Il se passe quelque chose d'étrange au début du mois de septembre.
Nous pouvons avoir quitté l'école depuis dix, vingt ou trente ans…
et pourtant, lorsque les grandes vacances se terminent, une petite partie de nous semble entendre encore une cloche de rentrée imaginaire. 😂
Tout à coup, nous avons envie d'un agenda.
D'un joli carnet.
De ranger un placard.
De reprendre une activité abandonnée.
De préparer des menus.
De trier nos papiers.
De nous coucher plus tôt.
De recommencer à lire.
De reprendre soin de nous.
Bref…
de repartir sur de nouvelles bases.
Et pourtant, le calendrier est formel : nous sommes déjà le 7 septembre. La frénésie des premiers jours d'école s'apaise à peine, les cahiers sont déjà un peu écornés, et l'année a commencé depuis huit mois.
Alors pourquoi avons-nous parfois cette étrange impression qu'une nouvelle année commence une seconde fois ?
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Pendant une grande partie de notre enfance, septembre a véritablement représenté un commencement.
Nouvelle classe.
Nouvel enseignant.
Nouveaux cahiers.
Nouvel emploi du temps.
Parfois nouveaux camarades.
Nouvelles activités.
Et même de nouveaux vêtements que l'on avait souvent gardés exprès pour la rentrée.
Après la longue parenthèse de l'été, tout repartait.
Année après année, notre cerveau a donc associé cette période à une transition très forte :
avant septembre / après septembre.
Puis nous devenons adultes.
Nous n'avons plus nécessairement de rentrée scolaire.
Mais autour de nous, le rythme collectif continue.
Les écoles rouvrent.
Les activités reprennent.
Les émissions reviennent.
Les associations publient leurs nouveaux programmes.
Les magasins remplissent leurs rayons de fournitures.
Les agendas familiaux recommencent à se remplir.
Et notre vieux réflexe semble murmurer :
« Bon. Les vacances sont terminées. Maintenant, on recommence. »
En psychologie, les chercheurs se sont intéressés à quelque chose que l'on appelle parfois l'effet de nouveau départ (fresh start effect).
Certaines dates fonctionnent comme des repères temporels.
Le 1er janvier en est l'exemple évident.
Mais cela peut également être :
un anniversaire,
un lundi,
le premier jour d'un mois,
un déménagement,
le début des vacances,
un retour de voyage…
ou une rentrée.
Ces moments créent une sorte de séparation mentale.
Il y avait « moi avant ».
Et voici maintenant « moi après ».
Ce qui est intéressant, c'est que cette frontière peut nous aider à prendre un peu de distance avec nos échecs précédents.
Je n'ai pas réussi à tenir cette habitude ?
C'était avant.
Je n'ai pas terminé ce projet ?
Très bien.
Je peux recommencer maintenant.
C'est une petite illusion temporelle, peut-être…
mais parfois une illusion très utile.
Et puis il y a…
le cahier neuf.
Ah, le cahier neuf. 😂
Ces pages parfaitement blanches sur lesquelles notre écriture sera évidemment magnifique, notre organisation irréprochable et où nous ne raturerons absolument jamais rien.
Du moins pendant les trois premières pages.
Pourquoi est-ce si agréable ?
Parce qu'un objet neuf peut matérialiser notre envie de recommencer.
Un agenda vide nous montre du temps encore disponible.
Un carnet vierge nous montre des possibilités.
Une pièce rangée nous donne l'impression de retrouver de l'espace.
Ce n'est évidemment pas le carnet qui changera notre vie.
Mais il peut devenir le symbole concret d'une intention.
Voilà pourquoi acheter une nouvelle boîte de crayons à 38 ans peut parfois provoquer presque autant de satisfaction qu'à huit ans. 😉
Septembre donne également souvent envie de remettre de l'ordre dans la maison.
Après l'été, les rythmes ont parfois été plus souples.
Les enfants ont davantage vécu dehors.
Les horaires ont bougé.
Les sacs de sortie se sont accumulés.
Les sandales croisent déjà les premières vestes.
Les souvenirs de vacances attendent encore d'être rangés quelque part.
Et nous ressentons naturellement le besoin de recréer une structure.
On trie.
On prépare les vêtements.
On réorganise les espaces de travail.
On remet les papiers en ordre.
On reprend les menus de la semaine.
Ce rangement n'est pas seulement domestique.
Il peut aussi donner cette impression très agréable de :
« remettre un peu d'ordre dans ma tête ».
Et c'est justement ce que j'aime dans ce deuxième Nouvel An.
Janvier arrive au cœur de l'hiver.
Les fêtes viennent de se terminer.
Les journées sont courtes.
Et pourtant, nous nous imposons parfois une liste impressionnante de résolutions :
faire du sport,
mieux manger,
économiser,
tout organiser,
lire cinquante livres,
devenir zen…
probablement avant le 12 janvier. 😂
Septembre possède une énergie différente.
L'été n'est pas encore complètement parti.
La lumière est encore belle.
Les journées restent suffisamment longues.
Mais quelque chose commence doucement à changer.
Le matin est parfois plus frais.
La lumière arrive différemment dans la maison.
Les fruits de fin d'été côtoient les premières pommes.
Les soirées commencent à retrouver leur calme.
Septembre se trouve entre deux rythmes.
Et c'est peut-être précisément pour cela qu'il se prête si bien aux recommencements.
J'aime particulièrement cette période parce qu'elle ne demande pas de brusquer la saison.
Le 1er septembre, la nature ne se réveille évidemment pas en se disant :
« Bon, rangeons immédiatement l'été et sortons les citrouilles. » 😂
Les saisons ne fonctionnent pas comme les rayons des magasins.
