Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il est 8 h 42.
Nous devons partir.
Une chaussure est au pied.
L’autre est devant l’enfant.
Nous savons parfaitement que nous pourrions l’enfiler en…
sept secondes.
Alors nous avançons la main.
Et immédiatement :
😂
Très bien.
L’enfant prend la chaussure.
La tourne.
Essaie d’y entrer le mauvais pied.
La retourne.
S’assied dessus.
Recommence.
Nous regardons l’heure.
Puis la chaussure.
Puis l’heure.
Puis notre enfant.
Et nous découvrons l’une des grandes contradictions de la parentalité :
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Lorsqu’un jeune enfant refuse notre aide, nous pouvons facilement entendre :
« Non ! »
Et donc penser :
opposition ;
caprice ;
provocation ;
besoin de décider de tout.
Évidemment, un enfant peut aussi s’opposer.
Mais derrière beaucoup de ces fameux « moi tout seul », il y a autre chose :
Prendre sa cuillère.
Porter son petit sac.
Ouvrir une boîte.
Se laver les mains.
Mettre son pantalon.
Verser son eau.
Il ne cherche pas nécessairement à compliquer notre matinée.
Même si, reconnaissons-le…
le résultat est parfois remarquablement similaire.
😂
Il découvre surtout :
Imaginons un petit pichet et un verre.
Lorsque l’adulte verse l’eau, l’enfant voit :
de l’eau arrive dans mon verre.
Lorsque l’enfant essaie lui-même, il doit découvrir une quantité extraordinaire de choses.
Comment saisir le pichet ?
À deux mains ou à une seule ?
De combien faut-il l’incliner ?
Quand l’eau commence-t-elle à couler ?
Comment viser le verre ?
Quand faut-il redresser ?
Que se passe-t-il si je continue trop longtemps ?
Tout cela nous paraît automatique parce que nous avons versé des milliers de verres.
Pour lui…
Et une compétence ne s’apprend pas seulement en regardant quelqu’un qui sait déjà la faire.
Il faut essayer.
Voilà une scène toute simple.
L’enfant essaie d’ouvrir une boîte.
Il tire.
Ça ne marche pas.
Il change de main.
Il tourne.
Toujours rien.
Nous voyons immédiatement le problème.
Alors :
clic.
Nous ouvrons la boîte.
Avec les meilleures intentions du monde.
Mais lui se met à pleurer.
Et nous ne comprenons pas.
Justement.
😂
Pour nous, l’objectif était :
ouvrir la boîte.
Pour lui, l’objectif était peut-être :
Ce n’est pas du tout la même chose!
Il existe une toute petite habitude qui peut changer beaucoup de choses :
L’enfant lutte avec sa fermeture.
Notre main commence déjà à partir.
Stop.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois.
Observons.
Cherche-t-il encore ?
Change-t-il de stratégie ?
Semble-t-il concentré ?
Ou commence-t-il réellement à demander de l’aide ?
Ces quelques secondes permettent parfois de découvrir quelque chose d’étonnant :
Nous étions simplement sur le point de terminer le geste avant lui.
C’est probablement la nuance la plus importante de tout cet article.
Laisser essayer ne signifie pas :
« Débrouille-toi. »
Un enfant peut avoir besoin de nous.
Et parfois énormément.
L’idée est plutôt de chercher :
Au lieu de mettre entièrement sa chaussure :
« Je tiens la languette et tu pousses ton pied ? »
Au lieu de fermer tout son manteau :
« Je mets les deux morceaux de la fermeture ensemble et toi, tu tires ? »
Au lieu de verser l’eau :
« Je tiens le fond du pichet avec toi. »
L’adulte n’a pas disparu.
Il est toujours là.
Mais il ne prend pas automatiquement le contrôle de toute l’action.
Certaines tâches peuvent être décomposées.
Prenons l’habillage.
Aujourd’hui, l’enfant sait peut-être seulement :
tirer son pantalon une fois que nous l’avons passé sur ses pieds.
Très bien.
C’est déjà sa partie.
Quelques semaines ou mois plus tard, il pourra peut-être introduire lui-même ses jambes.
Puis reconnaître l’avant et l’arrière.
Puis réussir davantage d’étapes.
L’autonomie n’apparaît pas nécessairement en une fois.
Elle peut se construire comme un escalier :
une marche ;
puis une autre ;
puis encore une.
Et pendant un certain temps, adulte et enfant réalisent la tâche ensemble.
Imaginons maintenant qu’un enfant veuille se servir de l’eau.
Les verres sont dans un placard en hauteur.
La bouteille pèse un kilo et demi.
Le plan de travail lui arrive presque aux épaules.
Puis nous disons :
Techniquement…
dans cette cuisine-là, oui.
😂
Mais changeons quelques éléments.
Un petit verre accessible.
Un pichet contenant juste assez d’eau pour être facilement porté.
Une petite table à sa hauteur.
