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Le petit carnet des recettes de famille : pourquoi conserver une recette écrite à la main a-t-il quelque chose de précieux ?

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Il existe des recettes que nous pourrions retrouver sur Internet en moins de trente secondes.

Un quatre-quarts.

Une tarte aux pommes.

Une soupe aux poireaux.

Des gaufres.

Un gâteau au chocolat.

Des milliers de versions nous attendent.

Et pourtant…

si nous retrouvons un jour, au fond d’un tiroir, la recette écrite à la main par quelqu’un de notre famille, avec son papier un peu jauni, ses ratures et son mystérieux :

« ajouter de la farine jusqu’à ce que la pâte soit bien »,

il devient soudain impossible de considérer cette feuille comme une recette parmi d’autres.

😂

Parce qu’elle contient quelque chose qu’aucun moteur de recherche ne pourra nous rendre.

Une écriture.

Une habitude.

Une manière de cuisiner.

Et parfois même…

une voix.

Une recette peut être beaucoup plus qu’une liste d’ingrédients

Sur le papier, une recette est assez simple.

Des ingrédients.

Des quantités.

Quelques étapes.

Mais les recettes réellement transmises dans les familles contiennent souvent une foule de petites informations qui n’avaient jamais été prévues pour devenir historiques.

« Cuire doucement. »

« Comme pour le gâteau de tante Jeanne. »

« Mettre un peu moins de sucre. »

« Très bon avec les poires. »

« Ne pas faire comme la dernière fois !!! »

😂

Ces annotations semblent dérisoires.

Et pourtant, ce sont précisément elles qui rendent le document irremplaçable.

Car une recette imprimée nous apprend comment préparer un plat.

Une recette manuscrite peut aussi nous apprendre :

qui le préparait ;

comment cette personne cuisinait ;

ce qu’elle modifiait ;

ce qu’elle aimait ;

et parfois même ce qui avait mal tourné.

 

L’écriture elle-même finit par devenir précieuse

Lorsque nous voyons régulièrement l’écriture d’une personne, nous n’y prêtons pas beaucoup attention.

Puis les années passent.

Et un jour, reconnaître cette écriture sur un morceau de papier peut provoquer une émotion étonnamment forte.

La manière de former un « r ».

Les chiffres inclinés.

Une ligne ajoutée dans la marge.

Un mot souligné deux fois.

Un petit commentaire écrit avec un autre stylo vingt ans plus tard.

Voilà pourquoi recopier entièrement une vieille recette dans un carnet neuf n’est pas exactement la même chose que conserver l’original.

Le contenu reste.

Mais une partie de l’objet disparaît.

 

Même les taches racontent quelque chose

Évidemment, si nous découvrons une vieille recette tachée de beurre, de chocolat ou de farine, notre premier réflexe pourrait être :

« Oh là là, quel état ! »

Et pourtant…

ces traces sont presque une petite archéologie de la cuisine.

😂

Une page tachée près de la recette du gâteau aux pommes nous dit peut-être simplement :

ce gâteau a réellement été fait.

Et probablement plus d’une fois.

Les pages les plus propres d’un vieux cahier ne sont pas toujours celles qui ont été le plus utilisées.

Un coin plié.

Une trace ronde laissée par un verre.

Un peu de farine coincée autrefois dans la reliure.

Ce ne sont pas nécessairement des défauts.

Ce sont parfois des traces d’usage.

Et dans l’histoire du quotidien, les traces d’usage sont extraordinairement intéressantes.

 

Les vieux cahiers nous racontent aussi une manière de cuisiner

Ouvrons un ancien carnet et nous trouverons parfois des indications comme :

« un verre de lait »

« une noix de beurre »

« une bonne poignée »

« farine à volonté »

« cuire à four moyen »

Nous voilà bien avancés.

😂

Mais ces formulations racontent quelque chose.

La cuisine domestique a longtemps reposé beaucoup plus qu’aujourd’hui sur :

l’habitude ;

le toucher ;

l’observation ;

la transmission orale.

La personne qui écrivait :

« assez de farine pour obtenir une belle pâte »

savait probablement exactement ce qu’était une « belle pâte ».

Elle n’imaginait simplement pas qu’un arrière-petit-enfant essaierait un jour de transformer cette indication en grammes.

 

Certaines recettes n’étaient même jamais écrites

Et c’est là que beaucoup de recettes familiales ont disparu.

Parce qu’elles étaient tellement ordinaires que personne ne pensait devoir les conserver.

On demandait :

« Comment tu fais ta soupe ? »

Et la réponse pouvait être :

« Oh, tu sais bien… un peu de ceci, puis cela, je laisse cuire. »

Non.

Nous ne savons pas bien.

😂

Et lorsque la personne n’est plus là pour montrer le geste, nous découvrons soudain que :

« un peu »

était en réalité une unité de mesure extrêmement personnelle.

Voilà pourquoi écrire aujourd’hui les recettes encore préparées dans une famille peut devenir beaucoup plus important qu’il n’y paraît.

 

Il n’existe d’ailleurs pas forcément UNE recette familiale

Voici une chose que j’aime beaucoup.

