Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Imaginez que nous entrions dimanche dans la Salle Philharmonique de Liège avec un enfant qui ne connaît presque rien à la musique classique.
Il ne sait peut-être pas différencier un alto d'un violon.
Il ignore pourquoi un trombone possède cette drôle de grande coulisse.
Il ne saurait probablement pas expliquer ce qu'est un pupitre.
Et si nous lui demandions de citer un compositeur, nous obtiendrions peut-être Mozart…
parce qu'il faut bien répondre quelque chose. 😂
Est-ce un problème ?
Pas du tout.
Et si, pour une première rencontre avec un orchestre, c'était même une chance ?
Ce dimanche 6 septembre, l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège ouvre gratuitement les portes de sa Salle Philharmonique pour une grande Journée découverte.
On pourra y entendre de la musique, bien sûr.
Mais aussi essayer des instruments.
Rencontrer des musiciens.
Approcher un immense orgue.
Explorer la salle.
Et surtout…
entrer réellement dans un univers que l'on imagine parfois réservé à ceux qui le connaissent déjà.
Alors cette fois, je n'ai pas envie de commencer par apprendre aux enfants le nom des instruments.
J'ai envie de faire exactement l'inverse.
Entrons d'abord dans l'orchestre.
Nous apprendrons les mots après
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Cela peut sembler étrange.
Lorsque nous préparons une sortie culturelle avec les enfants, nous avons souvent envie de leur donner quelques connaissances avant.
Voici le violon.
Voici le violoncelle.
Voici la flûte traversière.
Voici le hautbois.
Voici les cuivres.
Voici les percussions.
Et voilà comment fonctionne un orchestre symphonique.
Tout cela est passionnant.
Mais dimanche, essayons autre chose.
Ne donnons pas toutes les réponses avant que les questions existent.
Laissons un enfant entrer dans la salle et se demander :
« C'est quoi, cet énorme instrument ? »
« Pourquoi celui-là a un tuyau ? »
« Pourquoi il faut tirer dessus pour jouer ? »
« Pourquoi cette musicienne met l'instrument sous son menton ? »
« Pourquoi celui-ci est tellement grand ? »
Une question née devant un véritable instrument possède quelque chose qu'une fiche préparatoire ne pourra jamais tout à fait reproduire.
Lorsque nous arriverons au parc instrumental, faisons un premier tour sans chercher à tout identifier.
Regardons seulement.
Quel est le plus grand instrument que nous voyons ?
Le plus petit ?
Le plus brillant ?
Le plus étrange ?
Lequel possède le plus de tuyaux ?
Lequel semble lourd ?
Lequel pourrait tenir facilement dans un sac ?
Lequel semble impossible à transporter ?
Lequel ressemble presque à un objet inventé ?
Et surtout :
lequel avons-nous envie d'entendre ?
Nous commençons déjà à regarder un orchestre autrement.
Pas comme une liste de vocabulaire.
Comme une collection extraordinaire d'objets fabriqués pour produire des sons.
Et c'est probablement l'un des grands intérêts de cette journée.
De 11 h à 16 h, l'OPRL installe un parc à instruments accessible aux enfants à partir de 3 ans comme aux adultes.
Les instruments des différents pupitres pourront être essayés avec l'aide d'animatrices : trompette, trombone, batterie et autres instruments de l'orchestre feront partie de cette découverte. L'accès se fait librement le jour même.
Et soudain, la question n'est plus :
« Comment fonctionne une trompette ? »
mais :
« Est-ce que j'arrive à produire un son avec ? »
Ce n'est plus du tout la même expérience.
Voilà une découverte que j'aimerais particulièrement laisser aux enfants.
Un instrument peut sembler très simple lorsqu'un musicien professionnel en joue.
Il souffle…
et une magnifique note apparaît.
Alors nous essayons.
Nous soufflons.
Et il sort…
un bruit absolument indéfinissable. 😂
Ou rien du tout.
Et c'est formidable.
Parce que nous venons de comprendre quelque chose du métier de musicien sans qu'on ait besoin de nous l'expliquer.
Ce geste qui semblait évident demande :
du souffle,
une position,
un mouvement,
de la précision,
de l'entraînement.
La prochaine fois que nous regarderons le musicien jouer, nous ne verrons déjà plus exactement la même chose.
