Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Au début d’octobre, le jardin donne parfois l’impression de commencer doucement à fermer boutique.
Les tomates ralentissent.
Les journées raccourcissent.
Les premières feuilles tombent.
On range peu à peu certains outils.
Et si l’on débute tout juste au potager, on pourrait très facilement penser :
« Bon… maintenant, il faudra attendre le printemps pour planter quelque chose. »
Eh bien non.
Car pendant que certaines cultures terminent leur histoire…
d’autres peuvent précisément la commencer maintenant.
Et parmi elles se cache quelque chose de tellement banal que nous en avons presque tous dans la cuisine :
une tête d’ail.
Aujourd’hui, nous allons donc faire un geste minuscule.
Séparer une gousse.
La déposer dans la terre, pointe vers le ciel.
La recouvrir.
Puis attendre.
Longtemps.
Et c’est peut-être justement cela qui rend cette expérience aussi intéressante avec les enfants.
Parce qu’en jardinage, tout n’arrive pas trois jours après avoir semé.
Certaines récoltes commencent par un geste d’automne…
puis traversent tout un hiver avant de nous revenir.
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Voilà une première nuance importante.
En Belgique, octobre est bien le début de la période de plantation de l’ail d’automne, mais nous n’avons aucune raison de courir au jardin le 1er octobre précisément.
Le semencier belge Semailles conseille notamment de planter l’ail d’hiver de la mi-octobre à la mi-novembre, même si la plantation peut commencer plus tôt en octobre lorsque le sol est en bonnes conditions, surtout s’il n’est pas détrempé. Certaines variétés d’automne peuvent être plantées jusqu’en décembre.
C’est donc exactement le bon moment pour :
choisir notre ail ;
préparer un pot ou une petite parcelle ;
observer la météo ;
et attendre une période où la terre est agréable à travailler.
Début octobre devient ainsi le commencement de l’expérience…
sans qu’il faille artificiellement forcer la saison.
Voilà déjà une petite activité.
Posons-la sur la table.
Au premier regard, elle semble former un seul bloc.
Mais retirons doucement l’enveloppe extérieure.
À l’intérieur apparaissent plusieurs quartiers parfaitement emboîtés les uns contre les autres.
Nous les appelons couramment des gousses.
En jardinage, on parle aussi de caïeux.
Et chacune de ces gousses possède quelque chose d’assez extraordinaire :
elle peut donner naissance à une nouvelle tête entière.
Une gousse aujourd’hui.
Plusieurs gousses autour d’elle quelques mois plus tard.
Il y a presque quelque chose de magique là-dedans.
Même si, évidemment, la botanique préfère le mot multiplication végétative. 😂
Nous disons souvent « semer de l’ail ».
Mais dans notre expérience, nous n’allons pas mettre une graine dans la terre.
Nous allons planter un morceau de la plante elle-même.
Chaque gousse contient des réserves qui vont permettre au jeune plant de démarrer.
C’est déjà une merveilleuse petite différence à montrer aux enfants.
Une graine de haricot.
Une graine de tournesol.
Un caïeu d’ail.
Un tubercule de pomme de terre.
Tous peuvent donner une nouvelle plante…
mais ils ne sont pas constitués de la même manière.
Pour une petite expérience amusante, une gousse provenant d’une tête alimentaire peut parfois germer.
Mais si l’objectif est réellement de cultiver une belle récolte, mieux vaut utiliser de l’ail vendu pour la plantation, provenant d’une jardinerie, d’un semencier ou d’un producteur fiable.
Pourquoi ?
Parce que l’on choisit ainsi une variété adaptée à la plantation et du matériel végétal sain. Les recommandations horticoles conseillent justement de planter des bulbes destinés à la culture plutôt que de compter sur l’ail acheté simplement pour la consommation.
Cela donne aussi l’occasion de découvrir que…
tous les ails ne se plantent pas au même moment.
Et voilà pourquoi il vaut mieux regarder l’étiquette plutôt que planter au hasard.
Chez Semailles, par exemple, des variétés telles que Thermidrôme ou Germidour sont proposées pour la plantation d’automne, tandis que d’autres variétés se plantent plutôt en fin d’hiver ou au printemps.
Nous cherchons donc aujourd’hui :
un ail adapté à une plantation automnale.
Pas simplement « de l’ail ».
Un détail minuscule…
qui est déjà une vraie leçon de jardinage.
C’est peut-être la question la plus intéressante.
