Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il y a des dimanches matin où une maison possède déjà une bande-son avant même que nous ayons décidé d’en mettre une.
Le lave-vaisselle.
Une vidéo quelque part.
Une publicité qui démarre toute seule.
Une notification.
Quelqu’un qui demande où se trouve sa deuxième chaussette.
Le grille-pain.
Une porte.
Une autre notification.
Et éventuellement :
« MAMAAAAAN ! »
😂
Nous ne considérons pas forcément tout cela comme du bruit.
C’est simplement…
la maison.
Mais aujourd’hui, j’ai envie de tenter une petite expérience.
Pas de demander le silence absolu.
Pas d’installer tout le monde bien droit sur une chaise en annonçant :
« Maintenant, les enfants, nous allons écouter de la GRANDE MUSIQUE. »
Rien que la phrase risquerait de compromettre définitivement l’expérience.
😂
Je voudrais simplement remplacer pendant quelques minutes notre bruit de fond habituel par une œuvre.
Une seule.
Gymnopédie n°1 d’Erik Satie. ( Vidéo en fin d'article )
Et observer ce qui arrive à la pièce.
Pas à la composition musicale.
À la pièce de la maison.
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Cette musique que nous entendons aujourd’hui dans des films, des documentaires, des publicités, des playlists pour lire, dormir, travailler ou contempler une goutte de pluie sur une vitre a été composée par Erik Satie en 1888.
La Bibliothèque nationale de France date bien la première Gymnopédie de cette année-là, avec une première édition parisienne également en 1888. Sur la partition, Satie indique simplement :
« Lent et douloureux ».
Pas :
« très relaxant pour votre dimanche cocooning ».
Pas :
« idéal avec plaid et latte à la cannelle ».
😂
Lent et douloureux.
Nous voilà prévenus.
Ou du moins…
pas de manière spectaculaire.
Pas de grands sanglots.
Pas de piano qui semble vouloir jeter son tabouret contre le mur.
La Gymnopédie n°1 avance presque comme quelqu’un qui marche sans avoir particulièrement besoin d’arriver.
Quelques notes graves.
Un accord.
Puis encore.
La mélodie apparaît au-dessus.
Elle respire.
Elle s’interrompt.
Elle reprend.
Et surtout…
elle laisse énormément de place entre les choses.
Voilà probablement la première raison pour laquelle elle change si facilement l’atmosphère d’une maison.
Elle ne cherche pas à remplir chaque seconde.
Musique très produite.
Voix.
Radio.
Podcasts.
Vidéos.
Télévision.
Bruitage.
Paroles.
Même lorsque nous « mettons quelque chose en fond », il se passe généralement beaucoup de choses.
Satie, lui, arrive avec son piano et semble dire :
« Non, merci. Ça suffira. »
😂
Et soudain, nous continuons à entendre la maison.
La cuillère dans la tasse.
Les pas.
Un enfant qui tourne une page.
La pluie contre la vitre.
La bouilloire.
La musique n’efface pas ces sons.
Elle s’installe entre eux.
Pas d’écouteurs.
Pas de casque.
Pas de téléphone posé à dix centimètres de l’oreille.
Mettons simplement la musique dans la pièce.
À un volume raisonnable.
Puis continuons à vivre.
Préparer le petit déjeuner.
Ranger quelques affaires.
Dessiner.
Lire.
Regarder par la fenêtre.
Et surtout…
ne demandons pas à tout le monde de se taire.
Nous ne sommes pas au concert.
Le tempo, évidemment, joue un rôle.
Satie demande explicitement une exécution lente.
Mais l’impression de calme vient aussi de la manière dont la musique est construite.
Le rythme d’accompagnement revient avec une grande régularité : une basse, puis un accord, dans une mesure à trois temps.
Pendant ce temps, la mélodie avance avec de longues notes et peu d’agitation.
Il n’y a pas cette sensation :
« vite, vite, vite, quelque chose arrive ! »
La musique semble presque suspendre la prochaine étape.
Et notre cerveau…
attend avec elle.
Un peu de prudence ici.
