus rien.
La feuille a disparu.
Il ne reste qu’une page blanche légèrement bombée.
Prenons maintenant un crayon.
Couchons-le presque à plat.
Frottons doucement.
Et peu à peu…
quelque chose réapparaît.
Le contour d’abord.
Puis la nervure principale.
Des nervures plus fines.
Les bords.
Quelques reliefs.
Comme si la feuille cachée sous le papier décidait de nous laisser son portrait.
Le frottage de feuilles est une activité toute simple que beaucoup d’enfants connaissent.
Mais aujourd’hui, nous n’allons pas nous arrêter à la jolie empreinte.
Nous allons mélanger plusieurs frottages.
Ne surtout pas écrire leur nom.
Puis retourner dehors avec nos mystérieux portraits de feuilles et essayer de répondre à une question :
« De quel arbre vient chacune d’elles ? »
Bienvenue dans notre petite enquête botanique !!!
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Inutile de commencer avec quinze espèces.
Trois ou quatre suffisent largement.
L’idéal est de choisir des arbres dont les feuilles présentent des différences assez visibles.
Par exemple, selon ce qui pousse réellement autour de nous :
un chêne ;
un érable ;
un tilleul ;
un bouleau ;
un charme ;
un hêtre ;
un marronnier.
Mais nous ne partons pas chercher une liste préparée à l’avance.
Nous regardons d’abord les arbres réellement présents sur notre promenade.
C’est eux qui fabriqueront le jeu.
En septembre, il est souvent possible de trouver au sol des feuilles encore suffisamment intactes pour réaliser un frottage.
Privilégions-les lorsque c’est possible.
Si nous souhaitons prélever une feuille directement sur un arbre, faisons-le seulement là où cela est autorisé et avec parcimonie.
Dans certains jardins, réserves naturelles, parcs ou collections botaniques, les prélèvements peuvent être interdits.
Et surtout, inutile de repartir avec un bouquet entier.
Une feuille par arbre suffit.
Notre enquête a besoin d’indices, pas d’un herbier complet. 😄
Voilà une précaution importante.
Une feuille trouvée sous un chêne…
n’est pas nécessairement une feuille de chêne.
Le vent voyage.
Les arbres se mélangent.
Une feuille peut avoir glissé de plusieurs mètres.
Alors, si nous voulons préparer notre jeu nous-mêmes, mieux vaut commencer par observer l’arbre, regarder les feuilles encore attachées aux branches basses et comparer avec celle trouvée au sol.
L’adulte peut ainsi connaître la réponse…
avant de fabriquer le mystère.
Pour que le jeu fonctionne, il faut évidemment que quelqu’un sache quel frottage correspond à quel arbre.
Nous pouvons photographier chaque feuille devant son arbre avant de rentrer.
Ou attribuer discrètement un numéro à la feuille et conserver la correspondance sur un petit papier séparé.
Mais une fois les frottages réalisés…
les indices disparaissent.
Pas de « CHÊNE » écrit en énorme sous l’empreinte. 😂
Les détectives devront se débrouiller.
Plaçons la feuille sur une surface dure et assez lisse.
Pour faire ressortir les nervures, essayons de placer la face où elles sont les plus saillantes vers le haut, souvent le revers de la feuille.
Posons dessus une feuille de papier assez fine.
Maintenons-la pour qu’elle ne bouge pas.
Puis utilisons :
un crayon de couleur ;
un crayon graphite assez tendre ;
ou une craie grasse.
Plutôt que d’utiliser la pointe, couchons le crayon afin de frotter avec le côté de la mine.
Passons doucement sur toute la surface.
Et regardons.
La feuille apparaît.
C’est probablement ce qui émerveille le plus.
Avant le frottage, nous voyions bien que la feuille possédait des lignes.
Mais une fois imprimées sur le papier, elles deviennent beaucoup plus évidentes.
Une grosse nervure traverse parfois la feuille.
D’autres partent sur les côtés.
Puis elles se divisent encore.
Et encore.
Nous découvrons presque un réseau routier.
Demandons simplement :
« À quoi cela te fait penser ? »
À des routes ?
Des rivières ?
Des branches ?
Des veines ?
Une carte ?
Il n’est pas nécessaire de donner immédiatement le vocabulaire botanique.
Commençons par regarder.
