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Pourquoi les enfants veulent-ils emporter un objet de la maison lorsqu'ils partent ? Le rôle des petits objets rassurants

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Nous sommes prêts à partir.

Les chaussures sont mises.

Le manteau aussi.

Le sac est préparé.

Et au moment précis où nous pensions enfin pouvoir fermer la porte…

« Attends ! Je dois prendre ma voiture rouge ! »

Très bien.

Nous attendons.

L'enfant revient avec sa petite voiture.

Nous repartons.

Enfin presque.

« Et mon caillou ! »

Le caillou ?

Oui.

LE caillou.

Celui qui ressemble pour nous approximativement aux 487 autres cailloux croisés cette année, mais qui possède manifestement une importance capitale. 😂

Parfois, c'est un doudou.

Mais pas toujours.

Une figurine.

Une petite voiture.

Un mouchoir.

Un bracelet.

Un caillou.

Un petit animal en plastique.

Un objet glissé dans une poche que l'enfant ne sortira peut-être même pas pendant toute la promenade.

Et nous pouvons nous demander :

Pourquoi tenait-il tellement à l'emporter, alors ?

Parce que pour un enfant, partir de la maison signifie aussi quitter momentanément un univers familier.

Et certains petits objets peuvent devenir comme un minuscule morceau de cet univers que l'on emporte avec soi.

Partir, c'est aussi quitter ses repères

Pour nous, adultes, sortir de chez soi est généralement une transition assez banale.

Nous savons où nous allons.

Nous savons pourquoi.

Nous savons que nous reviendrons.

Et nous avons acquis suffisamment de repères pour nous sentir relativement continus d'un lieu à l'autre.

Pour un jeune enfant, les transitions peuvent être vécues beaucoup plus intensément.

Quitter la maison, arriver dans un endroit inconnu, entrer à la crèche ou à l'école, aller dormir chez quelqu'un, partir en vacances ou même simplement se rendre à une activité implique de passer :

du connu à quelque chose d'un peu moins connu.

La maison possède ses odeurs.

Ses bruits.

Ses jouets.

Ses habitudes.

Ses personnes familières.

Son lit.

Ses rituels.

Emporter quelque chose qui appartient à cet univers peut alors offrir un petit point de continuité.

Tout change autour de moi…

mais cette petite chose, elle, est toujours là.

 

Le fameux « objet transitionnel »

C'est ici que nous rencontrons une expression devenue très connue :

l'objet transitionnel.

Le concept a été développé par le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott au XXe siècle.

Le doudou ou le morceau de tissu auquel un jeune enfant s'attache fortement en est l'exemple que nous connaissons le mieux.

L'objet occupe une place particulière dans le développement de l'enfant, notamment lorsqu'il commence à mieux supporter la séparation d'avec la personne qui prend soin de lui.

Il appartient à cet espace intermédiaire entre la présence rassurante de l'autre et la capacité progressive à être séparé de lui.

Voilà pourquoi certains enfants veulent absolument leur doudou pour dormir, lorsqu'ils sont fatigués ou lorsqu'ils doivent quitter leurs parents.

Mais tous les enfants n'ont pas d'objet transitionnel.

Et surtout…

tous les objets qu'un enfant souhaite emporter ne sont pas nécessairement des objets transitionnels au sens strict.

 

Et la petite voiture dans la poche, alors ?

Elle peut néanmoins avoir une fonction très intéressante.

Imaginons un enfant qui choisit chaque matin une petite voiture avant de partir.

Il la glisse dans sa poche.

Puis il ne joue pratiquement pas avec.

Vu de l'extérieur, cela semble assez mystérieux.

Pourquoi l'avoir prise ?

Peut-être justement parce que la posséder suffit.

Il sait qu'elle est là.

Il peut la toucher.

La retrouver s'il en ressent le besoin.

Elle vient de sa chambre.

Elle appartient à son univers.

Elle peut devenir une sorte de repère familier transportable.

Nous faisons parfois quelque chose d'assez proche à l'âge adulte.

Nous partons en voyage avec notre propre oreiller.

Nous gardons une photographie dans notre portefeuille.

Nous portons un bijou offert par quelqu'un que nous aimons.

Nous emportons toujours le même carnet.

Évidemment, le développement de l'enfant et nos habitudes d'adultes ne sont pas exactement comparables.

