Il vient de pleuvoir.
Le chemin est encore mouillé, quelques gouttes restent accrochées aux feuilles et, juste devant nous, se trouve une magnifique flaque d'eau.
Nous, adultes, la voyons et pensons immédiatement :
« Attention, contourne-la ! »
L'enfant, lui, semble recevoir un message tout à fait différent :
« SAUTE DEDANS ! » 😂
Et avant même que nous ayons terminé notre phrase…
SPLASH !
Les bottes sont dans l'eau, les éclaboussures montent jusqu'aux genoux et le pantalon que nous avions naïvement espéré garder propre vient probablement de vivre ses dernières secondes de tranquillité.
Puis l'enfant recommence.
Une fois.
Deux fois.
Dix fois.
Et il rit toujours autant.
Mais qu'y a-t-il donc de si extraordinaire dans une simple flaque ?
Beaucoup de choses, finalement.
Car lorsque nous regardons cette scène avec les yeux de l'enfant, nous découvrons que sauter dans une flaque est une formidable expérience sensorielle, motrice et scientifique.
Et tout cela se produit sans fiche, sans consigne et sans matériel particulier.
Seulement avec un enfant, une paire de bottes…
et beaucoup d'eau !!!
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Imagine un instant tout ce qu'un enfant peut ressentir lorsqu'il entre dans une flaque.
Il entend le bruit de l'eau.
Il voit les gouttes jaillir.
Il sent la résistance de l'eau autour de ses bottes.
Le sol peut être plus mou sous ses pieds.
L'eau bouge lorsqu'il bouge.
Parfois, une goutte froide arrive même sur son visage.
Tout son corps participe à l'expérience.
Les jeunes enfants découvrent énormément le monde par leurs sens et par leurs mouvements.
Toucher, manipuler, courir, grimper, transvaser, écraser, sauter…
Ce ne sont pas simplement des façons de se défouler.
Ce sont aussi des manières d'explorer leur environnement.
Et une flaque offre une quantité étonnante de sensations pour quelque chose qui, à nos yeux d'adultes, n'est finalement qu'un peu d'eau sur le chemin.😉
Il y a aussi dans cette activité une formidable découverte de la cause et de l'effet.
L'enfant pose doucement son pied dans l'eau.
Quelques petites ondulations apparaissent.
Il tape plus fort.
L'eau éclabousse.
Il saute avec les deux pieds.
SPLASH !
Une énorme éclaboussure !
Alors il recommence.
Et contrairement à ce que nous pourrions penser, cette répétition n'est pas forcément vide de sens.
L'enfant expérimente.
Que se passe-t-il si je saute plus haut ?
Et si je tape seulement avec un pied ?
Et si je cours avant de sauter ?
Et si la flaque est plus profonde ?
Il modifie une action et observe le résultat.
À sa manière, il fait déjà quelque chose qui ressemble beaucoup à une petite démarche scientifique :
j'agis → j'observe → je recommence autrement.
Évidemment, lui ne pense probablement pas :
« Je vais maintenant étudier les conséquences de la variation de la force exercée sur cette masse d'eau. » 😂
Il pense plutôt :
« ENCORE ! »
Mais son corps, lui, apprend!
Voilà encore quelque chose que l'enfant découvre très vite.
Certaines flaques sont minuscules.
D'autres très larges.
Certaines sont à peine profondes.
D'autres engloutissent presque les bottes.
Certaines ont un fond dur.
D'autres cachent de la boue.
Et l'enfant commence peu à peu à adapter ses mouvements.
Peut-il enjamber celle-ci ?
Doit-il faire un grand saut pour atteindre l'autre côté ?
Jusqu'où peut-il avancer ?
Pourquoi l'eau arrive-t-elle plus haut sur sa botte à cet endroit ?
Sans sortir un mètre ou parler de centimètres, il rencontre déjà des notions de taille, de distance, de profondeur, de volume et d'espace.
Il les rencontre d'abord avec son corps.
Et c'est souvent ainsi que commencent les apprentissages les plus solides.
Sauter dans une flaque paraît extrêmement simple lorsque l'on sait déjà le faire.
Pour un jeune enfant, pourtant, c'est tout un travail !
Il faut prendre appui.
Plier les jambes.
Propulser son corps.
Décoller les deux pieds.
Puis retrouver son équilibre à l'arrivée.
Et lorsque le sol est mouillé, boueux ou irrégulier, il faut encore adapter sa posture.
Sauter, courir, s'arrêter, repartir, essayer de viser le centre de la flaque ou au contraire de franchir celle-ci contribuent ainsi au développement de la motricité globale, de la coordination et de l'équilibre.
Une promenade après la pluie peut donc devenir un formidable terrain de mouvement!
J'aime également ce que les flaques peuvent changer dans notre rapport à la météo.
Nous avons facilement tendance à classer les journées en deux catégories :
beau temps = on sort
et
pluie = on reste à l'intérieur.
Pourtant, une fois correctement équipés, les enfants peuvent découvrir que la nature après la pluie possède une atmosphère complètement différente.
Les odeurs sont plus fortes.
Les couleurs paraissent parfois plus profondes.
Des escargots apparaissent.
Les gouttes restent suspendues aux toiles d'araignée.
La terre devient boueuse.