Cette fois, notre joli dessin nous conduit naturellement vers la plante.
Les nervures d’une feuille contiennent notamment les tissus conducteurs qui participent au transport de l’eau, des sels minéraux et des produits issus de la photosynthèse.
Elles contribuent également à la structure mécanique de la feuille.
Autrement dit, ces lignes que notre crayon vient de faire apparaître ne sont pas simplement décoratives.
Elles font partie du fonctionnement même de la feuille.
Non.
Et voilà précisément ce qui va aider nos détectives.
Chez de nombreuses plantes à fleurs que nous rencontrerons parmi nos arbres feuillus, les nervures forment un réseau ramifié.
Mais même parmi elles, leur organisation peut différer.
Certaines feuilles possèdent une nervure centrale très marquée dont partent des nervures secondaires.
Chez d’autres, plusieurs grosses nervures semblent partir près de la base.
Il existe bien d’autres types de nervation dans le monde végétal.
Pour notre jeu, nous n’avons pas besoin de mémoriser toute la botanique.
Nous devons seulement comprendre ceci :
le dessin des nervures constitue un indice.
Mélangeons maintenant nos frottages.
Prenons le premier.
Avant de penser aux nervures, regardons simplement sa silhouette.
Est-elle :
allongée ?
arrondie ?
triangulaire ?
en forme de cœur ?
découpée en lobes ?
composée de plusieurs folioles ?
Très large ?
Très étroite ?
Nous pouvons même poser l’empreinte devant nous et tracer sa forme dans l’air avec le doigt.
Quel arbre autour de nous possède des feuilles ayant cette silhouette ?
Approchons-nous.
Le contour est-il lisse ?
Denté ?
Finement denté ?
Lobé ?
Ondulé ?
Voilà un détail que nous remarquons rarement lorsque nous disons simplement :
« C’est une feuille verte. »
Et pourtant, une fois que nous cherchons à identifier l’arbre…
le bord devient soudain extrêmement intéressant.
Nous ne regardons plus une feuille.
Nous regardons ses caractéristiques.
Observons maintenant les extrémités.
Comment la feuille rejoint-elle son pétiole ?
Sa base est-elle arrondie ?
En forme de cœur ?
Asymétrique ?
Et à l’autre bout ?
La pointe est-elle très marquée ?
Courte ?
Arrondie ?
Encore des détails minuscules qui peuvent devenir utiles lorsque deux feuilles se ressemblent.
Revenons maintenant à notre réseau.
Y a-t-il une nervure principale très nette ?
Combien de grosses nervures semblent partir de la base ?
Les nervures secondaires sont-elles droites ?
Courbées ?
Très rapprochées ?
Forment-elles un réseau facilement visible ?
Le frottage devient presque une radiographie imaginaire de la feuille.
Et notre dessin artistique commence à servir de document d’observation.
Prenons nos trois ou quatre frottages.
Et repartons exactement dans le lieu où nous avons trouvé les feuilles.
Cette fois, nous ne cherchons plus de quoi fabriquer une activité.
Nous cherchons :
les propriétaires des empreintes.
Choisissons le frottage A — sans forcément écrire A sur la feuille si nous voulons conserver un joli résultat.
Regardons-le.
Puis levons les yeux.
Quel arbre pourrait correspondre ?
Voilà une règle amusante.
Commençons par les branches basses.
Comparons une vraie feuille avec notre frottage.
Même forme ?
Même bord ?
Même organisation générale des nervures ?
Même proportion entre largeur et longueur ?
Si cela semble correspondre, annonçons :
« Nous avons un suspect ! »
Mais pas encore :
« Nous avons trouvé ! »
Il nous faut d’autres indices. 😄
C’est ici que notre jeu devient vraiment botanique.
Identifier un arbre uniquement grâce à une feuille peut parfois fonctionner très facilement.
Mais pas toujours.
Des espèces peuvent avoir des feuilles assez ressemblantes.
Une même espèce peut aussi présenter une certaine variation.
L’âge de la feuille, sa position ou son état peuvent modifier son apparence.
Alors, lorsqu’un doute apparaît…
regardons davantage l’arbre.
Voici un indice formidable que notre frottage ne peut pas nous donner.
Les feuilles peuvent être disposées de différentes manières le long des rameaux.
Chez certaines espèces, elles apparaissent par paires face à face.
