Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il existe dans certaines maisons un phénomène domestique assez mystérieux.
Le tiroir des torchons.
On y dépose un jour trois torchons parfaitement raisonnables.
Quelques années plus tard, on l’ouvre et il semble contenir l’intégralité de l’industrie textile européenne. 😂
Des torchons neufs.
Des torchons anciens.
Des essuie-mains.
Des chiffons.
Celui offert avec un panier gourmand.
Celui que l’on trouve très joli mais qui n’essuie absolument rien.
Celui qui gratte.
Celui qui laisse des peluches sur tous les verres.
Celui dont personne ne sait vraiment pourquoi il est toujours là mais qui a manifestement obtenu un droit de résidence permanent.
Et puis, tout au-dessus de la pile, les trois mêmes que l’on utilise chaque semaine.
Alors plutôt que de vider tout le tiroir un dimanche après-midi en décidant soudain que nous allons devenir minimalistes avant le dîner, j’ai eu envie d’essayer autre chose.
Une expérience minuscule.
Pendant un mois :
un torchon en service, un au lavage, un de secours.
Pas nécessairement trois textiles pour toute une cuisine, évidemment.
Mais trois pour un même usage.
Et surtout, observer ce qui se passe.
De combien avons-nous réellement besoin ?
Quels torchons nous manquent ?
Lesquels ne nous manquent absolument jamais ?
Pourquoi choisissons-nous toujours les mêmes ?
Et si le désencombrement commençait non pas par jeter…
mais simplement par regarder ce que nous utilisons vraiment ?
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Parce que désencombrer toute une maison peut être épuisant rien qu’en y pensant.
Les vêtements.
Les jouets.
Les livres.
Les papiers.
La vaisselle.
Les souvenirs.
Chaque catégorie contient rapidement des dizaines de décisions.
Garder ?
Donner ?
Vendre ?
Réparer ?
Et si je le regrette ?
Et si cela sert dans neuf ans un mardi après-midi ? 😂
Le torchon, lui, est beaucoup moins chargé émotionnellement.
Enfin normalement.
Si quelqu’un possède le torchon brodé de son arrière-grand-mère, évidemment, nous éviterons de le transformer en chiffon à chaussures sous prétexte d’expérience minimaliste.
Mais dans l’ensemble, c’est une catégorie idéale pour observer nos habitudes sans déclencher une crise existentielle.
Voilà quelque chose qui change immédiatement l’expérience.
Dans une cuisine, tous les textiles ne servent pas à la même chose.
Il peut y avoir :
un essuie-mains ;
un torchon pour la vaisselle ;
un chiffon pour essuyer le plan de travail ;
éventuellement un textile réservé à certaines tâches particulières.
Et je ne mélangerais pas forcément tout.
La règle du « un, un, un » fonctionne beaucoup mieux si elle s’applique à une fonction précise.
Par exemple :
pour essuyer la vaisselle :
un en service ;
un au lavage ;
un propre de secours.
Et séparément :
pour les mains :
un en service ;
un au lavage ;
un de secours.
Tout de suite, cela paraît beaucoup plus réaliste.
Le but n’est pas de vivre avec trois bouts de tissu dans toute la maison en surveillant anxieusement lequel a le droit de toucher une assiette. 😂
Le but est simplement de découvrir combien nous utilisons réellement pour chaque fonction.
Parce que trois créent une petite rotation très simple.
Le premier travaille.
Le deuxième attend de revenir de la lessive.
Le troisième évite la catastrophe domestique le jour où le premier tombe dans une sauce tomate exactement cinq minutes après le lancement de la machine.
Ce n’est donc pas un chiffre magique.
C’est un point de départ.
Une famille nombreuse, une cuisine très active ou un rythme de lessives particulier pourra évidemment découvrir qu’elle en a besoin de quatre ou cinq.
Une personne seule utilisant peu sa cuisine pourra peut-être se contenter de moins.
Et ce serait parfaitement bien.
La véritable question n’est pas :
« Quel est le nombre minimal de torchons qu’une personne raisonnable doit posséder ? »
Elle serait plutôt :
« Quel est le nombre qui fonctionne réellement chez nous ? »
C’est une partie essentielle de l’expérience.