Au début du mois, nous sommes encore en été.
Les jardins produisent encore.
Les hirondelles sont parfois encore là.
Les après-midi peuvent être chauds.
Les enfants peuvent encore courir dehors en manches courtes.
Puis, presque imperceptiblement, les choses évoluent.
La lumière descend.
Les soirées fraîchissent.
Certaines feuilles commencent à changer.
Et nous avançons doucement vers l'équinoxe.
Peut-être pouvons-nous faire exactement la même chose dans nos vies.
Ne pas tout transformer le 1er septembre.
Mais accompagner progressivement le changement.
Parce que le nouveau départ possède aussi son petit piège.
Nous connaissons tous cette version de nous-mêmes qui apparaît devant un agenda neuf.
Cette année…
je serai parfaitement organisée.
La maison sera toujours rangée.
Les repas seront préparés à l'avance.
Je ferai du sport tous les jours.
Je lirai tous les soirs.
Je ne serai plus jamais débordée.
Je me lèverai à 5 h 42 avec le sourire et je boirai probablement une infusion en regardant le lever du soleil.
Puis la vraie vie arrive.
Un enfant dort mal.
Une lessive attend.
Un rendez-vous est déplacé.
Nous sommes fatigués.
Et notre magnifique nouveau départ commence à ressembler énormément…
à notre vie normale.
Mais ce n'est pas un échec.
Un nouveau départ n'a pas besoin de créer une nouvelle personne.
Il peut simplement nous aider à remettre en lumière ce qui compte pour nous.
Plutôt que de transformer toute notre existence en septembre, nous pouvons choisir quelques intentions très simples.
Par exemple :
Une chose à reprendre.
Une promenade quotidienne, la lecture du soir, un loisir oublié…
Une chose à alléger.
Un placard encombré, un engagement devenu inutile, une habitude qui nous fatigue…
Une chose à commencer.
Un carnet, un projet familial, une nouvelle recette chaque semaine, quelques minutes dehors le matin…
Trois petits mouvements.
Pas une révolution.
Et peut-être que lorsque septembre sera terminé, ils seront encore là.
Lorsque nous sommes parents, cet effet est encore plus fort.
Même si nous ne retournons pas personnellement à l'école, la rentrée des enfants réorganise toute la maison.
Les heures de lever changent.
Les activités reprennent.
Les repas retrouvent un rythme.
Les sacs réapparaissent.
Les semaines se structurent autrement.
En instruction en famille aussi, septembre peut représenter ce moment où l'on retrouve progressivement certains rituels et où de nouveaux projets commencent.
Mais j'aime l'idée de ne pas faire de la rentrée uniquement la rentrée des enfants.
Nous aussi, adultes, pouvons nous demander :
« De quoi ai-je envie pour cette nouvelle période ? »
Pas seulement :
« Comment vais-je organiser tout le monde ? »
Mais aussi :
« Qu'aimerais-je retrouver, moi ? »
Une question toute simple que nous oublions parfois.
Et si nous inventions une rentrée des adultes ?
Pas besoin de cartable. 😉
Nous pourrions choisir chaque début septembre un petit rituel.
Acheter ou ressortir un carnet.
Écrire les choses que nous aimerions vivre avant la fin de l'année.
Ranger un seul endroit de la maison.
Choisir le livre qui accompagnera les premières soirées plus fraîches.
Préparer une promenade de fin d'été.
Reprendre une activité que nous aimons.
Faire le point sur les mois écoulés.
Pas pour mesurer tout ce que nous n'avons pas accompli.
Mais pour nous demander :
« Qu'est-ce que j'ai envie d'emporter avec moi pour la suite ? »
Il y a une chose que je n'aimerais pas que cette envie de rentrée nous fasse oublier.
Septembre n'est pas une porte que l'on claque sur l'été.
C'est une transition.
On peut acheter un cahier neuf…
et manger encore des tomates gorgées de soleil.
Reprendre un rythme…
et improviser un pique-nique parce que l'après-midi est magnifique.
Ranger les affaires de rentrée…
et laisser les enfants sauter dans une dernière grande flaque en sandales — bon, pour les sandales, peut-être pas. 😂
Nous pouvons avoir envie de structure sans nous précipiter vers la saison suivante.
C'est même peut-être cela, vivre au rythme des saisons :
ne pas rester immobile,
mais ne pas courir devant elles non plus.
Il existe officiellement un seul Nouvel An.
Mais je crois que beaucoup d'entre nous en vivent secrètement un deuxième.
Il sent moins le champagne et davantage le papier neuf.
Il n'a pas de feu d'artifice.
Il a des agendas.
Des crayons fraîchement taillés.
Des placards que l'on ouvre avec une détermination nouvelle.
Des listes griffonnées sur un coin de table.
Et cette sensation merveilleusement optimiste que :
« Cette fois, je vais m'organiser. » 😂
Nous savons bien que septembre ne transformera pas miraculeusement nos vies.
Et heureusement.
Nous n'avons peut-être pas besoin d'une nouvelle vie.
Seulement, de temps en temps, d'un repère qui nous permette de regarder celle que nous avons et de nous demander :
qu'ai-je envie de continuer ?
qu'ai-je envie de laisser derrière moi ?
et qu'ai-je envie de commencer ?
Alors peut-être pouvons-nous accueillir septembre comme cela.
Non pas avec dix bonnes résolutions.
Mais avec un carnet.
Une maison qui reprend doucement son rythme.
Quelques projets.
Les dernières lumières de l'été.
Et une page blanche quelque part devant nous.
À bientôt sous le tilleul 🌿