Un chiffon accessible en cas de débordement.
Et soudain…
la même tâche devient possible.
C’est l’un des principes intéressants que l’on retrouve notamment dans l’approche Montessori :
Prenons justement l’eau.
Donner à un enfant une énorme bouteille pleine puis lui reprocher d’en renverser partout n’est probablement pas notre meilleure stratégie.
😂
Un petit pichet contenant une quantité raisonnable change complètement la difficulté.
Il est :
plus léger ;
plus facile à saisir ;
plus facile à incliner ;
et les conséquences d’un débordement sont beaucoup moins importantes.
Même chose pour beaucoup d’objets.
Une petite brosse.
Un petit panier.
Un porte-manteau accessible.
Des vêtements faciles à enfiler.
Une marche stable devant le lavabo lorsque l’âge et la situation le permettent.
L’autonomie dépend aussi beaucoup de l’environnement que nous préparons.
Parce qu’il va renverser.
Évidemment.
😂
Si apprendre à verser signifiait ne jamais renverser une goutte…
personne n’apprendrait jamais.
Préparons donc aussi la réparation de l’erreur.
Un petit chiffon est accessible.
L’eau tombe.
Pas besoin d’en faire un drame.
Nous essuyons.
Au début ensemble.
Puis progressivement, l’enfant pourra participer davantage.
Ainsi, l’erreur ne signifie plus :
Elle devient :
Et ça aussi…
c’est apprendre à devenir autonome.
Maintenant, soyons réalistes.
😂
Il existe une énorme différence entre :
un dimanche à 15 heures ;
et un mardi matin où tout le monde doit être quelque part dans huit minutes.
Nous ne sommes pas obligés de transformer chaque moment du quotidien en atelier d’autonomie.
Si nous savons que mettre ses chaussures seul demande actuellement quinze minutes, nous avons plusieurs possibilités.
Prévoir davantage de temps lorsque c’est possible.
Le laisser s’entraîner à un moment où personne n’est pressé.
Lui confier seulement une partie de la tâche les matins difficiles.
Ou simplement dire :
Accompagner l’autonomie ne signifie pas sacrifier toute l’organisation familiale sur l’autel d’une basket gauche.
😂
C’est peut-être l’un des paradoxes les plus amusants.
Au début :
laisser faire prend plus de temps.
Beaucoup plus.
Mettre le manteau nous-mêmes :
30 secondes.
Laisser essayer :
une éternité.
😂
Mais progressivement, quelque chose change.
L’enfant apprend réellement.
Et un jour…
il prend son manteau.
Il l’enfile.
Il met ses chaussures.
Il transporte son assiette.
Il range son verre.
Et nous réalisons que ces minutes que nous avions consacrées à attendre, montrer et recommencer…
ont construit une compétence qui fait désormais partie de son quotidien.
Voilà une phrase toute simple que nous pouvons utiliser davantage.
Plutôt que d’intervenir directement :
Parfois, la réponse sera :
« NON ! »
Très bien.
😂
Nous attendons encore.
Et parfois, après trois tentatives :
Alors nous pouvons demander :
« Tu veux que je fasse quoi ? »
Tenir ?
Commencer ?
Montrer ?
Finir ?
L’enfant découvre également quelque chose de précieux :
Être autonome ne signifie pas devoir tout réussir seul.
Nous-mêmes, adultes, demandons de l’aide constamment.
Voilà l’autre moitié de l’histoire.
Parce que le désir d’autonomie arrive parfois…
beaucoup plus vite que certaines capacités.
😂
L’enfant veut :
couper avec le grand couteau ;
verser l’eau bouillante ;
traverser seul ;
allumer le four ;
porter un objet trop lourd ;
monter sur quelque chose d’instable.
Et là, notre rôle ne consiste évidemment pas à dire :
L’autonomie n’efface jamais la responsabilité de l’adulte.
Lorsque l’enfant dit « moi tout seul », posons-nous rapidement une question :
Mettre une chaussure.
Manger avec sa cuillère.
Transporter son linge.
Ranger un jouet.
Verser une petite quantité d’eau avec du matériel adapté.
Couper un aliment avec un outil adapté et sous surveillance.
Utiliser certains objets de cuisine.
Monter ou descendre dans une situation nécessitant encore notre présence.
Réaliser une tâche comportant une difficulté qu’il ne maîtrise pas encore.
Tout ce qui comporte un danger que l’enfant n’est pas encore capable d’évaluer ou de maîtriser.
Route.
Eau très chaude.
Four.
Médicaments.
Produits dangereux.
Outils inadaptés.
L’autonomie n’est donc pas :
C’est :
Bienvenue dans la petite enfance.
😂
Il peut vouloir très fort :
faire seul
et ne pas encore avoir les capacités nécessaires pour réussir.
Ces deux réalités peuvent parfaitement coexister.
C’est extrêmement frustrant.