Une recette peut évoluer de génération en génération.

Quelqu’un met davantage de cannelle.

Une autre personne diminue le sucre.

Quelqu’un remplace le saindoux par du beurre.

Une autre ajoute des pommes.

Puis un jour, deux membres de la famille affirment simultanément posséder :

« la vraie recette ».

Et évidemment, elles sont différentes.

😂

Ce n’est pas nécessairement un problème.

Au contraire.

Une recette vivante change.

Nous pouvons parfaitement conserver plusieurs versions dans notre carnet :

« recette originale » ;

« version de maman » ;

« version que nous faisons aujourd’hui ».

Nous voyons alors apparaître une véritable petite histoire culinaire.

 

Un cahier de cuisine peut devenir une archive du quotidien

Lorsque nous pensons au patrimoine familial, nous pensons facilement :

aux photographies ;

aux lettres ;

aux bijoux ;

aux documents anciens.

Mais pourquoi pas une recette ?

La cuisine occupe une place immense dans nos vies.

Les repas accompagnent :

les naissances ;

les anniversaires ;

les dimanches ;

les vacances ;

les fêtes ;

les périodes difficiles aussi.

Une simple recette peut donc être liée à tout un réseau de souvenirs.

Les gaufres que l’on préparait chaque hiver.

La soupe que quelqu’un faisait lorsque nous étions malades.

Le gâteau toujours présent aux anniversaires.

Les biscuits d’une fête précise.

Le plat préparé lors des grandes tablées.

Ce n’est pas seulement :

« 250 g de farine ».

C’est parfois :

« chez nous, ce gâteau signifiait que quelqu’un allait souffler des bougies ».

 

Alors… commençons notre propre carnet

Pas besoin d’attendre d’avoir hérité d’un magnifique cahier du XIXᵉ siècle.

😂

Nous pouvons commencer aujourd’hui.

Un carnet simple suffit.

Un cahier à spirales.

Un classeur si nous préférons ajouter et déplacer les pages.

Même un carnet déjà commencé peut devenir notre carnet familial.

Et je ne chercherais surtout pas à le rendre immédiatement parfait.

Un carnet trop précieux peut produire un phénomène étrange :

nous avons tellement peur de mal écrire dedans…

que nous n’écrivons rien.

Le meilleur carnet de recettes est celui que l’on utilise.

 

Que noter, au-delà des ingrédients ?

Pour chaque recette importante, j’ajouterais quelques éléments qui sembleront peut-être anodins aujourd’hui mais pourraient devenir précieux plus tard :

  • le nom de la recette, qui la préparait ou de qui elle vient, les ingrédients et quantités, les gestes vraiment importants, l’occasion à laquelle nous la mangeons, les petites modifications familiales, les souvenirs qui lui sont associés et éventuellement la date à laquelle nous l’avons recopiée ou cuisinée ensemble.

Une phrase peut suffire.

« C’était le gâteau préparé chaque année pour les premiers jours froids. »

Ou :

« Recette donnée par notre voisine lorsque nous avons emménagé. »

Ou simplement :

« Tout le monde réclame toujours les bords bien cuits. »

C’est exactement le genre de détail que nous croyons impossible à oublier.

Et que nous oublions.

 

Demandons aussi les détails absurdes

Si nous avons encore la chance de pouvoir demander une recette à quelqu’un, ne nous contentons pas de :

« Combien de farine ? »

Demandons :

« Quel plat utilises-tu ? »

« Comment sais-tu que la pâte est prête ? »

« Tu faisais déjà ça quand tu étais petite ? »

« Pourquoi tu mets cet ingrédient-là ? »

« Qui t’a appris ? »

« Tu la faisais pour quelle occasion ? »

Et surtout :

« Quand tu dis une poignée… tu peux me montrer ? »

😂

Parce qu’une recette domestique se trouve souvent autant dans les gestes que dans les mots.

 

Photographier les gestes peut compléter le carnet

Pour certaines recettes, une photo peut être plus utile qu’un paragraphe entier.

La bonne texture d’une pâte.

La façon de plier une pâtisserie.

La couleur exacte d’une confiture lorsqu’elle est prête.

La taille d’un morceau.

Nous pouvons imprimer une petite photo et la glisser dans le carnet.

Ou conserver parallèlement une version numérique.

Le manuscrit et le numérique ne sont pas ennemis.

L’un apporte :

la matière ;

l’écriture ;

le plaisir de feuilleter.

L’autre apporte :

une copie de sécurité.

Et pour un carnet auquel nous tenons énormément, posséder les deux est une excellente idée.

 

Si nous possédons déjà de vieilles recettes, ne les « améliorons » pas trop vite

Une vieille carte écrite à la main peut être fragile.

Plutôt que de la recoller avec n’importe quel ruban adhésif ou de la plastifier définitivement, mieux vaut la conserver :

à plat ;

au sec ;

à l’abri d’une forte lumière ;

dans une pochette adaptée ou entre des feuilles protectrices appropriées.

Et surtout…

photographions-la ou numérisons-la.

