Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il y a des matières qui semblent appartenir à une saison.
Le lin froissé évoque immédiatement l’été.
La grosse laine appelle l’hiver.
Et puis il y a…
le velours côtelé.
Une jupe caramel.
Un pantalon brun.
Une petite salopette d’enfant.
Une veste vert forêt.
Il suffit presque de passer la main dessus pour imaginer une matinée fraîche, des feuilles sous les chaussures et une rentrée dans une vieille université anglaise.
😂
Mais pourquoi ?
Pourquoi ce tissu couvert de petites lignes en relief revient-il si naturellement dans nos armoires lorsque les températures commencent à descendre ?
Et surtout…
Aujourd’hui, sortons une pièce en velours côtelé de l’armoire.
Et regardons-la vraiment.
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Prenons un pantalon en velours côtelé.
De loin, nous voyons des lignes verticales.
Mais approchons-nous.
Et passons un doigt dessus.
Ce ne sont pas des rayures imprimées.
Elles sont en relief.
Le velours appartient à la famille des tissus à poil : sa surface présente de petites fibres dressées. Dans le velours côtelé, ce poil est organisé en bandes parallèles qui créent ces fameuses côtes.
C’est donc la construction même du textile qui produit son aspect rayé.
Et pas une décoration ajoutée après coup.
Le principe du velours consiste à créer, en plus du tissu qui forme sa base, un ensemble de fils produisant des boucles.
Ces boucles peuvent ensuite être coupées, libérant de petites extrémités de fibres qui se dressent à la surface.
C’est ce qui crée ce toucher particulier que nous appelons le poil du velours.
Le velours côtelé reprend cette idée du poil, mais celui-ci apparaît en rangées longitudinales régulières.
Nos petites côtes sont nées.
Voilà l’une des particularités amusantes des tissus à poil.
Prenons notre vêtement et passons la main dessus dans un sens.
Puis dans l’autre.
Le tissu peut soudain paraître plus clair ou plus foncé.
Pourtant…
nous n’avons évidemment pas changé sa couleur en le caressant.
😂
Ce sont les petites fibres de surface qui possèdent une orientation.
Lorsque nous les couchons dans un sens ou dans l’autre, elles ne réfléchissent plus la lumière exactement de la même manière.
C’est également la raison pour laquelle le sens du poil est important lorsque l’on coupe les différentes pièces d’un vêtement en velours : si certaines sont placées dans un sens et d’autres dans le sens opposé, elles peuvent sembler avoir des teintes différentes une fois assemblées.
Un joli rappel que la couleur d’un vêtement ne dépend pas uniquement de sa teinture.
La texture joue elle aussi avec la lumière.
Voilà notre question de départ.
Est-ce parce que chacune de ces petites côtes est une sorte de minuscule radiateur ?
😂
Évidemment non.
Un vêtement ne fabrique pas la chaleur.
Notre corps la produit.
Le vêtement, lui, peut contribuer à ralentir les échanges de chaleur avec notre environnement.
Et pour cela, quelque chose d’invisible est particulièrement utile :
L’air relativement immobile emprisonné dans et autour des fibres constitue une barrière isolante.
Or le velours côtelé est généralement un textile assez substantiel, avec une structure en relief et une surface pileuse.
Comparé à une fine toile estivale, il peut donc constituer une couche plus isolante et particulièrement agréable lorsque les températures commencent à baisser.
Mais attention :
Pas du tout.
Regardons deux vêtements en velours côtelé et nous pouvons découvrir des différences étonnantes.
Certaines côtes sont :
très fines ;
moyennes ;
ou au contraire très larges.
Il existe même des velours dont les lignes sont si fines qu’elles deviennent presque discrètes.
En anglais, on rencontre le terme wale pour parler des côtes du velours côtelé et de leur nombre sur une largeur donnée : plus elles sont nombreuses, plus elles sont fines.
Mais un velours à grosses côtes n’est pas automatiquement plus chaud qu’un velours à côtes fines.
Il faut également tenir compte :
de l’épaisseur du tissu ;
de sa densité ;
de sa composition ;
de la coupe du vêtement ;
de sa doublure éventuelle ;
et bien sûr de ce que nous portons dessous.
Deux pantalons « en velours côtelé » peuvent donc offrir des sensations très différentes.
Non plus.
Nous associons beaucoup le velours côtelé au coton, et de nombreux modèles en contiennent effectivement.
Mais aujourd’hui, retournons simplement l’étiquette d’un vêtement.
Nous pouvons découvrir :
du coton ;
du polyester ;
de l’élasthanne ;
ou différents mélanges de fibres.
L’élasthanne est notamment ajouté à certains vêtements modernes pour apporter davantage de souplesse.
Voilà d’ailleurs une petite habitude intéressante lorsque nous achetons un vêtement :
Regardons aussi ce dont il est réellement fait.
Le velours lui-même possède une histoire prestigieuse.
Bien avant nos pantalons et nos salopettes, de somptueux velours de soie étaient fabriqués en Europe.
