Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Nous avons couché un enfant.
Quelques minutes plus tard, nous revenons jeter un œil.
Et là…
il ne dort absolument plus dans la position dans laquelle nous l’avions laissé.
Il est à genoux.
Les jambes repliées sous le ventre.
Le visage tourné sur le côté.
Les bras quelque part autour de la tête.
Et surtout…
😂
Pour un adulte qui se réveille avec le dos bloqué après avoir simplement choisi un oreiller légèrement différent de d’habitude, le spectacle est assez incompréhensible.
Comment peut-on dormir ainsi ?
Et surtout :
pourquoi autant de bébés et de jeunes enfants semblent-ils apprécier cette drôle de posture ?
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Regardons-la attentivement.
L’enfant n’est pas simplement couché sur le ventre.
Ses genoux sont ramenés sous lui.
Ses hanches sont fléchies.
Son bassin est relevé.
Son torse et sa tête reposent davantage sur le matelas.
La position ressemble un peu à un mouvement interrompu en plein milieu :
un enfant faisait du quatre pattes… puis aurait décidé que finalement, une sieste était une meilleure idée.
😂
Et ce rapprochement n’est pas complètement absurde.
Cette posture apparaît justement à un âge où le corps de l’enfant est capable d’adopter spontanément toutes sortes de positions qui seraient beaucoup moins confortables pour nous.
Essayons, en tant qu’adulte, de nous mettre exactement dans la même position.
À genoux.
Cuisses fortement repliées.
Bassin vers l’arrière et vers le haut.
Poitrine contre le matelas.
Et maintenant :
😂
Non merci.
Chez le jeune enfant, les articulations disposent généralement d’une mobilité importante et les tissus sont plus souples qu’ils ne le seront plus tard.
Ramener les jambes sous le corps peut donc être parfaitement confortable pour lui alors que notre corps adulte protesterait très rapidement.
Ce qui paraît « tordu » à nos yeux ne l’est pas nécessairement pour le sien.
Il suffit de regarder un bébé à côté d’un adulte pour comprendre que nous ne sommes pas simplement devant…
un adulte miniature.
La tête est proportionnellement beaucoup plus grande.
Les membres ont d’autres proportions.
La répartition du poids du corps est différente.
La musculature évolue encore énormément.
Et ces différences modifient naturellement la manière dont le corps peut s’installer.
Une position que nous imaginons en la reproduisant avec notre corps d’adulte n’est donc pas ressentie exactement de la même manière par un tout-petit.
Il y a également quelque chose d’intéressant dans le parcours moteur du bébé.
Pendant des mois, il apprend à :
se retourner ;
prendre appui sur les bras ;
ramener les jambes ;
se mettre à quatre pattes ;
s’asseoir ;
repartir à quatre pattes ;
se relever.
Son sommeil arrive au milieu de cette extraordinaire période d’apprentissage corporel.
Et lorsqu’il devient suffisamment mobile pour choisir lui-même sa position…
il peut naturellement finir dans une posture proche de celles qu’il utilise lorsqu’il est éveillé.
Nous retrouvons alors parfois ce petit bassin relevé et ces genoux ramenés sous le corps.
Voilà la partie pour laquelle il faut accepter une réponse moins spectaculaire :
Il n’existe pas un bouton biologique :
« Position fesses en l’air activée à 8 mois. »
😂
Certains enfants semblent simplement la trouver confortable.
D’autres ne dormiront pratiquement jamais ainsi.
Certains l'adopteront pendant quelques mois puis l'abandonneront.
Et d’autres la retrouveront occasionnellement beaucoup plus tard.
Comme chez l’adulte, il existe des préférences individuelles.
L’un dort sur le côté.
L’autre sur le ventre.
Un autre encore se réveille chaque matin en diagonale du lit sans aucune explication raisonnable.
Les enfants ont eux aussi leur petite géographie nocturne.
C’est probablement l’explication que l’on entend le plus souvent.
Le bébé aurait passé plusieurs mois recroquevillé dans l’utérus et rechercherait ensuite naturellement une position similaire.