Nous n’allons pas annoncer que trois minutes de Satie font automatiquement baisser le rythme cardiaque de toute la famille de précisément 17 %. 😂
La réaction à une musique dépend énormément :
des goûts ;
des souvenirs ;
du contexte ;
du volume ;
de l’interprétation ;
et même de ce que nous faisions juste avant.
Mais les recherches sur la perception musicale montrent que le tempo fait bien partie des éléments qui modifient notre niveau d’activation ressenti : les musiques rapides sont généralement jugées plus stimulantes, tandis que des tempi plus lents sont plus souvent associés à un niveau d’activation faible. Certaines études physiologiques observent également des différences de respiration ou de rythme cardiovasculaire selon le tempo.
Autrement dit :
ce n’est pas de la magie.
Mais ce n’est pas non plus uniquement dans notre imagination.
Il se passe dans ce que nous faisons de la pièce.
Si nous coupons :
la télévision ;
les vidéos ;
les notifications sonores ;
la radio parlée ;
et que nous faisons entrer une musique très dépouillée…
nous venons déjà de modifier énormément notre environnement.
La Gymnopédie n’a pas besoin d’hypnotiser qui que ce soit.
Nous avons simplement remplacé un univers sonore très chargé…
par quelque chose qui laisse beaucoup plus d’espace.
Et cet espace se ressent.
Erik Satie naît à Honfleur en 1866.
Et il va devenir l’un des personnages les plus étranges — et les plus amusants — de l’histoire de la musique française.
Le mot excentrique lui va tellement bien qu’il semble presque avoir été fabriqué pour lui.
Mais il faut se méfier.
Satie a aussi beaucoup travaillé à construire son propre personnage.
Il aimait brouiller les pistes.
Être sérieux lorsqu’on le croyait drôle.
Et plaisanter lorsqu’on croyait qu’il était sérieux.
France Musique le décrit d’ailleurs comme une figure qui s’est volontairement façonné une image publique singulière, derrière laquelle l’homme réel reste parfois difficile à saisir.
Oui.
Sept.
Selon les témoignages rapportés par France Musique, lorsqu’il reçoit un peu d’argent en 1895, Satie fait confectionner plusieurs exemplaires pratiquement identiques d’un costume de velours.
Un pour chaque jour.
Parce qu’apparemment choisir ses vêtements le matin était un problème que l’on pouvait régler de manière définitive.
😂
Cela lui vaut même le surnom de « Velvet Gentleman », le gentleman de velours.
Plus tard, son apparence change encore :
chapeau melon ;
col rigide ;
costume sombre ;
et parapluie.
Beaucoup de parapluies, semble-t-il.
Après sa mort en 1925, ses proches découvrent enfin son logement d’Arcueil, où il avait vécu dans une grande pauvreté et où presque personne n’entrait.
Ils y trouvent notamment quantité de papiers, partitions et objets accumulés.
Et plusieurs parapluies.
Les récits autour de Satie ont parfois pris un caractère presque légendaire — raison de plus pour ne pas transformer chaque anecdote en vérité sacrée — mais ses contemporains ont réellement décrit un quotidien extrêmement singulier.
Cet homme qui écrivait une musique extraordinairement dépouillée…
vivait apparemment au milieu d’un fameux capharnaüm.
Cela me rassure presque.
😂
Alors là…
nous entrons dans mon endroit préféré.
Parce que Satie aurait parfaitement pu appeler ses œuvres :
Prélude n°2.
Étude en fa majeur.
Pièce pour piano n°7.
Mais non.
Il nous a laissé notamment :
Trois morceaux en forme de poire
Embryons desséchés
Trois véritables préludes flasques (pour un chien)
Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois
Sonatine bureaucratique
Descriptions automatiques
et
Chapitres tournés en tous sens.
Ces titres ne sont pas une invention postérieure destinée à rendre Satie sympathique : ils figurent bien dans les catalogues de ses œuvres et les collections de la BnF.
Je veux bien admettre beaucoup de choses…
mais Préludes flasques pour un chien reste objectivement plus tentant que Opus 47 bis.
😂
D’abord parce qu’ils ne sont pas trois.
La partition comporte en réalité plusieurs sections supplémentaires autour des trois morceaux proprement dits.
Satie ajoute notamment :
une « Manière de commencement » ;
une « Prolongation du même » ;
un « En plus » ;
et une « Redite ».