Nous allons simplement retirer du tiroir la petite sélection destinée au mois.
Tout le reste peut être placé dans une boîte, un panier ou une étagère à proximité.
Pas à la déchetterie.
Pas immédiatement dans un sac de dons.
Simplement ailleurs.
Ainsi, si au troisième jour nous découvrons que cette brillante expérience était totalement irréaliste, nous pouvons récupérer un torchon.
Aucune catastrophe.
Aucun regret.
Aucun engagement idéologique envers le torchon numéro trois. 😂
Cette distance temporaire permet justement d’observer.
Il suffit parfois d’une semaine.
On remarque que parmi quinze torchons, nous utilisions systématiquement les mêmes.
Pourquoi ?
Peut-être parce qu’ils absorbent mieux.
Parce qu’ils sont suffisamment grands.
Parce qu’ils sèchent rapidement.
Parce qu’ils ne laissent pas de fibres.
Parce qu’ils tiennent bien en main.
Parce qu’ils ont une petite boucle pratique pour les accrocher.
Ou tout simplement parce qu’ils sont placés au-dessus de la pile.
Voilà déjà une information intéressante.
Nous ne possédons pas quinze objets équivalents.
Nous possédons souvent trois objets appréciés et douze objets tolérés.
Nous en avons probablement tous rencontré un.
Très joli.
Belle couleur.
Magnifique motif.
Peut-être même assorti à la cuisine.
Puis on essaie de sécher une assiette.
Et l’on déplace essentiellement l’eau d’un endroit vers un autre.
😂
Ces textiles-là sont intéressants parce qu’ils révèlent une différence entre posséder un objet et avoir envie de l’utiliser.
Dans un tiroir rempli, ils peuvent rester des années.
On les prend.
On se souvient qu’ils n’essuient rien.
On les remet sous la pile.
Puis on recommence six mois plus tard parce que nous avons oublié.
L’expérience permet enfin de leur poser une vraie question :
à quoi me sers-tu ?
Peut-être peuvent-ils devenir serviettes de table.
Servir à couvrir une pâte qui lève.
Protéger une corbeille à pain.
Être utilisés pour une activité avec les enfants.
Ou peut-être n’ont-ils tout simplement aucune utilité chez nous.
Voilà son cousin.
Celui-là fonctionne très bien.
Mais nous ne l’utilisons jamais.
Pourquoi ?
Parce qu’il est neuf.
Parce qu’il était cher.
Parce qu’il possède un joli dessin.
Parce que nous craignons de le tacher.
Il existe une étrange catégorie d’objets domestiques destinés à la vie quotidienne mais que nous conservons soigneusement pour éviter… la vie quotidienne.
Les jolies tasses que personne ne boit dedans.
Les beaux carnets où personne n’ose écrire.
Les serviettes que personne n’utilise.
Et parfois les torchons.
Une expérience minimaliste peut aussi servir à cela :
mettre enfin les beaux objets en service.
S’ils sont faits pour être utilisés, utilisons-les.
Sinon, ils deviennent simplement des décorations rangées dans un tiroir.
La quantité nécessaire dépend énormément du rythme de lavage.
Une maison où une machine tourne presque quotidiennement n’a évidemment pas besoin du même stock qu’une maison qui lave le linge une fois par semaine.
C’est pour cela que copier le nombre d’objets d’une autre famille a peu de sens.
Le minimalisme très concret doit tenir compte du fonctionnement réel de la maison.
Combien de fois faisons-nous une lessive ?
Nos torchons sèchent-ils vite ?
Avons-nous suffisamment d’endroit pour les faire sécher ?
Utilisons-nous un sèche-linge ?
En salissons-nous plusieurs lors d’une grande journée de cuisine ?
Le mois d’essai permet de répondre à ces questions beaucoup plus sûrement qu’une règle trouvée dans un livre.
La règle des trois ne doit jamais devenir absurde.
Si un torchon est franchement sale, humide depuis longtemps, malodorant ou utilisé après avoir essuyé quelque chose qui demande un lavage, il part au linge.
Même s’il n’était « en service » que depuis quelques heures.
La maison n’est pas une expérience scientifique sous cloche.
La règle doit s’adapter à la vie.