L’idée n’est pas complètement farfelue : en fin de grossesse, le fœtus adopte effectivement une posture très fléchie dans un espace devenu restreint.
Mais attention à ne pas aller trop loin.
La position fœtale est différente et il serait difficile d’affirmer qu’un enfant adopte précisément cette posture pendant son sommeil par souvenir ou recherche de la vie intra-utérine.
Nous pouvons constater une ressemblance générale : membres fléchis, corps ramassé.
Mais le mécanisme expliquant pourquoi certains enfants choisissent précisément cette posture n’est pas établi aussi simplement.
Et parfois…
« il est très souple et il trouve ça confortable »
est une explication beaucoup moins poétique mais beaucoup plus raisonnable.
😂
Sans en faire une règle scientifique, nous pouvons remarquer une autre caractéristique de cette posture.
Le corps est ramassé sur lui-même.
Les jambes ne sont pas étendues.
Les bras peuvent rester proches du visage.
Une grande partie du corps occupe finalement un espace assez petit.
Certains enfants apprécient manifestement les positions très regroupées lorsqu’ils dorment.
Mais là encore, gardons-nous d’interpréter chaque posture comme un message psychologique.
Un enfant qui dort les jambes écartées n’est pas nécessairement plus détendu.
Celui qui dort roulé en boule n’est pas nécessairement anxieux.
Et celui qui dort les fesses en l’air…
😂
Il dort.
Tout simplement.
Nous imaginons parfois le sommeil comme une sorte de bouton OFF.
On ferme les yeux.
Le corps s’immobilise.
Et huit heures plus tard :
ding !
on se réveille.
En réalité, nous bougeons pendant notre sommeil.
Nous changeons de position.
Et les enfants peuvent être particulièrement impressionnants dans ce domaine.
Un enfant couché verticalement peut être retrouvé horizontalement.
La tête à l’endroit où étaient ses pieds.
Une jambe sortie du lit.
La couverture complètement abandonnée.
Et parfois…
à genoux, fesses en l’air.
Ces mouvements ne signifient pas nécessairement qu’il dort mal.
Ce qui est amusant, c’est que beaucoup de ces postures disparaissent progressivement.
Le corps grandit.
Les proportions changent.
La mobilité articulaire évolue.
Les habitudes de sommeil également.
Et cette position qui semblait parfaitement naturelle à deux ans peut devenir beaucoup moins agréable quelques années plus tard.
Un jour, sans que nous sachions exactement quand…
nous réalisons que nous ne l’avons plus vu dormir ainsi depuis longtemps.
Et voilà encore une de ces minuscules choses de l’enfance qui disparaissent sans prévenir.
Parce que les fesses en l’air ne sont finalement qu’un début.
Les parents connaissent également :
le dormeur étoile de mer
qui occupe mystérieusement 92 % du lit ;
le dormeur transversal
dont les pieds finissent dans les côtes de l’adulte ;
le dormeur acrobate
qui semble avoir commencé une roulade avant de s’endormir ;
le dormeur sans couverture
que nous recouvrons dix-sept fois avant d’abandonner ;
et bien sûr…
😂
Observer un enfant dormir est parfois une étude de géométrie à part entière!
Et voici la nuance vraiment importante.
Parler d’un bébé ou d’un jeune enfant qui adopte lui-même une position pendant son sommeil ne signifie absolument pas que nous devons installer un nourrisson dans cette position.
Pour les bébés de moins d’un an, les recommandations de sommeil sécurisé restent très claires :
Le couchage doit être ferme, plat et horizontal, avec seulement un drap-housse adapté sur la surface de sommeil.
On ne place donc pas volontairement un nourrisson :
sur le ventre ;
sur le côté ;
ou à genoux « parce qu’il aime dormir comme ça ».
Voilà justement la différence essentielle.
Lorsque le bébé est capable de se retourner du dos vers le ventre ET du ventre vers le dos par lui-même, les recommandations du programme américain Safe to Sleep indiquent qu’après l’avoir initialement couché sur le dos, on peut le laisser dans la position qu’il choisit ensuite pendant son sommeil.