La Bibliothèque nationale conserve même le manuscrit autographe de 1903.
Donc Erik Satie nous annonce trois morceaux…
et nous en donne davantage.
Je crois que nous commençons à comprendre le personnage.
Le mot semble déjà étrange aujourd’hui.
Il l’était probablement aussi à l’époque.
Il renvoie au vocabulaire de la Grèce antique et évoque notamment les danses et exercices rituels associés à la jeunesse grecque.
Mais la raison exacte pour laquelle Satie a choisi ce terme pour ses trois pièces n’est pas totalement documentée.
Et, finalement…
cela lui ressemble bien.
Il aimait les mots qui créaient une atmosphère avant même que la première note soit jouée.
Gymnopédie.
Gnossienne.
Ogive.
Avant même d’écouter, nous sommes déjà quelque part.
Sans savoir exactement où.
La célèbre n°1 appartient en réalité à un ensemble de trois pièces pour piano composées en 1888.
Et leurs indications ressemblent presque à trois nuances d’un même dimanche gris :
la première :
Lent et douloureux
la deuxième :
Lent et triste
la troisième :
Lent et grave.
Satie n’était donc manifestement pas venu pour organiser une fête d’anniversaire.
😂
Et pourtant, la musique n’est jamais pesante.
C’est tout le paradoxe.
Une musique de film accompagne souvent une situation.
Danger.
Amour.
Victoire.
Tristesse.
Notre cerveau reçoit beaucoup d’indices.
La Gymnopédie n°1, elle, est plus ambiguë.
Elle peut sembler :
triste ;
paisible ;
nostalgique ;
tendre ;
étrange ;
solitaire ;
ou simplement calme.
Et selon le matin…
elle ne raconte pas tout à fait la même chose.
Pas encore l’hiver.
Pas encore la maison enfermée dans le noir.
Dehors, il reste beaucoup de vert.
Quelques feuilles commencent seulement à changer.
La lumière arrive plus bas par la fenêtre.
Et nous commençons doucement à vivre davantage à l’intérieur.
Je trouve que Satie appartient parfaitement à cette période.
Il n’a rien du grand automne flamboyant.
Pas de tempête.
Pas de citrouille.
Pas de feu de cheminée obligatoire.
😂
Plutôt cette lumière un peu plus calme du début octobre.
Voilà probablement le meilleur moyen de faire détester une œuvre.
« Maintenant, écoute attentivement pendant trois minutes et ensuite je vais te poser des questions. »
Non.
😂
Nous pouvons simplement dire :
« Je vais mettre une musique. »
Et la laisser entrer.
Si quelqu’un continue de dessiner :
parfait.
Si quelqu’un mange sa tartine :
parfait.
Si un enfant demande au bout d’une minute :
« C’est quoi ? »
nous avons déjà gagné quelque chose.
La curiosité est apparue toute seule.
Pas quinze.
Une.
« Cette musique te fait penser à quoi ? »
Et surtout…
ne corrigeons pas la réponse.
Si quelqu’un répond :
« à quelqu’un qui marche dans la neige »,
nous n’avons pas besoin d’expliquer que la partition a été composée en avril 1888 et que la réponse historiquement correcte est donc autre.
😂
La musique possède justement cette liberté.
Peut-être :
une horloge.
Des pas.
Un bateau.
Quelqu’un qui réfléchit.
De la pluie.
Une personne seule.
Un rêve.
Et voilà ce qui rend la culture familiale beaucoup plus intéressante qu’un petit cours improvisé.
Nous n’introduisons pas seulement une œuvre.
Nous découvrons comment chacun la reçoit.
Une expérience amusante :
première écoute…
sans annoncer :
le compositeur ;
le titre ;
l’époque ;
le pays.
Rien.
Puis seulement après :
« Cette musique a été écrite il y a presque 140 ans. »
Je trouve assez fascinant de demander :
« Tu pensais qu’elle était aussi ancienne ? »
Parce que certaines œuvres portent immédiatement leur époque.
Et d’autres semblent avoir glissé hors du calendrier.
Oui.
Après avoir passé tout cet article à dire :
« Écoutons vraiment une œuvre »,
Erik Satie arrive lui-même pour saboter le projet.