Mais nous connaissons nous aussi ce pouvoir étrange des objets :

ils peuvent représenter bien davantage que leur fonction matérielle.

 

Même… un caillou ?

Oui.

Même un caillou. 😂

Et c'est justement là qu'il faut parfois accepter de regarder l'objet avec les yeux de l'enfant plutôt qu'avec les nôtres.

Pour nous :

un caillou gris légèrement bosselé.

Pour lui :

le caillou trouvé avec papa au parc,

celui qu'il a choisi hier,

celui qui était posé à côté de son lit,

son « caillou magique »,

ou simplement…

son caillou.

La valeur affective d'un objet n'a absolument rien à voir avec sa valeur marchande.

Une figurine à cinquante centimes peut être plus importante qu'un magnifique jouet.

Un morceau de ruban peut devenir précieux.

Un ticket peut rappeler une sortie.

Une petite feuille séchée peut représenter une promenade.

Les enfants ont cette capacité merveilleuse à charger les choses ordinaires d'histoires et de sens.

 

« J'emporte un petit morceau de chez moi »

C'est probablement l'image que je préfère.

Lorsqu'un enfant glisse un objet familier dans sa poche avant de partir, nous pouvons parfois imaginer qu'il emporte symboliquement un petit morceau de son monde avec lui.

La maison reste derrière.

Papa ou maman ne sera peut-être pas présent pendant quelque temps.

L'endroit où il va possède d'autres bruits, d'autres personnes, d'autres règles.

Mais dans sa poche…

quelque chose n'a pas changé.

Et lorsqu'une séparation est difficile, ces petits éléments de continuité peuvent participer à rendre la transition plus douce.

Cela ne signifie pas qu'un objet fera disparaître toute inquiétude.

Ni qu'il faudrait absolument en proposer un à tous les enfants.

Simplement que, pour certains, un repère concret peut aider à apprivoiser l'absence et la nouveauté.

 

Les petits rituels jouent un rôle semblable

Et l'objet n'est d'ailleurs qu'une possibilité parmi d'autres.

Certains enfants se rassurent davantage grâce à un rituel.

Toujours le même bisou avant de partir.

Une petite phrase.

Un signe à travers la fenêtre.

Un dessin dans la poche.

Un cœur tracé sur la main.

Une chanson dans la voiture.

Le principe reste proche :

créer quelque chose de prévisible et familier au milieu d'une transition.

L'enfant sait ce qui va se passer.

« Maman va partir, nous allons faire notre bisou, elle va dire cette phrase… et ensuite elle reviendra. »

La répétition peut rendre la séparation plus compréhensible.

 

Et s'il pleure malgré son petit objet ?

Alors il pleure.

Et cela ne signifie pas que le doudou « ne fonctionne pas ».

Un objet rassurant n'est pas un bouton magique permettant d'éteindre une émotion.

Un enfant peut tenir très fort son doudou…

et avoir quand même du chagrin.

Il peut garder sa petite voiture dans la main…

et ne pas avoir envie que son parent parte.

Il peut avoir son rituel…

et vivre malgré tout une séparation difficile.

Le rôle de l'objet n'est pas nécessairement de supprimer l'émotion.

Il peut simplement accompagner l'enfant pendant qu'il la traverse.

Cette nuance me semble importante.

 

Petit à petit, les repères deviennent intérieurs

Au fil du développement, l'enfant construit progressivement quelque chose de formidable.

Il devient de plus en plus capable de garder intérieurement la sécurité apportée par ses personnes et ses lieux familiers, même lorsqu'ils ne sont pas immédiatement présents.

Il comprend mieux le temps.

Il sait davantage que nous revenons.

Il connaît les lieux.

Il anticipe ce qui va se passer.

Et parfois, l'objet autrefois indispensable commence à rester à la maison.

Un jour, nous réalisons même qu'il est resté sur le lit…

et que personne ne l'a réclamé.

Ce qui aurait provoqué une catastrophe quelques mois auparavant est devenu presque insignifiant.

Pas parce que l'objet n'a jamais compté.

Peut-être justement parce qu'il a accompagné une étape qui est maintenant derrière l'enfant.

 

Faut-il empêcher un enfant d'emporter quelque chose ?

Lorsque cela ne pose pas de problème particulier, je ne vois pas forcément de raison de transformer ce besoin en bataille.