À la Renaissance notamment, des centres italiens comme Venise, Florence, Gênes ou Milan étaient célèbres pour leurs velours extrêmement élaborés.
Certains associaient la soie à des fils métalliques précieux.
Ils pouvaient servir aux vêtements des élites, mais aussi à l’ameublement ou aux textiles religieux.
Autrement dit…
nous sommes très loin de notre petit pantalon côtelé porté pour aller chercher le pain.
😂
Le mot velours recouvre donc une histoire textile beaucoup plus vaste que le seul tissu automnal que nous connaissons aujourd’hui.
Son histoire n’est pas simplement celle de ces luxueux velours de soie.
Le velours côtelé est devenu un textile beaucoup plus quotidien, particulièrement adapté à des vêtements solides et confortables.
Et son nom anglais, corduroy, traîne derrière lui une histoire assez amusante.
On raconte parfois qu’il viendrait du français :
comme s’il avait été littéralement le « tissu du roi ».
C’est une jolie histoire.
Très jolie même.
Le seul problème…
c’est qu’elle est généralement considérée comme une fausse étymologie.
😂
Voilà une chose que j’aime particulièrement lorsque l’on s’intéresse à l’histoire des objets ordinaires :
on découvre aussi toutes les légendes que nous avons inventées autour d’eux.
Et voilà finalement la question qui m’intéresse le plus.
Parce qu’aucune loi naturelle ne dit :
😂
Et pourtant, dès que l’été commence à s’éloigner…
il revient.
Dans les vitrines.
Dans les magazines.
Dans les friperies.
Et surtout dans nos propres armoires.
Il y a évidemment une raison pratique : un tissu assez épais et texturé devient plus intéressant lorsque les températures baissent.
Mais il y a aussi tout ce que notre culture a placé autour de cette matière.
Brun.
Camel.
Bordeaux.
Moutarde.
Vert profond.
Jupes.
Vestes.
Pantalons.
Salopettes.
À force de retrouver ces vêtements et ces couleurs au retour des journées fraîches, nous avons fini par fabriquer une association presque immédiate :
Prenons maintenant :
un pantalon de velours ;
une chemise ;
un pull ;
des mocassins ;
une veste côtelée ;
quelques livres sous le bras.
Et notre cerveau invente immédiatement…
😂
Le velours côtelé s’est durablement installé dans certains vestiaires masculins décontractés, intellectuels et universitaires du XXe siècle, particulièrement sous forme de pantalons et de vestes.
Au fil du temps, cette silhouette a nourri tout un imaginaire.
Le professeur.
L’écrivain.
L’étudiant.
La bibliothèque.
Les vieux campus.
Les étagères remplies de livres.
Aujourd’hui encore, il suffit parfois d’une veste en velours côtelé pour convoquer cette esthétique.
Mais il faut distinguer l’histoire réelle du textile de l’image culturelle que nous avons progressivement construite autour de lui.
Le velours côtelé n’a évidemment pas été inventé pour habiller les professeurs d’université.
😂
Il existe une autre image presque intemporelle du velours côtelé :
Ou la robe chasuble.
Le petit pantalon.
La veste.
Le velours côtelé s’est également installé durablement dans le vestiaire enfantin.
Selon son poids et sa composition, il peut être à la fois :
confortable ;
relativement robuste ;
agréable lorsque les températures fraîchissent ;
et suffisamment polyvalent pour des vêtements du quotidien.
Ajoutons les bruns, rouges, verts et moutarde dans lesquels on le retrouve souvent…
et nous obtenons presque instantanément une silhouette d’automne.
Voilà précisément là où j’aimerais arrêter la machine.
😂
Parce que tous les ans, le même phénomène recommence.
Nouvelle saison.
Nouvelles collections.
Nouvelles couleurs.
Nouveaux « indispensables ».
Et soudain, le pantalon que nous possédions déjà l’année dernière semble ne plus compter.
Alors faisons exactement l’inverse.
Avons-nous déjà :
une jupe côtelée ?
un pantalon ?
une veste ?
une surchemise ?
une robe ?
Une seule pièce suffit largement pour retrouver cette matière dans nos tenues de saison.
Prenons par exemple :
Pas besoin de lui acheter cinq nouveaux compagnons.
Regardons ce que nous possédons déjà.
Avec une chemise blanche
Simple, lumineux et parfait lorsque les journées sont encore douces.
Avec un tee-shirt
Parce que début d’automne ne signifie pas nécessairement gros pull.
Si l’après-midi est doux, la matière de la jupe apporte déjà une sensation plus saisonnière.
Avec un cardigan
Le matin fraîchit ?
Ajoutons simplement une couche.
Avec une blouse imprimée
Des petites fleurs, des carreaux ou un motif vintage peuvent complètement changer l’allure de la même jupe.
Avec un pull
Lorsque l’automne avancera vraiment, notre jupe n’aura toujours pas besoin d’être remplacée.
Une pièce.
Cinq possibilités.
Même principe.