Pourquoi mettre maintenant une plante dans la terre alors que le froid arrive ?
Parce que l’ail supporte très bien cette stratégie.
Il peut commencer à développer son système racinaire pendant l’automne et l’hiver, alors que sa croissance visible reste faible. Puis, lorsque les conditions redeviennent favorables au printemps, les feuilles reprennent rapidement leur développement.
Et surtout, de nombreuses variétés ont besoin d’une période froide pour former correctement leur futur bulbe. La Royal Horticultural Society indique que beaucoup d’ails ont besoin d’environ un à deux mois entre 0 et 10 °C pour obtenir un bon développement du bulbe.
Le froid n’est donc pas nécessairement l’ennemi.
Il fait partie de l’histoire.
Je trouve cette idée merveilleuse à transmettre aux enfants.
Nous avons tellement tendance à présenter l’hiver comme une saison où :
« rien ne pousse ».
Mais sous la terre, des choses continuent.
Des racines apparaissent.
Des plantes attendent.
Le froid lui-même peut jouer un rôle.
L’hiver n’est pas simplement une interruption entre l’automne et le printemps.
Il peut être une étape nécessaire.
Notre ail devient alors une petite manière très concrète de comprendre cela.
Lorsque vient le moment de planter, séparons délicatement la tête d’ail.
Pas plusieurs semaines avant.
Plutôt juste avant la plantation, afin de conserver les caïeux en bon état.
Gardons leur petite peau protectrice.
Puis observons-les.
Les plus gros caïeux extérieurs seront généralement les plus intéressants à planter ; les tout petits du centre peuvent rejoindre la cuisine. Le semencier Semailles recommande justement de conserver les plus grosses gousses pour la plantation.
Et voilà déjà un petit exercice pour les enfants :
Quelle est la plus grosse ?
La plus petite ?
Combien y en avait-il dans cette tête ?
Ont-elles toutes la même forme ?
Avant même de toucher la terre, nous observons.
C’est probablement LE détail à retenir.
Une gousse d’ail possède :
une partie plate à sa base, là où apparaîtront les racines ;
et
une pointe, d’où partira la pousse.
Nous devons donc planter :
la base plate vers le bas ;
la pointe vers le haut.
Je trouve que c’est une excellente activité pour les petits.
Pas besoin de mesurer.
Pas besoin de savoir lire.
Il suffit de regarder une forme et comprendre son orientation.
L’ail ne cesse pas forcément instantanément d’être une plante très déterminée. 😂
Mais il devra dépenser de l’énergie pour réorienter sa pousse.
Puisque nous pouvons facilement lui simplifier la vie :
pointe vers le ciel.
Voilà une règle que les enfants peuvent parfaitement mémoriser.
S’il existe une chose que l’ail apprécie peu pendant l’hiver, c’est de rester dans une terre constamment gorgée d’eau.
Il aime un sol fertile, mais surtout bien drainé.
En Belgique, où l’hiver peut être particulièrement humide, c’est un point beaucoup plus important que de se demander s’il survivra à trois matinées froides.
Semailles conseille même, dans une terre lourde ou humide, de planter sur une petite butte afin que l’eau s’évacue plus facilement.
Le problème de l’hiver n’est donc pas toujours :
« Va-t-il avoir froid ? »
Il peut plutôt être :
« Va-t-il avoir les pieds dans l’eau pendant trois mois ? »
😂
Voilà une chose simple à observer.
Après une bonne pluie, regardons notre emplacement.
L’eau disparaît-elle assez rapidement ?
Ou reste-t-elle en flaques ?
La terre est-elle lourde et collante pendant plusieurs jours ?
Si l’endroit ressemble régulièrement à une petite mare…
ce n’est probablement pas là que je mettrais notre ail.
Nous pouvons alors choisir :
un autre emplacement ;
une petite butte ;
un carré surélevé ;
ou simplement…
un pot.
Et cela rend cette expérience beaucoup plus accessible.
Pas besoin d’un grand potager.
Un balcon, une terrasse ou un petit extérieur bien exposé peuvent suffire.
La Royal Horticultural Society recommande, pour la culture en contenant, un pot d’au moins 25 cm de profondeur, avec un substrat drainant.
Il faut surtout un véritable trou d’évacuation sous le pot.
Le joli cache-pot complètement fermé qui transforme le compost en marécage pendant tout l’hiver…
nous allons le laisser à une autre expérience. 😂
Cela dépend évidemment de sa largeur.