Si une petite figurine dans une poche aide l'enfant à partir sereinement…

pourquoi pas ?

Mais il existe évidemment des limites pratiques.

On évitera l'objet extrêmement précieux ou irremplaçable qui risque d'être perdu.

Le jouet énorme que nous allons finir par porter nous-mêmes pendant trois heures. 😂

Un objet dangereux.

Ou quelque chose qui n'est pas autorisé dans le lieu où l'enfant se rend.

Dans ce cas, nous pouvons chercher ensemble une alternative :

« Celui-ci doit rester à la maison. Quel petit objet pourrais-tu choisir à la place ? »

L'enfant conserve alors une part de décision.

 

La petite poche des trésors

Pour un enfant qui aime beaucoup emporter quelque chose, on peut même prévoir une toute petite poche à trésors dans son sac.

Attention au mot petite. 😂

Parce que si nous annonçons simplement :

« Tu peux prendre ce que tu veux pour te rassurer »,

nous risquons de partir au parc avec trois dinosaures, six voitures, une peluche de 72 centimètres et probablement une casserole.

La règle peut être toute simple :

un seul petit trésor qui tient dans cette poche.

Aujourd'hui, une figurine.

Demain, un caillou.

Un autre jour, rien du tout.

L'idée n'est pas d'installer une obligation.

Mais d'offrir une possibilité.

 

Observer plutôt qu'interpréter trop vite

Il est également intéressant de regarder quand l'enfant demande ces objets.

Est-ce à chaque sortie ?

Uniquement lorsqu'il va dans un endroit nouveau ?

Lorsqu'il doit quitter son parent ?

Lorsqu'il est fatigué ?

Après une période de changement ?

Ou choisit-il simplement une voiture parce qu'il compte jouer avec elle ?

Parce qu'il ne faut pas non plus transformer chaque Playmobil placé dans une poche en grand phénomène psychanalytique. 😂

Parfois…

un dinosaure est juste un dinosaure.

C'est l'observation répétée du comportement de l'enfant qui nous permet de comprendre progressivement ce que cet objet représente pour lui.

Et nous pouvons tout simplement demander :

« Tu voulais vraiment l'avoir avec toi aujourd'hui ? »

Sa réponse nous surprendra peut-être.

 

Ces objets qui racontent l'enfance

Je trouve finalement très émouvants, ces petits objets.

Parce que leur importance est souvent temporaire.

Pendant quelques semaines, impossible de sortir sans cette voiture.

Puis elle est remplacée par un petit lapin.

Ensuite vient un caillou.

Puis plus rien.

Et quelques années plus tard, nous retrouvons au fond d'une boîte un petit objet dont nous avions presque oublié l'existence.

Pour nous, ce n'est plus qu'une figurine un peu abîmée.

Mais elle a peut-être accompagné :

des premiers jours loin de la maison,

une rentrée,

des voyages,

des siestes,

des rendez-vous,

des promenades,

des moments où une petite main avait simplement besoin de sentir quelque chose de connu.

Et soudain, nous n'avons plus tellement envie de jeter cette vieille figurine. ❤️

 

Sous le tilleul 🌿

Nous parlons beaucoup des grandes choses dont les enfants ont besoin pour grandir.

L'amour.

La sécurité.

La présence.

La confiance.

Les limites.

Mais leur monde est également rempli de toutes petites choses.

Une étiquette de doudou frottée entre deux doigts.

Une voiture serrée dans une main.

Un caillou caché au fond d'une poche.

Une figurine posée à côté d'une assiette dans un endroit inconnu.

À nos yeux, l'objet peut sembler dérisoire.

Mais peut-être ne devons-nous pas toujours nous demander :

« À quoi ça sert ? »

Peut-être pouvons-nous parfois demander :

« Qu'est-ce que cela représente pour lui ? »

Parce que grandir consiste aussi à apprendre progressivement que l'on peut quitter un lieu sans le perdre.

Que maman ou papa peut s'éloigner et revenir.

Que la maison continue d'exister lorsque nous n'y sommes pas.

Que nous pouvons découvrir un nouvel endroit tout en gardant quelque chose de familier avec nous.

Et pour parcourir cette immense distance entre le connu et l'inconnu…

il suffit parfois d'un objet suffisamment petit pour tenir au creux d'une main d'enfant. 

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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