Imaginez avoir dans la tête une image très précise de ce que vous voulez faire…
mais des mains qui n’arrivent pas encore à l’exécuter.
Alors nous pouvons simplement mettre des mots :
Puis proposer :
Nous n’avons pas besoin de transformer la frustration en leçon.
Parfois, l’enfant a simplement besoin d’être accompagné dans ce moment où son envie va plus vite que ses compétences.
Lorsque l’enfant réussit de plus en plus de choses, nous sommes tentés de dire :
Ce n’est évidemment pas dramatique.
Mais attention à ne pas faire de l’autonomie une obligation permanente.
Un enfant capable de mettre ses chaussures seul peut parfois demander :
« Tu peux m’aider ? »
Un enfant qui mange parfaitement seul peut vouloir être accompagné un jour où il est fatigué.
Une compétence acquise ne signifie pas :
L’autonomie saine n’est pas le contraire du lien.
Elle se construit aussi dans la sécurité de savoir :
je peux essayer seul… et quelqu’un reste disponible si j’ai besoin de lui.
Pas besoin de transformer toute la maison en classe Montessori.
Ni d’acheter cinquante meubles miniatures.
😂
Regardons simplement le quotidien.
Les enfants peuvent-ils atteindre quelques vêtements ?
Ont-ils un endroit accessible pour mettre leur manteau ?
Peuvent-ils déposer eux-mêmes leur linge sale ?
Leur verre est-il accessible ?
Existe-t-il un petit chiffon qu’ils peuvent prendre ?
Peuvent-ils ranger certains jouets sans avoir besoin d’un adulte ?
Le matériel nécessaire à une tâche simple est-il toujours placé hors de leur portée ?
Parfois, déplacer un seul panier de cinquante centimètres crée davantage d’autonomie qu’acheter dix objets estampillés « Montessori ».
Et l’autonomie ne se construit pas uniquement avec des activités spécialement conçues pour les enfants.
La vraie vie regorge déjà d’occasions.
Mettre les chaussettes dans le panier.
Porter les serviettes jusqu’à la table.
Déposer les légumes dans un saladier.
Arroser une plante.
Mettre son pyjama dans le linge sale.
Ranger ses chaussures.
Essuyer une petite éclaboussure.
Donner à manger à un animal avec un adulte.
Ce sont de minuscules gestes.
Mais ils disent à l’enfant :
Pas pour obtenir une performance.
Pas pour « prendre de l’avance ».
Simplement parce qu’il en fait partie.
Voilà peut-être la question la plus intéressante à nous poser.
La prochaine fois que notre main partira automatiquement pour terminer une tâche…
demandons-nous :
Parce que c’est dangereux ?
Alors intervenons.
Parce qu’il me demande de l’aide ?
Aidons-le.
Parce qu’il est réellement dépassé ?
Accompagnons-le.
Ou…
Aïe.
😂
Cette dernière réponse sera parfois parfaitement légitime.
Nous avons aussi une vie, des horaires et plusieurs choses à gérer.
Mais simplement reconnaître la différence change déjà notre regard.
Cette semaine, choisissons une seule petite tâche quotidienne.
Pas dix.
Une.
Par exemple :
verser son eau ;
mettre son pantalon ;
porter son assiette ;
ranger ses chaussures ;
se laver les mains.
Puis observons pendant quelques jours.
Peut-être beaucoup moins que nous l’espérions.
Peut-être beaucoup plus que nous le pensions.
Et lorsqu’il bloque…
essayons de donner juste assez d’aide pour lui permettre de continuer.
Pas davantage.
Il y a quelque chose de très émouvant dans ce fameux :
Même lorsqu’il arrive précisément au moment où nous sommes déjà en retard.
😂
Parce que derrière cette petite main qui repousse la nôtre se passe quelque chose d’immense.
Hier encore, cet enfant dépendait de nous pour presque tout.
Et maintenant…
il veut porter.
Verser.
Enfiler.
Ouvrir.
Fermer.
Essayer.
Rater.
Recommencer.
Bien sûr, nous sommes encore là.
Pour sécuriser.
Pour montrer.
Pour aider.
Pour mettre une limite lorsque le danger dépasse ses capacités.
Et parfois aussi pour enfiler cette fichue chaussure parce que, vraiment…
NOUS DEVONS PARTIR.
😂
Mais entre faire tout à sa place et le laisser complètement seul existe un immense territoire.
Celui où nous pouvons rester tout près…
sans forcément faire.
Attendre quelques secondes.
Laisser une petite main chercher.
Proposer un doigt plutôt qu’une solution entière.
Préparer un objet à sa hauteur.
Accepter une goutte d’eau sur la table.
Et regarder apparaître, progressivement, ce merveilleux petit visage qui dit :
Peut-être est-ce cela, finalement, aider un enfant à devenir autonome.
Non pas lui apprendre à ne plus avoir besoin de nous.
Mais lui permettre de découvrir, tranquillement :
À bientôt sous le tilleul 🌿