Au jardin, on laisse généralement environ 10 à 15 cm entre les caïeux. Semailles préconise justement cet espacement pour l’ail d’automne ; la RHS conseille environ 15 cm.
Dans un pot de taille moyenne, nous ne planterons donc pas une tête entière si cela oblige toutes les plantes à vivre les unes sur les autres.
Mieux vaut :
quatre beaux plants correctement espacés
que
douze gousses transformées en métro à l’heure de pointe.
😂
Voilà un autre point où l’on trouve parfois des chiffres différents selon les sols et les méthodes.
Pour une plantation domestique simple, nous pouvons retenir que la gousse doit être juste bien enterrée, avec quelques centimètres de terre au-dessus.
Semailles conseille de recouvrir les caïeux de 2 à 3 cm de terre ; la RHS indique environ 2,5 cm au-dessus de la pointe.
Donc pas besoin de creuser jusqu’en Australie.
😂
Un petit trou.
La gousse.
Pointe en haut.
Quelques centimètres de terre.
Puis on tasse légèrement avec la main.
Si la terre est déjà humide et que les pluies d’automne sont présentes…
probablement pas beaucoup.
L’ail supporte beaucoup mieux un léger manque d’eau en hiver qu’une terre détrempée.
En pot, il faudra évidemment surveiller davantage parce que le substrat peut sécher plus vite.
Mais nous ne cherchons jamais à maintenir la terre trempée.
Humide, oui. Marécageuse, non.
nous attendons.
Voilà peut-être la partie la plus difficile avec les enfants. 😂
Nous venons de planter quelque chose.
Nous avons refermé la terre.
Et…
rien.
Pas de tomate à ramasser.
Pas de fleur.
Pas même forcément une feuille immédiatement.
C’est justement ce qui rend cette culture si intéressante.
Le titre de notre expérience pourrait donner l’impression que la gousse restera complètement invisible jusqu’au mois de mars.
Pas forcément.
Selon la date de plantation, la variété et la douceur de l’automne, une petite pousse peut apparaître avant l’hiver.
Ce n’est pas automatiquement le signe que nous avons raté quelque chose. Les recommandations agronomiques signalent que des pousses d’ail peuvent parfois émerger avant les vrais froids sans que cela détruise nécessairement la culture.
Donc si, en novembre, quelqu’un crie :
« MAMAN ! L’AIL EST SORTI ! »
😂
nous pouvons simplement aller regarder.
J’aimerais garder une vraie trace de cette culture.
Pas une fiche compliquée.
Une photographie.
Octobre : la plantation.
Photographions :
la tête entière ;
les gousses séparées ;
la plus grosse choisie ;
puis la terre refermée.
À côté, on peut poser une petite règle ou simplement la main de l’enfant pour garder une idée de l’échelle.
Et écrire la date.
C’est tout.
Lorsqu’une première pousse apparaît.
Peut-être avant l’hiver.
Peut-être plus tard.
Nous ne décidons pas de la date à l’avance.
La plante décidera pour nous.
Et c’est exactement ce que j’aime dans un journal de nature ou de jardin.
Il ne s’agit pas de compléter une fiche parce que c’est mardi.
Nous revenons parce que quelque chose s’est réellement passé.
Voilà la question parfaite.
Nous ne pouvons pas déterrer notre ail toutes les deux semaines pour vérifier.
Ce serait légèrement contre-productif. 😂
Nous devons donc apprendre à imaginer à partir de ce que nous savons.
À la base du caïeu, des racines se développent.
Elles permettront à la plante d’aller chercher eau et nutriments.
La gousse sert de réserve.
Puis le froid participe à la préparation du futur développement du bulbe.
Tout cela se déroule…
sans spectacle.
Une très jolie leçon sur les phénomènes invisibles.
Je crois que le jardinage apprend quelque chose de particulièrement précieux aux enfants — et peut-être encore davantage aux adultes :
on ne peut pas toujours accélérer le résultat en intervenant davantage.
Nous avons planté.
Nous avons choisi le bon emplacement.
La terre n’est pas détrempée.
Maintenant…
il faut laisser faire.
Sortir la gousse pour regarder si elle a des racines n’aidera pas.
Ajouter de l’eau chaque jour n’aidera pas.
La déplacer trois fois n’aidera pas.
Certaines choses ont simplement besoin de temps.