😂
Vers 1920, il développe avec ses amis ce qu’il appelle la musique d’ameublement.
L’idée ?
Une musique destinée à faire partie de l’environnement.
Comme les meubles.
Comme les conversations.
Pas une œuvre devant laquelle tout le monde s’assoit religieusement.
Lors d’une expérience publique, les musiciens commencent à jouer pendant un entracte et Satie souhaite que les spectateurs continuent :
à discuter ;
à marcher ;
à vivre.
Problème :
les gens entendent de la musique…
et s’arrêtent pour l’écouter.
Satie aurait même dû les encourager à continuer leurs conversations.
Erik Satie :
« Surtout, n’écoutez pas ! »
Le public :
se tait respectueusement
Satie :
« MAIS PARLEZ ! »
😂
Il avait réussi à inventer une musique de fond…
que les gens écoutaient trop.
Ce qui est assez merveilleux.
Nous vivons entourés de musique de fond.
Supermarché.
Télévision.
Réseaux sociaux.
Restaurants.
Voiture.
Téléphone.
Elle est tellement présente que parfois…
nous ne l’écoutons plus du tout.
Notre petit rituel du dimanche propose donc quelque chose d’assez drôle :
prendre une musique que nous pourrions parfaitement laisser flotter derrière nous…
et décider pendant trois minutes :
« Celle-ci, je vais vraiment l’entendre. »
Entendre peut être involontaire.
Le son arrive.
Écouter demande une petite orientation de l’attention.
Et nous n’avons même pas besoin de devenir parfaitement immobiles.
Nous pouvons préparer le thé tout en remarquant :
le retour des accords ;
la mélodie ;
les pauses ;
le moment où quelque chose change.
Cette attention partagée entre activité et musique suffit déjà.
Voilà l’expérience que j’aimerais vraiment tenter.
Pas vingt minutes de Gymnopédie n°1 en boucle jusqu’à provoquer une rébellion familiale.
😂
Plutôt vingt minutes pendant lesquelles nous remplaçons nos sons habituels par quelques pièces de Satie.
Par exemple :
Gymnopédie n°1 ;
puis une Gnossienne ;
puis peut-être une autre Gymnopédie.
Et nous observons simplement la maison.
Peut-être.
Peut-être.
Probablement pas.
Quelqu’un renversera peut-être son chocolat exactement au milieu de la partie la plus délicate.
Nous resterons une vraie maison.
😂
Et c’est justement ce qui m’intéresse.
La culture n’a pas besoin d’arriver uniquement lorsque tout est parfaitement calme.
Elle peut entrer au milieu de la vie.
Pas :
« Aujourd’hui nous faisons une activité culturelle de 10 h à 10 h 45. »
Mais :
mettre Satie pendant que nous préparons le petit déjeuner.
Accrocher la reproduction d’un tableau quelque part.
Lire un poème à table.
Laisser un livre ouvert.
Regarder une architecture pendant une promenade.
Écouter un morceau entier plutôt que trente secondes utilisées dans une vidéo.
Peu à peu, les œuvres deviennent familières.
C’est peut-être même là que tout change.
Si nous remettons la Gymnopédie n°1 plusieurs dimanches…
elle pourrait finir par être associée à :
une certaine lumière ;
une tasse ;
un petit déjeuner ;
un automne ;
une maison ;
une période de l’enfance.
Nous ne transmettons alors plus uniquement :
« Erik Satie, compositeur français, 1866-1925 ».
Nous transmettons :
« Cette musique, je la connais. »
Et cela me paraît infiniment plus précieux.
Lui qui jouait constamment avec la frontière entre :
musique importante ;
musique banale ;
concert ;
bruit quotidien ;
sérieux ;
absurde.
Il pouvait écrire une musique d’une extrême simplicité…
puis lui donner un titre complètement improbable.
Ou écrire sur ses partitions des indications volontairement étranges.
Sa personnalité publique fonctionne presque comme sa musique :
on croit avoir compris…
puis quelque chose se décale légèrement.
Voilà pourquoi je n’ai pas envie de transformer Satie en simple personnage farfelu avec parapluie.
Son humour faisait partie de son œuvre.
Mais son dépouillement musical aussi.