Pas l’inverse.
Pendant les premiers jours, je ne chercherais même pas à modifier davantage mes habitudes.
Je noterais seulement mentalement — ou sur un petit papier si cela m’amuse — quelques observations.
Combien de textiles ai-je réellement utilisés ?
Ai-je eu besoin du secours ?
Pourquoi ?
Quel torchon ai-je préféré ?
Lequel a séché le plus vite ?
Ai-je manqué de quelque chose ?
Cette première semaine permet de distinguer notre idée de nos besoins réels.
Parce que nous sommes parfois persuadés d’avoir besoin de douze objets…
simplement parce que nous en possédons douze.
À ce stade, quelque chose devient souvent évident.
Un textile remplit parfaitement sa fonction.
Un autre beaucoup moins.
Et cette information est probablement plus précieuse que la quantité elle-même.
Car désencombrer intelligemment ne consiste pas seulement à avoir moins.
Il consiste aussi à comprendre ce qui fonctionne mieux.
Imaginons que les trois torchons les plus utilisés soient tous :
grands ;
en coton ;
peu épais ;
sans motif en relief ;
faciles à suspendre.
Voilà une information utile pour la prochaine fois qu’un torchon devra réellement être remplacé.
Au lieu d’acheter celui qui paraît joli, on saura enfin ce que l’on préfère utiliser.
C’est probablement la partie la plus amusante.
La boîte contenant les torchons retirés n’a pas bougé depuis trois semaines.
Et personne ne les réclame.
Il y en avait pourtant quinze.
Cela ne signifie pas obligatoirement qu’il faut en éliminer douze.
Mais cela montre qu’ils n’étaient peut-être pas nécessaires à notre fonctionnement quotidien.
Certains pourront rester comme réserve.
D’autres servir ailleurs.
D’autres encore pourront être donnés.
Et certains révéleront peut-être leur utilité particulière.
« Ah oui, celui-là sert toujours lorsque nous faisons de grandes conserves. »
Très bien.
Il a donc une fonction.
Le minimalisme doux n’oblige pas un objet utilisé trois fois par an à disparaître.
Il demande simplement que l’on sache pourquoi il est là.
Arrive enfin la fin du mois.
Et maintenant ?
Rien n’oblige à organiser une grande cérémonie de tri.
On peut simplement regarder la boîte.
Et répartir les textiles en quelques familles naturelles.
Parce que nous savons que nous les utilisons.
Parce qu’ils sont pratiques.
Parce que leur quantité correspond réellement au rythme de la maison.
Un torchon un peu taché ou usé peut parfaitement continuer sa vie.
Pour les vitres.
Le ménage.
Les chaussures.
Un bricolage.
Essuyer quelque chose sur le balcon.
Protéger une surface pendant une activité de peinture.
Voilà d’ailleurs une manière très simple d’éviter d’acheter des rouleaux entiers de textiles jetables.
Un torchon en parfait état mais jamais utilisé peut tout à fait être utile ailleurs.
Un proche.
Une association selon ses besoins.
Une personne qui s’installe.
Un étudiant.
Un premier appartement.
Ce qui est excédentaire chez nous peut parfaitement être utile chez quelqu’un d’autre.
Le torchon réservé aux confitures.
Celui utilisé lors des grandes tablées.
Celui qui protège les pains en train de lever.
Pourquoi pas ?
Le but n’était jamais de posséder exactement trois torchons jusqu’à la fin de nos jours.
Le but était d’identifier les vrais usages.
Parfois, le problème n’est même pas la quantité totale.
C’est le tiroir.
Quinze torchons tassés dans un petit espace quotidien sont agaçants.
Mais trois torchons dans le tiroir de cuisine et quelques réserves rangées dans une armoire à linge peuvent fonctionner parfaitement.
Désencombrer un espace ne signifie donc pas nécessairement réduire toutes nos possessions.
Cela peut aussi signifier :
mettre près de nous seulement ce dont nous avons besoin maintenant.
Une fois le mois terminé, rien n’oblige à attaquer immédiatement les vêtements de toute la famille.
On peut continuer avec une autre micro-catégorie.
Les maniques.
Les sacs réutilisables.
Les gourdes.