Et cette fois, la croissance devient beaucoup plus visible.
Des feuilles longues et vertes apparaissent.
Elles ressemblent un peu à celles d’autres membres de la grande famille des Allium :
oignons ;
poireaux ;
ciboulette ;
échalotes.
Car notre ail appartient lui aussi à cette famille.
On peut même en froisser très légèrement une feuille entre les doigts lorsqu’elle est suffisamment développée…
et retrouver cette odeur caractéristique.
Le jardin vient soudain rappeler la cuisine.
Au printemps, prenons exactement le même angle si possible.
C’est là que le projet devient vraiment joli.
Octobre :
presque rien.
Printemps :
des feuilles.
Puis quelques semaines plus tard :
des feuilles beaucoup plus grandes.
Une même petite zone photographiée plusieurs fois raconte beaucoup mieux la croissance qu’une série de jolies images prises au hasard.
On peut planter un bâton gradué à côté.
Ou utiliser une petite règle lors des photographies.
5 cm.
12 cm.
25 cm.
Et tout à coup…
notre projet de jardinage devient également un peu mathématique.
Sans fiche.
Sans exercice inventé.
La plante nous donne elle-même quelque chose à mesurer.
Pendant que nous observons surtout les feuilles…
le véritable trésor se prépare en dessous.
Le caïeu planté ne reste pas simplement une grosse gousse qui grossit.
Un nouveau bulbe se forme et se divise progressivement en plusieurs caïeux.
Voilà le moment extraordinaire de l’expérience.
Nous avons mis une seule gousse dans la terre.
Et nous espérons retrouver une tête entière.
On plante une graine de haricot.
Puis un plant porte plusieurs gousses.
Chaque gousse contient plusieurs graines.
On plante une gousse d’ail.
Puis une tête entière se forme.
On plante une pomme de terre.
Puis on peut récolter plusieurs tubercules.
Voilà de vraies situations pour parler de multiplication, de cycle de vie et de reproduction végétale…
sans commencer par une leçon abstraite.
Là encore :
pas automatiquement.
L’ail n’aime pas l’excès d’eau.
Semailles indique qu’en culture extérieure, l’arrosage devient surtout utile en cas de sécheresse pendant la période où les bulbes grossissent, notamment au printemps.
En pot, nous surveillerons davantage puisque le volume de terre est réduit.
Le test le plus simple reste souvent :
regarder ;
toucher la surface ;
observer la météo.
Plutôt que suivre :
« mardi = arrosage »
même lorsqu’il pleut depuis trois jours. 😂
Elles méritent d’être retirées régulièrement autour des plants.
L’ail n’occupe pas énormément d’espace avec son feuillage et apprécie peu d’être concurrencé.
Voilà encore une tâche parfaitement accessible avec des enfants :
repérer la plante que nous voulons garder…
et apprendre que tout ce qui pousse autour d’elle n’est pas nécessairement « mauvais », mais peut entrer en compétition pour l’espace, l’eau et les ressources.
Nous allons devoir attendre beaucoup plus longtemps qu’une laitue.
Un ail planté en automne se récolte généralement à partir de la fin du printemps et pendant l’été, souvent autour de juin-juillet selon la variété et les conditions.
Le signal arrive dans le feuillage :
les feuilles commencent à jaunir et à se dessécher.
Et c’est assez merveilleux.
En octobre, nous regardions la terre.
Au printemps, nous attendions les feuilles vertes.
Puis, au moment où ces feuilles commencent justement à perdre leur belle apparence…
quelque chose nous dit :
regarde dessous.
Au moment de récolter, mieux vaut ameublir délicatement la terre autour du bulbe avec une petite fourche ou un outil adapté.
Puis soulever.
Parce que le vrai moment de surprise arrive là.
Nous connaissions la gousse que nous avions plantée.
Mais nous n’avons encore jamais vu la tête qu’elle a fabriquée.
Combien de caïeux ?
Quelle taille ?
Est-elle bien ronde ?
Ressemble-t-elle à celle du départ ?
Je crois que celle-là sera la préférée.
😂
Octobre :
une gousse.
Été :
une tête.
Posons-la exactement à côté d’une gousse fraîche.
Et regardons.
Ce n’est pas un dessin explicatif.
C’est notre propre récolte.
Si l’on souhaite le conserver, il faut ensuite le laisser sécher — ou ressuyer — dans un endroit sec, aéré et protégé de l’humidité.