Les musicologues et interprètes insistent souvent sur cette recherche de simplicité : enlever, réduire, éviter la démonstration spectaculaire. France Musique décrit justement cette tension très « Satie » entre excentricité extérieure et recherche d’épure musicale.
Et peut-être que la Gymnopédie n°1 est l’endroit parfait pour rencontrer les deux.
Le titre étrange.
La musique simple.
Quelques années plus tard, Claude Debussy orchestrera deux des Gymnopédies, contribuant à leur diffusion sous une autre forme sonore.
La Bibliothèque nationale conserve les traces de ces orchestrations à la fin du XIXe siècle.
On peut donc faire une autre expérience très simple :
écouter un jour la version originale au piano…
puis l’orchestration.
Même musique ?
Oui.
Même atmosphère ?
Pas vraiment.
Et voilà déjà une prochaine porte ouverte.
Pas besoin de demander :
« Quel est le compositeur ? »
« Quelle est la tonalité ? »
« En quelle année cela a-t-il été composé ? »
Nous pouvons transmettre ces informations au fil de la conversation.
Mais l’essentiel vient peut-être avant.
Entendre quelque chose que nous n’aurions pas entendu autrement.
Voilà une belle définition de la culture.
Alors…
personne n’aime.
😂
Ce n’est pas grave.
Nous n’avons pas échoué culturellement.
On peut parfaitement découvrir Erik Satie et conclure :
« Ce n’est vraiment pas mon truc. »
Le but n’est pas de fabriquer des enfants qui répondent correctement au contrôle surprise sur la musique française.
Le but est d’élargir peu à peu leur monde.
Pour savoir ce que nous aimons…
il faut aussi avoir rencontré des choses que nous n’aimons pas.
Franchement…
je comprendrais.
😂
Après la Gymnopédie, on peut simplement raconter :
« Le monsieur qui a écrit ça a aussi composé une pièce qui s’appelle Trois morceaux en forme de poire. »
Je prédis assez facilement la question suivante :
« Pourquoi ? »
Et nous voilà partis.
Et finir par une écoute.
Ou l’inverse.
C’est probablement ce ton-là que j’aimerais donner de plus en plus à la culture dans la maison.
Pas quelque chose que nous devons absolument « enseigner ».
Quelque chose que nous pouvons :
croiser ;
tester ;
commenter ;
aimer ;
ne pas aimer ;
retrouver plus tard.
Un matin ce week-end, pendant vingt minutes, éteignons notre bruit de fond habituel.
Pas de télévision.
Pas de vidéo qui tourne sans être regardée.
Pas de radio parlée.
Puis mettons Gymnopédie n°1.
Une fois.
Sans demander le silence.
Sans annoncer une activité.
Sans poser immédiatement de questions.
Laissons-la simplement vivre dans la pièce.
Puis, lorsqu’elle se termine, attendons quelques secondes.
Et demandons seulement :
« Vous l’avez trouvée comment ? »
Pas :
« Vous avez aimé ? »
« Comment ? »
Calme ?
Bizarre ?
Triste ?
Jolie ?
Ennuyeuse ?
Douce ?
Un peu inquiétante ?
Tout est permis.
Et surtout…
notons mentalement si la maison nous a semblé exactement la même pendant ces quelques minutes.
Au fond, nous n’aurons presque rien fait.
Nous n’aurons pas organisé un atelier.
Pas imprimé de fiche.
Pas sorti de matériel.
Pas transformé le salon en conservatoire.
Nous aurons simplement changé ce qui se trouvait dans l’air.
Pendant quelques minutes, Erik Satie aura vécu avec nous.
Entre une tasse.
Une tartine.
Des pas.
Une fenêtre d’octobre.
Et peut-être quelqu’un cherchant toujours cette fameuse deuxième chaussette.
😂
La Gymnopédie n°1 aura continué d’avancer sans se presser.
Comme elle le fait depuis 1888.
Et peut-être aurons-nous remarqué quelque chose d’assez simple :
une œuvre n’a pas toujours besoin que nous allions jusqu’au musée, au théâtre ou au concert pour entrer dans notre vie.
Parfois, il suffit d’appuyer sur « lecture ».
Puis de laisser un peu de place.
À bientôt sous le tilleul 🌿