Chez d’autres, elles alternent.
Cette disposition peut être très utile pour l’identification.
Et voilà une découverte intéressante :
notre empreinte ne contient pas toutes les informations.
Pour résoudre l’enquête, il faut revenir au vivant.
Est-elle :
lisse ?
fissurée ?
claire ?
sombre ?
écailleuse ?
marquée de lignes ?
Encore une fois, nous ne cherchons pas forcément à mémoriser tous les types d’écorce.
Nous ajoutons simplement une pièce au dossier.
Notre arbre suspect possède :
cette feuille,
cette disposition des feuilles,
cette écorce.
L’identification devient progressivement plus solide.
Voilà parfois l’indice qui règle l’enquête en quelques secondes. 😄
Des glands ?
Des samares ?
Des marrons dans leur bogue ?
Des petites graines ?
Des fruits ou leurs restes au sol ?
Observons sans forcément ramasser.
Le fruit peut être beaucoup plus caractéristique que la feuille seule.
Et nous découvrons ainsi quelque chose d’essentiel :
pour connaître un arbre, il vaut mieux regarder plusieurs parties de l’arbre.
Les enfants peuvent parfaitement annoncer :
« C’est une grande feuille ! »
Mais regardons de plus près.
Ce que nous appelons spontanément « une feuille » peut parfois être une feuille composée, constituée de plusieurs folioles.
Chez le marronnier, par exemple, plusieurs grandes folioles rayonnent depuis un même point.
Voilà une observation formidable à faire avec le doigt :
où commence réellement la feuille ?
Où est son pétiole ?
Et ce que nous pensions être plusieurs feuilles…
appartient-il en réalité à une seule ?
Une feuille d’érable peut être très agréable à utiliser pour commencer.
Sa silhouette lobée est souvent facile à remarquer.
Plusieurs nervures principales rayonnent depuis la zone proche du pétiole.
Mais attention :
« érable » désigne de nombreuses espèces.
Reconnaître qu’il s’agit probablement d’un érable est déjà une réussite.
Déterminer précisément l’espèce peut demander davantage d’observations.
Notre jeu n’a pas besoin de se transformer en examen de botanique.
Certaines feuilles de chêne sont elles aussi immédiatement intrigantes.
Leurs bords sont découpés en lobes.
Mais là encore, tous les chênes n’ont pas exactement la même feuille.
Et même sur un même arbre, toutes ne seront pas des copies parfaites.
Alors comparons plusieurs feuilles encore attachées.
Cherchons ce qui revient.
Ce sont les ressemblances répétées qui deviennent intéressantes.
Le tilleul nous offre une autre silhouette très reconnaissable : une feuille généralement en forme de cœur, avec un bord denté.
Mais là encore, regardons vraiment.
Le cœur est-il parfaitement symétrique ?
Comment partent les nervures ?
Quelle est la texture ?
Et surtout…
comparons avec l’arbre devant nous plutôt qu’avec l’image parfaite que nous avons dans notre tête.
La nature aime beaucoup moins les formes géométriques parfaites que nos dessins. 😄
Pour de jeunes enfants, simplifions complètement.
Un seul frottage.
Deux ou trois arbres possibles.
Et une mission :
« Retrouve une feuille qui ressemble à celle du dessin. »
Ils peuvent placer le papier près d’une feuille tombée.
Comparer les tailles.
Suivre le contour avec leur doigt.
Chercher les pointes.
Les bosses.
Les dents.
Et lorsqu’ils pensent avoir trouvé :
« Qu’est-ce qui te fait penser que c’est celle-là ? »
Même une réponse comme :
« Parce qu’elle a les mêmes bosses »
est déjà une véritable justification fondée sur l’observation.
Avec un enfant plus grand, transformons l’activité en véritable enquête.
Pour chaque arbre candidat, notons :
FORME : correspond / ne correspond pas
BORD : correspond / ne correspond pas
NERVURES : correspondent / ne correspondent pas
DISPOSITION SUR LE RAMEAU : indice supplémentaire
ÉCORCE : indice supplémentaire
FRUITS : indice supplémentaire
Puis décidons :
identification probable ;
identification incertaine ;
ou
mauvaise piste.
Cette dernière réponse est parfaitement autorisée.