Au lieu de demander immédiatement :
« Quel instrument préfères-tu ? »
essayons :
« Quel son préfères-tu ? »
Parce qu'un instrument peut être magnifique à regarder…
et produire un son qui ne nous touche pas particulièrement.
À l'inverse, nous pouvons ne pas remarquer un instrument au premier coup d'œil et être complètement surpris lorsqu'il commence à jouer.
Cherchons :
le son le plus grave,
le plus aigu,
le plus doux,
le plus puissant,
le plus drôle,
le plus inquiétant,
celui qui semble venir de très loin,
celui que nous reconnaîtrions peut-être les yeux fermés.
Nous apprenons alors à écouter le timbre avant même de connaître ce mot.
Lorsque nous entendons un instrument, fermons les yeux quelques secondes.
Puis posons une question qui n'a rien de savant :
« Si ce son était quelque chose, ce serait quoi ? »
Un animal ?
Une couleur ?
Un paysage ?
Une météo ?
Un personnage ?
Un mouvement ?
Une énorme vague ?
Une souris ?
Un éléphant ?
Un oiseau ?
Il n'y a évidemment aucune bonne réponse.
Un trombone peut être orange pour un enfant et bleu foncé pour un autre.
La musique n'est pas un questionnaire à choix multiples.
Nous essayons simplement d'établir un premier lien entre ce que nous entendons et ce que nous ressentons.
L'enfant vient de regarder l'instrument.
Peut-être de le toucher.
D'essayer d'en jouer.
D'entendre son timbre.
De trouver qu'il ressemble à un éléphant qui se mettrait en colère. 😂
À présent, son nom a quelque chose auquel s'accrocher.
« Ça, c'est un trombone. »
Le mot n'arrive plus seul.
Il rejoint une expérience.
Et petit à petit, nous pourrons commencer à remarquer que certains instruments se ressemblent.
Certains possèdent des cordes.
D'autres utilisent l'air soufflé par le musicien.
Certains se frappent.
Certains sont en métal.
Certains en bois — même si la famille des « bois » réserve quelques surprises lorsqu'on se fie seulement au matériau !
Nous pouvons alors commencer à découvrir les grandes familles de l'orchestre.
Mais cette fois, elles ne sont plus abstraites.
Un orchestre n'est évidemment pas une collection d'instruments.
Ce sont des personnes.
Et dimanche, plusieurs musiciens de l'OPRL viendront justement raconter leur métier et leur parcours lors de rencontres gratuites de trente minutes : George Tudorache à 11 h 30, Audrey Gallez au violon à 13 h, puis Camille Jadot au trombone à 15 h. Ces rencontres sont en accès libre.
Voilà une occasion formidable de poser aux musiciens les questions auxquelles nous ne pensons pas forcément.
Depuis quel âge jouez-vous ?
Combien d'heures travaillez-vous ?
Avez-vous parfois le trac ?
Est-ce difficile de jouer tous ensemble ?
Que se passe-t-il si quelqu'un se trompe pendant un concert ?
Avez-vous toujours aimé votre instrument ?
Pouvez-vous jouer autre chose que de la musique classique avec ?
Et j'aimerais beaucoup laisser les enfants inventer leur propre question, même si elle semble complètement farfelue.
Ce sont souvent les meilleures!
Et là, il risque d'être difficile de ne pas lever la tête.
Le grand orgue Schyven.
L'instrument a été inauguré en 1890 et rénové entre 2002 et 2005. Pendant la Journée découverte, il sera possible de monter sur la scène et de pénétrer au cœur de l'orgue lors d'une visite libre organisée de 11 h à 13 h puis de 14 h à 16 h.
Entrer dans un instrument.
Rien que cette phrase devrait déjà intriguer quelques enfants. 😄
Parce qu'un orgue n'est pas simplement un clavier posé au fond d'une salle.
C'est un immense système de tuyaux, de mécanismes et d'air.
Un instrument qui appartient presque au bâtiment lui-même.
Et dimanche, l'expérience va encore plus loin.
Trois récitals commentés d'environ trente minutes sont prévus à 12 h, 14 h 30 et 15 h 30, avec Éric Mairlot, conservateur de l'instrument.