Les boîtes de conservation.
Les cuillères en bois.
Les mugs.
Les parapluies.
Les chargeurs mystérieux dont personne ne connaît plus l’appareil d’origine. 😂
Une seule petite catégorie à la fois.
Parce qu’il est beaucoup plus facile de comprendre cinq objets que cinq mille.
Il existe une économie assez évidente :
lorsque nous savons ce que nous possédons, nous achetons moins souvent des doublons.
Mais il y en a une autre, plus intéressante.
Nous apprenons ce qui mérite réellement d’être racheté.
Si je découvre que trois torchons simples et absorbants sont utilisés constamment tandis que les huit plus décoratifs restent au fond du tiroir, la prochaine fois que j’aurai besoin d’en remplacer un, je choisirai probablement mieux.
Le désencombrement devient alors une leçon d’achat.
Moins :
« Est-ce joli ? »
Davantage :
« Est-ce que cela correspond à ce que j’utilise réellement ? »
Et peut-être est-ce là l’une des formes de minimalisme les plus utiles pour un budget.
Le mot peut parfois donner l’impression qu’il faudrait chercher à vivre avec le minimum absolu.
Un bol.
Une cuillère.
Un torchon.
Et beaucoup de discipline. 😂
Ce n’est pas cette idée qui m’intéresse.
Je préfère parler de minimalisme doux.
Celui qui cherche à alléger ce qui nous gêne sans supprimer ce qui nous facilite réellement la vie.
Une famille n’a pas échoué au minimalisme parce qu’elle possède huit torchons.
Si elle les utilise, les apprécie et les range facilement, où serait le problème ?
Inversement, avoir vingt-cinq torchons que l’on doit écraser chaque fois pour fermer un tiroir n’est peut-être pas très confortable.
La bonne quantité n’est donc pas un chiffre universel.
C’est celle qui correspond à la vie réelle.
Il existe un phénomène assez amusant dans une maison.
Nous avons un tiroir.
Nous finissons par remplir le tiroir.
Puis nous achetons un rangement supplémentaire parce que le tiroir est plein.
Puis le rangement supplémentaire se remplit.
😂
Alors qu’une autre possibilité consiste parfois simplement à demander :
est-ce que tout ce qui se trouve ici doit vraiment être ici ?
Un tiroir à moitié vide n’est pas un problème à résoudre.
Il peut être extrêmement agréable.
Les textiles se prennent facilement.
On voit ce que l’on possède.
On peut ranger sans pousser.
Et ce petit confort quotidien vaut parfois beaucoup plus qu’une organisation spectaculaire avec quinze boîtes étiquetées.
Pas forcément avec les torchons eux-mêmes.
Mais l’idée peut devenir un excellent exercice familial.
Choisir une petite catégorie sans enjeu.
Observer.
Compter.
Tester.
Et demander :
« De combien avons-nous réellement besoin ? »
Cela introduit doucement des notions intéressantes :
besoin et envie ;
usage ;
réutilisation ;
don ;
déchet ;
budget ;
durée de vie des objets.
Sans discours culpabilisant.
Sans dire qu’il faut posséder peu pour être une bonne personne.
Simplement en faisant l’expérience.
J’aime cette manière de ranger parce qu’elle ne commence pas par une injonction.
Elle commence par une question.
De quoi avons-nous réellement besoin ?
Et la réponse ne vient pas d’un livre, d’une maison photographiée sur Internet ou d’une règle minimaliste.
Elle vient de la vie quotidienne.
D’un torchon taché de sauce qui part au linge.
D’un autre que l’on attrape toujours en premier.
D’un troisième qui attend son tour.
Et d’une pile entière qui, pendant un mois, reste silencieusement dans une boîte sans que personne ne la réclame.
Peut-être que désencombrer n’est pas toujours décider brutalement de ce que nous devons abandonner.
Peut-être que cela peut commencer beaucoup plus doucement.
Mettre quelques objets de côté.
Continuer à vivre.
Observer.
Puis laisser nos habitudes nous montrer elles-mêmes ce qui mérite réellement une place dans la maison.
Même lorsqu’il ne s’agit, au départ, que d’un tiroir rempli de torchons.
À bientôt sous le tilleul 🌿