Un bon détective doit aussi savoir abandonner un suspect. 😄
Une fois notre hypothèse formulée, nous pouvons consulter :
un guide des arbres ;
une clé d’identification adaptée ;
un panneau botanique s’il y en a un ;
une source naturaliste fiable ;
ou éventuellement un outil numérique d’identification.
Mais j’aime l’idée de ne pas commencer par là.
Si nous photographions immédiatement la feuille pour demander à une application son nom, l’enquête peut durer douze secondes.
Si nous observons d’abord…
nous apprenons à voir.
L’outil intervient ensuite pour nous aider à vérifier.
Encore mieux. 😄
Pourquoi propose-t-elle autre chose ?
Avons-nous négligé un détail ?
La photo était-elle mauvaise ?
Deux espèces sont-elles très proches ?
Pouvons-nous observer les fruits ?
Les bourgeons ?
L’écorce ?
Voilà une excellente manière d’apprendre que la technologie peut proposer une identification sans transformer automatiquement cette proposition en certitude.
Une fois l’enquête terminée, nous pouvons enfin écrire discrètement au dos :
le nom de l’arbre ;
la date ;
le lieu général ;
et éventuellement :
« identifié grâce à… »
Par exemple :
forme de la feuille + bord + glands observés sous l’arbre.
Nous obtenons alors une petite collection qui est à la fois :
artistique,
botanique,
et liée à nos promenades.
Au fil des mois, les frottages peuvent rejoindre un petit carnet.
Une double page par arbre.
À gauche :
le frottage.
À droite :
une photographie de l’arbre entier.
Puis quelques observations :
écorce ;
fruit ;
hauteur approximative ;
endroit où nous l’avons rencontré ;
date.
Pas besoin d’en faire cinquante.
Cinq arbres réellement observés et retrouvés valent mieux qu’une liste de trente espèces copiée dans un livre.
Voilà une jolie manière de suivre la saison.
Retournons vers le même arbre quelques semaines plus tard.
Les feuilles ont-elles changé de couleur ?
Sont-elles toujours sur l’arbre ?
Les nervures restent-elles aussi visibles ?
La feuille devenue plus sèche se prête-t-elle différemment au frottage ?
Nous pouvons conserver deux empreintes :
septembre
puis
octobre.
Même arbre.
Même feuille dans sa structure générale.
Mais un autre moment de son année.
Et là, l’expérience devient encore plus intéressante.
Retrouvons notre arbre lorsque ses nouvelles feuilles apparaissent.
Elles sont petites.
Tendres.
Parfois d’une teinte très différente des feuilles adultes.
Nous pouvons alors ressortir notre frottage de septembre et demander :
« Est-ce vraiment le même arbre ? »
Oui.
Le portrait change.
L’identité demeure.
Pour une version familiale très amusante, chaque personne peut préparer secrètement un frottage.
Nous les mélangeons sur la table.
Puis personne ne révèle son arbre.
Nous repartons tous ensemble.
Chacun choisit une empreinte qu’il n’a pas préparée.
Et l’enquête commence.
Le premier qui pense avoir trouvé ne gagne pas simplement en criant le nom.
Il doit montrer au moins deux indices.
Par exemple :
« Je pense que c’est cet arbre parce que la feuille possède les mêmes lobes et les nervures partent de la même manière. »
Là…
le dossier devient convaincant!
Une feuille de papier.
Une feuille d’arbre.
Un crayon frotté sur le côté.
Il n’en faut vraiment pas davantage pour commencer.
Au début, nous pensions fabriquer une image.
Puis les nervures sont apparues.
Nous avons remarqué le bord.
La forme.
Les lobes.
Les dents.
Nous sommes retournés dehors.
Et cette fois, les arbres devant lesquels nous étions probablement déjà passés des dizaines de fois n’étaient plus seulement :
des arbres.
L’un possédait cette feuille en cœur.
L’autre ces lobes.
Un autre ces petites dents.
Celui-ci portait des fruits.
Celui-là avait une écorce complètement différente.
Le frottage n’avait finalement pas servi à reproduire une feuille.
Il avait fait quelque chose de beaucoup plus intéressant :
il nous avait appris à revenir regarder l’arbre.
Et c’est peut-être là que les activités de nature deviennent les plus belles.
Lorsque ce que nous fabriquons à la maison nous donne ensuite une raison…
de ressortir.
À bientôt sous le tilleul 🌿