Autrement dit :
et
sont deux choses différentes.
Et c’est exactement la nuance qu’il faut conserver lorsque nous regardons avec amusement ce petit derrière pointer vers le plafond.
Surtout, ne cherchons pas à reproduire ou à maintenir cette position avec :
un coussin ;
un cale-bébé ;
une couverture roulée ;
un positionneur ;
ou un objet placé autour de l’enfant.
Pour un nourrisson, l’espace de sommeil doit rester dégagé et la surface ferme, plane et horizontale.
La drôle de posture dont nous parlons ici est intéressante précisément parce qu’elle est spontanée.
Ce n’est pas une position à fabriquer.
Chez un enfant plus grand qui s’est installé tout seul et dort paisiblement, il n’y a généralement aucune raison de lui déplier les jambes simplement parce que sa position nous paraît inconfortable.
Après tout…
si elle était réellement aussi atroce qu’elle en a l’air pour nos genoux d’adultes…
il y a de fortes chances qu’il bouge.
😂
En revanche, une posture inhabituelle associée à de la douleur, une raideur, une difficulté à bouger lorsqu’il est réveillé, des réveils répétés ou tout autre symptôme préoccupant mérite évidemment d’être discutée avec un professionnel de santé.
Mais la petite position accroupie adoptée spontanément par un enfant qui dort tranquillement n’a rien d'un diagnostic à elle seule.
Il y a quelque chose d’assez attendrissant dans toutes ces postures de sommeil.
Parce qu’elles appartiennent à une période finalement très courte.
Aujourd’hui :
un petit corps replié.
Les genoux sous lui.
Les cheveux ébouriffés.
La joue écrasée contre le drap.
Les fesses dressées vers le plafond avec une assurance absolument remarquable.
😂
Et quelques années plus tard…
un grand enfant prend toute la longueur du lit.
Puis un adolescent ferme sa porte et nous ne savons même plus comment il dort.
Ces détails paraissent insignifiants lorsqu’ils font partie du quotidien.
Et pourtant, ce sont souvent précisément ceux-là que nous aimerions revoir une fois qu’ils ont disparu.
Ce soir, lorsque les enfants dormiront, regardons simplement…
comment ils se sont installés.
Pas pour les déplacer.
Pas pour interpréter leur personnalité.
Pas pour chercher sur Internet :
😂
Simplement pour observer.
Parce qu’un corps qui grandit raconte aussi son développement dans les gestes les plus ordinaires.
Et demain matin, nous pouvons leur demander :
Il y a de fortes chances que la réponse soit :
« Non. »
Évidemment.
😂
Il existe des choses de l’enfance auxquelles aucun manuel ne nous prépare vraiment.
Les chaussettes retirées trois secondes après avoir été mises.
Les jouets préférés qui ne sont jamais ceux que nous avions imaginés.
Les enfants capables de s’endormir dans la voiture cinq minutes avant d’arriver.
Et cette position.
À genoux.
Repliés sur eux-mêmes.
Le visage paisible.
Et…
les fesses en l’air.
Nous les regardons et notre dos d’adulte souffre rien qu’à l’idée d’essayer.
😂
Mais leur corps n’est pas le nôtre.
Il est plus jeune, plus souple, construit selon d’autres proportions et encore plongé dans une période extraordinaire d’exploration motrice.
Alors peut-être n’y a-t-il finalement pas de grand mystère à résoudre.
Ils ont bougé.
Ils ont trouvé une position confortable.
Et ils se sont endormis.
À condition, bien sûr, de bien distinguer cette posture spontanément adoptée par un enfant mobile des règles de couchage d’un nourrisson, nous pouvons simplement sourire devant cette petite bizarrerie.
Parce qu’un jour…
les jambes vont s’allonger.
Le corps va changer.
Cette position disparaîtra.
Et nous nous surprendrons peut-être à regarder une vieille photographie en disant :
Une drôle de posture.
Un tout petit morceau du développement.
Et l’une de ces scènes ordinaires qui, sans que nous nous en rendions compte…
font déjà partie des souvenirs d’enfance.
À bientôt sous le tilleul 🌿