Nous pourrons ensuite cuisiner à partir d’une copie sans poser le document original juste à côté :

du beurre ;

de la farine ;

d’un saladier ;

et d’un verre d’eau qui attend seulement le bon moment pour se renverser.

😂

 

Gardons aussi les imperfections de l’original

Si une recette indique :

« 3 œufs »

puis que quelqu’un a barré le 3 pour écrire :

« 4, c’est meilleur »,

gardons-le.

C’est précisément ce qui fait son intérêt.

Nous pouvons ajouter une transcription propre à côté pour faciliter la cuisine.

Mais n’effaçons pas les hésitations, corrections et petits commentaires.

Une archive trop nettoyée finit parfois par perdre ce qui la rend humaine.

 

La recette la plus précieuse n’est pas forcément la plus spectaculaire

Nous pourrions être tentés de ne conserver que :

le grand gâteau de fête ;

le plat exceptionnel ;

la pâtisserie impressionnante.

Mais dans cinquante ans, la recette qui intéressera peut-être le plus quelqu’un sera celle de :

la soupe du mercredi ;

la vinaigrette habituelle ;

la compote ;

les crêpes ;

le gratin que tout le monde mangeait sans jamais penser qu’il avait besoin d’être écrit.

Parce que le patrimoine du quotidien se cache justement dans ce qui nous paraît aujourd’hui trop banal pour mériter une trace.

 

Et si nous faisions écrire plusieurs générations dans le même carnet ?

Voilà une idée que je trouve particulièrement belle.

Lorsqu’un enfant est assez grand, il peut :

écrire le nom d’une recette ;

ajouter un commentaire ;

dessiner le plat ;

noter ce qu’il a préféré.

Plus tard, quelqu’un d’autre complétera peut-être :

« Nous la faisons toujours, mais maintenant avec davantage de chocolat. »

😂

Le carnet cesse alors d’être simplement :

un endroit où nous rangeons des recettes.

Il devient un objet auquel plusieurs personnes participent.

Les écritures changent.

Les encres changent.

Les goûts changent.

Mais le cahier continue.

 

Nous pouvons aussi laisser volontairement des pages blanches

Pas besoin de remplir le carnet en une semaine.

Au contraire.

Laissons de l’espace.

Une recette peut recevoir plus tard :

une nouvelle annotation ;

une photographie ;

une variante ;

un souvenir.

Un carnet familial est intéressant précisément parce qu’il n’est jamais complètement terminé.

Il accompagne la maison.

 

Et pourquoi écrire à la main à l’époque des favoris Internet ?

Parce que nos favoris ne sont pas vraiment des archives familiales.

Une page peut disparaître.

Un site fermer.

Une recette être modifiée.

Et surtout…

elle reste la recette de quelqu’un d’autre.

En la recopiant à la main, puis en ajoutant :

« Nous avons fait celle-ci pour la première fois un dimanche pluvieux d’octobre et tout le monde a demandé une deuxième part »,

elle commence à entrer dans notre propre histoire.

Le manuscrit ralentit également un peu le geste.

Nous choisissons ce qui mérite d’être conservé.

Nous corrigeons.

Nous commentons.

Nous faisons de la place.

Ce n’est plus seulement sauvegarder une information.

C’est transmettre.

 

🌿 Le petit défi sous le tilleul

Cette semaine, choisissons une seule recette familiale.

Pas nécessairement la plus impressionnante.

Simplement celle que nous aimerions pouvoir retrouver exactement dans vingt ans.

Écrivons-la.

Puis ajoutons trois choses :

qui nous l’a apprise ;

quand nous la préparons ;

et un souvenir qui lui est associé.

Si la personne qui nous l’a transmise peut encore nous raconter son histoire, profitons-en pour lui poser quelques questions.

Et si elle possède toujours sa version manuscrite…

photographions-la.

Cette petite feuille pourrait un jour devenir beaucoup plus précieuse que nous ne pouvons l’imaginer aujourd’hui.

 

Sous le tilleul 🌿

Un carnet de recettes ne contient jamais seulement des recettes.

Il contient aussi :

des habitudes ;

des fêtes ;

des goûts ;

des mains qui ont cuisiné ;

des phrases répétées cent fois ;

et parfois des personnes qui ne sont plus là pour expliquer ce qu’elles entendaient exactement par :

« laisser cuire un bon moment ».

😂

Nous pouvons retrouver une recette de tarte aux pommes partout.

Mais nous ne retrouverons nulle part ailleurs :

la façon dont quelqu’un de notre famille écrivait son nom ;

la petite correction ajoutée dans la marge ;

la variante inventée après une récolte particulièrement abondante ;

ou la phrase :

« celle-ci, tout le monde l’aime ».

Voilà pourquoi ces carnets méritent peut-être une place particulière dans nos cuisines.

Ils ne conservent pas simplement ce que nous mangions.

Ils conservent un peu de la manière dont nous vivions ensemble.

Et il n’est pas nécessaire d’attendre de posséder de vieux papiers pour commencer cette transmission.

Le carnet précieux de demain…

peut très bien être celui que nous ouvrons aujourd’hui pour écrire sa toute première recette.

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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