Notre pantalon côtelé peut fonctionner avec :
un tee-shirt uni ;
une chemise ;
un cardigan ;
un pull fin ;
une veste que nous possédons déjà.
Avant d’acheter une nouvelle pièce, essayons donc une règle extrêmement simple :
Si oui, le vêtement a de bonnes chances de réellement entrer dans notre quotidien.
Si nous devons acheter :
le pull qui va avec ;
les chaussures qui vont avec ;
la veste qui va avec ;
et le sac qui va avec…
notre « petit pantalon » commence à devenir une opération financière d’envergure.
😂
Autre piège de la mode saisonnière :
nous faire croire que velours côtelé signifie nécessairement :
🤎 brun
🧡 rouille
💛 moutarde
💚 vert forêt
Ce sont de magnifiques couleurs.
Mais le velours côtelé existe aussi en :
bleu marine ;
crème ;
rose ;
rouge ;
noir ;
bleu clair ;
et quantité d’autres nuances.
La matière suffit déjà à donner du relief à une tenue.
Nous n’avons donc absolument pas besoin d’adopter toute la palette de la forêt d’octobre si elle ne nous ressemble pas.
Voilà quelque chose que les achats sur écran nous font parfois oublier.
Un textile est fait pour être…
touché.
Passons la main dessus.
Le velours est-il :
souple ?
rigide ?
fin ?
épais ?
doux ?
Les côtes sont-elles fines ?
Très larges ?
Le tissu reprend-il sa forme ?
Puis retournons le vêtement.
Regardons :
les coutures ;
la composition ;
les instructions d’entretien ;
la doublure éventuelle.
Une photographie nous montre essentiellement une silhouette et une couleur.
Nos mains nous racontent le tissu.
Voilà aussi une matière particulièrement intéressante à chercher en seconde main.
Après tout…
les marques essaient régulièrement de lui donner une allure vintage.
Alors pourquoi ne pas chercher directement un véritable vêtement ancien ?
😂
Une veste.
Une jupe.
Un pantalon.
Une salopette d’enfant.
Le velours côtelé peut toutefois porter les traces de son histoire.
Regardons particulièrement :
les genoux ;
les coudes ;
l’entrejambe ;
les bords des poches ;
les poignets.
Les frottements répétés peuvent user ou aplatir le poil.
Mais une pièce en bon état peut parfaitement commencer une nouvelle vie dans une autre armoire.
Première règle :
Deux vêtements qui paraissent semblables peuvent avoir des compositions très différentes.
Et donc demander des soins différents.
Le velours côtelé possède également une surface en relief que l’on cherche à préserver.
Mieux vaut donc éviter de décider automatiquement :
« C’est du coton, je le traite comme n’importe quelle chemise. »
Température de lavage.
Séchage.
Repassage.
Tout dépendra du vêtement.
Et si un repassage est autorisé, il faut être particulièrement attentif à ne pas écraser le poil qui donne justement au velours son aspect si particulier.
Prendre soin d’un vêtement fait aussi partie de la consommation raisonnée.
Parce que le vêtement le plus écologique n’est pas nécessairement celui qui porte la plus belle étiquette verte.
C’est aussi celui…
que nous pouvons continuer à porter longtemps.
Peut-être pouvons-nous profiter du retour du velours côtelé pour essayer quelque chose.
Pas une expérience.
Pas une activité.
Simplement…
regarder.
La prochaine fois que nous sortirons un vêtement de l’armoire, prenons quelques secondes avant de l’enfiler.
De quoi est-il fait ?
Comment est son tissu ?
Est-il tissé ?
Tricoté ?
Lisse ?
Poilu ?
Côtelé ?
Pourquoi l’aimons-nous ?
Depuis combien de temps l’avons-nous ?
Avec combien de vêtements pouvons-nous déjà le porter ?
Nous parlons énormément de mode.
Et finalement assez peu…
des textiles eux-mêmes.
La mode saisonnière possède un drôle de pouvoir.
Les premières fraîcheurs arrivent et soudain apparaissent partout :
les nouvelles vestes ;
les nouvelles chaussures ;
les nouvelles couleurs ;
la nouvelle collection ;
les « indispensables » de l’automne.
Comme si notre armoire de l’année dernière avait mystérieusement cessé de fonctionner pendant l’été.
😂
Et si nous faisions exactement l’inverse ?
Sortir cette vieille jupe côtelée.
Passer la main sur ses petites lignes.
Regarder comment elles accrochent la lumière.
Comprendre comment elles ont été fabriquées.
Retrouver une chemise que nous possédons déjà.
Ajouter un cardigan lorsque la température le réclamera vraiment.
Et continuer à porter les vêtements que nous aimons.
Parce que finalement, le plus joli retour du velours côtelé chaque automne n’est peut-être pas celui que nous annoncent les vitrines.
C’est celui qui se produit lorsque nous ouvrons notre propre armoire et que nous nous disons :
Et qu’un vêtement déjà porté devient soudain…
exactement celui dont nous avions envie.
À bientôt sous le tilleul 🌿