Les mains et les pieds de l'organiste seront projetés sur grand écran afin de voir comment il joue, et l'OPRL annonce même la possibilité, pour ceux qui le souhaitent, d'entrer dans l'orgue pendant la séance pour vivre l'expérience sonore de l'intérieur.
Avec un enfant, je crois que j'aurais une seule question à poser après :
« Est-ce que tu sentais seulement la musique avec tes oreilles… ou aussi dans ton corps ? »
Parce que les sons graves et puissants nous rappellent parfois que nous n'écoutons pas uniquement avec nos oreilles.
Nous ressentons aussi des vibrations.
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Avant même qu'un musicien ne joue, il y a déjà énormément à découvrir.
La Salle Philharmonique a été inaugurée en 1887. L'OPRL la présente comme un joyau du patrimoine belge et indique qu'elle fut la première salle électrifiée de Belgique. Dimanche, un parcours libre intitulé « Le tour du propriétaire » permettra de l'explorer entre 11 h et 18 h grâce à des anecdotes racontées par l'historien de la musique Stéphane Dado, accessibles par QR codes.
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Alors regardons aussi :
le plafond,
les balcons,
la scène,
les fauteuils,
l'orgue,
la manière dont la salle est construite.
Et posons une question :
« Pourquoi construit-on une salle spécialement pour écouter de la musique ? »
Nous voilà déjà partis vers l'acoustique.
À 16 h 30, l'OPRL donnera un concert découverte d'environ une heure, dirigé par Gabriel Hollander et présenté par Pierre Solot.
Le programme rassemble de courts extraits de Holst, Prokofiev, Haeck, Mozart, Elgar et Rossini. Il a précisément été pensé comme une découverte accessible de différents univers de l'orchestre.
Si nous avons la chance d'y assister, ne demandons pas à l'enfant de reconnaître les instruments.
Pas tout de suite.
Donnons-lui plutôt une seule mission :
regarder.
Que se passe-t-il lorsque le chef lève les bras ?
Tout le monde joue-t-il constamment ?
Certains musiciens attendent-ils longtemps ?
Quels gestes sont minuscules ?
Lesquels sont immenses ?
Qui regarde le chef ?
Les musiciens se regardent-ils entre eux ?
Combien de personnes faut-il pour produire ce son gigantesque ?
Un orchestre est presque une petite société.
Chacun possède sa partie.
Personne ne joue exactement la même chose.
Et pourtant…
tout doit finir par former une seule musique.
Pendant quelques minutes du concert, choisissons un instrument aperçu plus tôt.
Peut-être celui que l'enfant a essayé.
Et essayons de le retrouver.
« Tu entends la trompette ? »
Puis perdons-la.
Retrouvons-la.
Observons le musicien lorsqu'il ne joue pas.
Attend-il ?
Compte-t-il intérieurement ?
Regarde-t-il le chef ?
Puis soudain…
le voilà qui intervient.
Cette petite mission transforme complètement l'écoute.
Dans la grande masse sonore de l'orchestre, l'enfant commence à découvrir des voix individuelles.
Ou plutôt…
cela existe, évidemment.
Mais l'expression peut donner à un enfant l'impression qu'il s'agit d'une seule sorte de musique.
Quelque chose de sérieux.
De calme.
Peut-être même d'un peu poussiéreux.
Alors qu'en une heure, un orchestre peut être :
drôle,
violent,
tendre,
gigantesque,
presque silencieux,
rapide,
mystérieux,
joyeux,
inquiétant.
Le concert de dimanche passera justement de Mozart aux Variations Enigma d'Elgar, de la Troïka du Lieutenant Kijé de Prokofiev à Rossini, avec même Une souris verte dans les Comptines de Haeck.
Une petite souris au milieu d'un orchestre symphonique ?
Voilà déjà de quoi casser quelques idées reçues. 😂
Vraiment ?
L'OPRL avait justement choisi ce clin d'œil pour son blind test de 13 h : montrer les liens entre le répertoire classique et la culture populaire, notamment le cinéma et les séries. L'inscription à ce rendez-vous devait cependant être effectuée avant le 30 août.
Mais nous pouvons très bien conserver l'idée en famille.
Quand une musique nous semble familière, demandons :
« Où est-ce que j'ai déjà entendu quelque chose comme ça ? »
Dans un dessin animé ?