Les petits ruisseaux gonflent.
Et les flaques deviennent des terrains de jeu.
L'enfant apprend alors quelque chose de précieux :
il n'existe pas qu'une seule façon de profiter de l'extérieur.
Le soleil offre certaines expériences.
La pluie en offre d'autres.
Et si, avant de sauter dedans, nous prenions parfois quelques secondes pour la regarder ?
Une flaque peut refléter les nuages.
Les arbres.
Notre propre visage.
Une feuille peut flotter à sa surface.
Le vent peut y créer de minuscules mouvements.
Une goutte de pluie qui tombe forme des cercles qui s'agrandissent.
Avec un bâton, on peut créer des vagues.
Avec une feuille, improviser un petit bateau.
Et soudain, ce que nous considérions comme une simple accumulation d'eau devient un petit laboratoire à ciel ouvert.
On peut demander :
« Qu'est-ce que tu vois dans l'eau ? »
« Que se passe-t-il lorsque tu poses cette feuille dessus ? »
« Tu crois que cette flaque est profonde ? »
Mais nous pouvons aussi ne rien demander du tout.
Parce que parfois, observer l'enfant expérimenter librement est encore plus intéressant que de guider son exploration.
Voilà probablement la partie où notre âme de parent hésite légèrement.
Parce que la poésie de l'enfance sous la pluie est tout de suite moins évidente lorsque nous imaginons :
le pantalon trempé,
les chaussettes mouillées,
la boue,
et la machine à laver qui nous attend à la maison. 😂
Il ne s'agit évidemment pas de laisser un enfant se tremper n'importe quand ni dans n'importe quelles conditions.
Mais lorsque c'est possible, anticiper peut permettre de dire oui plus facilement.
Une paire de bottes.
Un pantalon imperméable.
Un manteau adapté.
Éventuellement quelques vêtements de rechange dans le sac.
Et soudain, la flaque n'est plus une catastrophe potentielle.
Elle devient une activité gratuite offerte par la météo.
Laisser expérimenter ne signifie pas supprimer les limites.
On évitera naturellement les flaques situées sur la chaussée, les eaux stagnantes dont on ignore la provenance, les zones polluées ou les endroits où le fond pourrait cacher quelque chose de dangereux.
Et une flaque très profonde n'est évidemment pas la même chose qu'une petite flaque rencontrée sur un chemin.
L'adulte reste là pour observer l'environnement et poser les limites nécessaires.
Le jeu libre n'est pas un jeu sans cadre.
C'est un espace de liberté à l'intérieur d'un environnement suffisamment sûr.
Je crois que c'est peut-être ce que j'aimerais retenir de ces fameuses flaques.
Dans la vie d'un enfant, il existe énormément de :
« Ne touche pas. »
« Ne monte pas là. »
« Attention. »
« Ne te salis pas. »
Et beaucoup de ces limites sont évidemment nécessaires.
Mais lorsqu'il n'y a pas de véritable danger et que les circonstances le permettent, il peut être agréable de se demander :
« Est-ce que je peux dire oui, cette fois ? »
Oui, tu peux marcher dans la boue.
Oui, tu peux toucher cette feuille mouillée.
Oui, tu peux sauter dans cette flaque.
Oui, même si ton pantalon ne sera probablement plus très présentable dans cinq minutes. 😂
Parce que derrière ces vêtements sales se cache parfois un enfant qui vient d'expérimenter le monde avec tout son corps.
C'est une tentation que nous pouvons facilement avoir lorsque nous découvrons tout ce qu'une activité permet d'apprendre.
Puisque la flaque permet d'explorer la profondeur, l'équilibre, la physique et les sensations…
profitons-en pour faire une activité éducative !
Mais justement, non.
Pas forcément.
L'enfant n'a pas besoin qu'on lui explique tout ce qu'il est en train d'apprendre.
Nous pouvons connaître, nous adultes, la richesse de ce qui se joue…
et lui laisser simplement le plaisir de jouer.
C'est même ce que je trouve merveilleux dans le jeu libre.
Les apprentissages existent sans qu'il soit nécessaire de les annoncer.
Un enfant n'a pas besoin de savoir qu'il travaille sa coordination.
Il saute.
Il n'a pas besoin de savoir qu'il expérimente la causalité.
Il éclabousse.
Il n'a pas besoin de savoir qu'il compare des profondeurs.
Il cherche la plus grosse flaque.
Et il apprend quand même.😉
Peut-être avons-nous parfois tendance, en devenant adultes, à ne plus voir une flaque que comme quelque chose qu'il faut contourner.
L'enfant, lui, y voit encore une invitation.
Une occasion de courir.
De sauter.
De faire du bruit.
De tester son équilibre.
De découvrir jusqu'où l'eau va monter sur ses bottes.
De regarder les cercles formés par les gouttes.
Et surtout…
de rire très fort lorsqu'une énorme éclaboussure jaillit autour de lui.
Alors oui, il faudra probablement changer le pantalon.
Peut-être même les chaussettes.
Et il y aura certainement quelques traces de boue dans l'entrée.
Mais certains jours, cela vaut peut-être largement un :
SPLASH !
À bientôt sous le tilleul 🌿
P.S : Et pourquoi les enfants seraient-ils les seuls à avoir le droit d'essayer ?😁