La peau extérieure devient plus sèche.
Les feuilles aussi.
Puis il pourra être conservé dans de bonnes conditions. La RHS recommande justement de faire sécher les bulbes après récolte avant leur stockage.
Notre projet commencé en octobre ne se termine donc même pas au moment où nous sortons l’ail du sol.
Il y a encore :
la récolte ;
le séchage ;
puis enfin…
la cuisine.
Alors notre expérience n’aura pas échoué.
Peut-être que :
le caïeu était petit ;
le sol trop humide ;
le pot trop étroit ;
l’exposition insuffisamment ensoleillée ;
la variété moins adaptée ;
ou simplement la saison différente de ce que nous espérions.
Le jardinage n’est pas une machine dans laquelle :
gousse + terre = résultat exactement identique à la photographie du catalogue.
Et je trouve cela particulièrement précieux à apprendre.
Une seule page peut nous accompagner pendant tous ces mois.
Octobre — Plantation
Date.
Nombre de gousses.
Météo.
Pot ou pleine terre.
Première pousse
Date.
Hauteur.
Printemps
Quelques mesures.
Une photographie.
Début d’été
Le feuillage change-t-il ?
Récolte
Date.
Nombre de caïeux dans la tête.
Et voilà.
Presque une année scolaire entière racontée par une gousse d’ail.
Si nous avons un jardin, j’aime l’idée de planter plusieurs caïeux en pleine terre…
et un seul dans un grand pot, spécialement pour l’observation.
Il devient facile à photographier.
À mesurer.
À montrer.
À retrouver.
Et si nous recommençons l’expérience l’année suivante, nous pourrons comparer.
Même date ?
Même croissance ?
Même météo ?
Même récolte ?
Le jardin commence doucement à devenir un lieu où l’on accumule de vraies observations.
Voilà peut-être ce que j’avais le plus envie de découvrir.
L’automne n’est pas uniquement la période où nous :
arrachons ;
nettoyons ;
ramassons ;
rangeons ;
fermons.
Nous pouvons également :
planter.
Et le geste possède quelque chose de très différent des semis printaniers.
Au printemps, tout semble annoncer la croissance.
La lumière revient.
Les bourgeons éclatent.
Les oiseaux chantent.
En octobre, nous faisons presque l’inverse.
Nous enfouissons quelque chose au moment où le monde visible ralentit.
Il faut donc une forme de confiance.
Une gousse disparaît.
Nous refermons la terre.
Puis l’hiver arrive.
Et pendant longtemps, nous ne récoltons absolument rien.
C’est un drôle de contrat.
😂
Mais peut-être précisément l’un des plus beaux du jardin.
Parce qu’il apprend que certains gestes n’ont pas besoin de récompense immédiate.
Nous pouvons faire aujourd’hui quelque chose…
dont le résultat appartient déjà à une autre saison.
Avec de jeunes enfants, six ou huit mois représentent une durée immense.
« En été, nous récolterons cet ail »
est presque abstrait.
Alors utilisons justement les saisons comme repères.
Nous le plantons lorsque les feuilles commencent à tomber.
Il passe l’hiver dehors.
Au printemps, il pousse beaucoup.
Et lorsque l’été arrive…
nous regardons ce qui s’est formé sous la terre.
Tout à coup, le calendrier n’est plus uniquement une suite de cases.
Il devient une histoire végétale.
Il n’y avait presque rien à faire.
Une tête d’ail.
Quelques gousses.
Un peu de terre.
Un trou.
La pointe tournée vers le ciel.
Puis nos mains ont refermé le sol.
Et voilà.
Notre récolte d’été vient peut-être de commencer…
au moment même où le jardin semble entrer dans sa période la plus calme.
C’est cela que j’aime particulièrement dans cette première expérience de jardinage d’automne.
Elle inverse notre regard.
Octobre n’est plus seulement la fin de quelque chose.
Il peut être un commencement invisible.
Pendant que nous rentrerons davantage dans la maison, que les arbres perdront leurs feuilles et que les jours continueront à raccourcir, quelques racines pourront tranquillement s’installer sous la terre.
Puis un jour…
un petit trait vert apparaîtra.
Et nous saurons exactement ce qu’il signifie.
Quelque part dessous se trouve toujours la gousse que nous avons enterrée avec nos doigts en octobre.
Mais elle ne sera déjà plus tout à fait la même.
À bientôt sous le tilleul 🌿