Une publicité ?
Un film ?
Une cérémonie ?
Une émission ?
Un jeu vidéo ?
Nous découvrons alors que la frontière entre « notre monde » et la musique classique est beaucoup moins étanche que nous l'imaginions.
Alors…
il n'aime pas.
Et c'est une information parfaitement valable.
Faire découvrir la musique classique à un enfant ne signifie pas obtenir à la sortie :
« Mère, je vous remercie. Désormais, je ne vivrai que pour Mahler. » 😂
Il peut préférer la batterie.
Trouver l'orgue impressionnant mais le concert trop long.
Adorer essayer les instruments et ne pas avoir envie de rester assis.
Être fasciné par la salle et indifférent à Mozart.
Aimer un morceau et détester le suivant.
La découverte culturelle ne demande pas une adhésion immédiate.
Notre rôle est simplement d'ouvrir la porte.
L'enfant décidera ce qu'il veut regarder derrière.
De retour à la maison, évitons :
« Cite-moi les quatre familles d'instruments. »
« Quel compositeur avons-nous entendu ? »
« Comment s'appelait le monsieur au trombone ? »
Nous pouvons poser une seule question :
« Qu'est-ce que tu raconterais de cette journée à quelqu'un qui n'était pas là ? »
Et écoutons.
Peut-être répondra-t-il :
« L'orgue était gigantesque. »
« J'ai réussi à faire un son avec la trompette ! »
« J'ai aimé quand tout le monde jouait très fort. »
« Le violon, je pensais qu'il était plus grand. »
Ou :
« Moi j'ai préféré la batterie. »
Voilà ce qui est resté.
Et c'est là que peut commencer la suite.
Quelques jours plus tard, nous pouvons reprendre un seul extrait entendu pendant le concert.
Pas les six.
Pas une heure d'histoire de la musique.
Un seul.
Celui dont l'enfant se souvient.
Cette fois, nous pouvons découvrir :
son titre,
son compositeur,
son époque,
l'instrument que nous avions suivi.
La connaissance arrive après l'émotion et l'expérience.
Et elle possède désormais un endroit où se déposer.
La Journée découverte aura lieu dimanche 6 septembre 2026, de 11 h à 18 h 30, à la Salle Philharmonique de Liège, boulevard Piercot. L'entrée est gratuite.
Le parc à instruments, accessible dès 3 ans, fonctionnera de 11 h à 16 h et ne nécessite pas de réservation. Les rencontres avec les musiciens et la découverte de l'orgue sont également annoncées en accès libre.
Le concert découverte de 16 h 30 est normalement sur réservation gratuite. Mais pour les familles qui n'auraient pas réservé, l'OPRL précise que 100 places seront distribuées à la billetterie à 11 h, puis 100 autres à 15 h 30.
Le blind test, lui, nécessitait une inscription avant le 30 août ; le concours permettant d'accéder au speed meeting ou à quelques places directement sur scène se terminait le 2 septembre. Ces possibilités ne sont donc plus accessibles pour une décision prise ce week-end
Nous croyons parfois qu'il faut connaître quelque chose avant d'avoir le droit de l'aimer.
Savoir reconnaître les instruments avant d'écouter un orchestre.
Connaître les compositeurs avant d'aller au concert.
Comprendre la musique classique avant d'oser pousser la porte d'une salle philharmonique.
Mais si nous faisions exactement l'inverse ?
Pousser la porte.
Lever les yeux.
Entendre un instrument inconnu.
Le toucher.
Essayer maladroitement d'en tirer un son.
Rencontrer la personne qui en joue.
Puis s'asseoir devant des dizaines de musiciens et sentir, pour la première fois, ce que produit un orchestre lorsque toutes ces petites voix deviennent une seule immense musique.
Les noms viendront.
Les familles d'instruments aussi.
Peut-être les compositeurs.
Peut-être même l'envie d'apprendre à jouer.
Ou peut-être pas.
Mais dimanche, un enfant qui n'était encore jamais entré dans cet univers pourra simplement découvrir :
« Ah… alors, un orchestre, c'est ça. »
Et je trouve que c'est déjà une magnifique première leçon de musique.
À bientôt sous le tilleul 🌿