Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Aujourd’hui, nous allons faire des mathématiques.
Il nous faut :
quelques pommes ;
trois poires ;
des pommes de terre ;
deux paniers ;
une balance ;
quelques petits papiers ;
et…
😂
Pas de fiche.
Pas de ligne de chiffres à compléter.
Pas même nécessairement de crayons pour commencer.
Nous allons simplement ouvrir, au milieu de la maison…
Et derrière ce jeu de marchande apparemment tout simple vont se cacher :
compter ;
trier ;
comparer ;
constituer des quantités ;
peser ;
reconnaître des nombres ;
additionner ;
soustraire ;
manipuler de la monnaie ;
résoudre de petits problèmes.
Le plus joli ?
Pour les enfants, tout cela aura soudain une raison d’exister.
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Pas besoin d’acheter un coffret spécial « marchande pédagogique ».
Regardons ce que nous avons déjà.
Quelques pommes dans le compotier ?
Des poires ?
Des pommes de terre ?
Des oignons ?
Parfait.
Nous pouvons aussi compléter avec les aliments factices de la dinette.
Et si nous n’avons presque rien ?
Quelques noix, marrons non comestibles réservés au jeu, petites boîtes vides propres ou légumes en bois peuvent devenir nos marchandises.
L’objectif n’est surtout pas de recréer un supermarché miniature avec quarante-sept références.
😂
Pour de jeunes enfants, cinq ou six sortes de produits suffisent largement.
Sur une petite table ou une étagère basse, disposons par exemple :
un panier de pommes ;
quelques poires ;
des pommes de terre ;
des oignons ;
quelques noix ;
une petite courge si nous en avons une.
Ajoutons deux ou trois paniers pour faire les courses.
Et c’est déjà une épicerie.
Les enfants peuvent d’ailleurs participer à son installation.
Avant même d’avoir commencé à compter…
nous sommes déjà en train de classer.
Avec les plus petits, je commencerais là.
Pas de monnaie.
Pas d’addition.
Pas d’étiquette « 2 € ».
Simplement :
Un enfant devient marchand.
L’autre client.
Puis on échange.
— Bonjour madame, je voudrais une pomme, s’il vous plaît.
Le marchand cherche…
et donne une pomme.
Puis :
— Je voudrais deux poires.
Une.
Deux.
Les nombres ne sont plus une récitation.
Voilà notre première véritable activité mathématique.
Demandons :
une pomme ;
deux pommes ;
trois pommes.
Selon l’âge et les capacités de l’enfant, nous pouvons rester très longtemps avec de toutes petites quantités.
Et c’est très bien.
Réciter :
« un, deux, trois, quatre, cinq… »
et être capable de donner exactement trois objets sont deux compétences différentes.
Dans notre épicerie, l’enfant découvre progressivement que le dernier nombre prononcé correspond à la quantité totale.
Il y en a trois.
Et s’il nous en donne quatre ?
Pas besoin de dire immédiatement :
« Non, c’est faux. »
Comptons ensemble.
Une…
deux…
trois…
quatre.
Et voilà déjà un petit problème mathématique.
Notre livraison vient d’arriver.
Catastrophe.
😂
Toutes les marchandises sont mélangées dans un grand panier.
Demandons aux enfants de préparer l’étal.
Les pommes ensemble.
Les poires ensemble.
Les pommes de terre ensemble.
Les oignons ensemble.
Cela paraît évident à un adulte.
Mais pour un petit enfant, trier consiste à repérer une propriété commune et à construire des catégories.
Nous pouvons ensuite changer la règle.
Les fruits d’un côté.
Les légumes de l’autre.
Les gros aliments ici.
Les petits là.
Les rouges.
Les verts.
Et voilà comment le même panier peut produire plusieurs classements différents.
Voilà probablement mon accessoire préféré pour cette activité.
😍
Une petite balance à plateaux permet de rendre visible quelque chose d’assez abstrait :
Mettons une pomme d’un côté.
Une poire de l’autre.
Que va-t-il se passer ?
Avant de les poser, demandons :
Puis observons.
Le plateau descend.
L’autre monte.
Et immédiatement, le poids devient quelque chose que l’enfant voit.
Voilà maintenant que notre épicerie se transforme discrètement en laboratoire.
😂
Essayons :
une grosse pomme contre deux petites ;
une poire contre une pomme de terre ;
trois noix contre une pomme ;
deux oignons contre une poire.
Avant chaque comparaison :
Puis vérifions.
Et surtout, laissons-nous surprendre.
Parce que les mathématiques deviennent particulièrement intéressantes lorsque la réponse n’est pas exactement celle que nous avions imaginée.
Lorsque les enfants commencent à reconnaître quelques chiffres, nous pouvons ajouter de petites étiquettes.
Pas forcément des prix.
Simplement :
1
2
3
Puis proposons une mission.
L’étiquette 2 est placée devant un panier.
Combien de pommes faut-il y mettre ?
Deux.
L’étiquette 3 ?
Trois.
Nous faisons ainsi le lien entre :
le mot trois ;
le symbole 3 ;
et une collection réelle de trois objets.
Trois représentations d’une même quantité.
Voilà une variante que j’aime énormément.
Pour les enfants qui ne lisent pas encore, dessinons ou photographions les aliments.
Par exemple :
🍎 🍎
🍐
🥔 🥔 🥔
Le client doit revenir avec :
2 pommes ;
1 poire ;
3 pommes de terre.
Il doit donc regarder.
Compter.
Se souvenir de ce qu’il a déjà pris.
Vérifier.
Et lorsqu’il revient à la caisse…
le marchand contrôle la commande.
😂
Écoutons tout le vocabulaire qui apparaît naturellement :
plus ;
moins ;
autant ;
beaucoup ;
peu ;
lourd ;
léger ;
grand ;
petit ;
un de plus ;
encore deux ;
il en manque un ;
il y en a trop.
Ce sont déjà des mots mathématiques.
Et lorsqu’ils sont utilisés dans une situation concrète, leur sens devient beaucoup plus facile à saisir.
Pas tout de suite pour les plus petits.
Pour eux, quelques grosses pièces factices peuvent simplement servir au jeu symbolique :
— Ça coûte une pièce.
— Voilà.
— Merci beaucoup.
Pas besoin de leur expliquer la valeur réelle de l’euro s’ils n’en sont pas encore là.
Mais avec un enfant plus grand…
notre petite épicerie peut soudain changer complètement de niveau.
Commençons très simplement.
Une pomme : 1 €
Une poire : 2 €
Une petite courge : 3 €
Puis :
L’enfant peut manipuler les pièces.
Une pièce.
Encore une.
Nous passons alors du nombre comme quantité d’objets au nombre comme valeur.
Et cela change beaucoup de choses.
Nous pouvons progressivement proposer :
2 pommes à 1 € chacune + 1 poire à 2 €.
Combien coûte le panier ?
Ou :
Cette fois, l’addition et la soustraction répondent à une vraie question.
L’enfant ne calcule pas :
10 - 7
parce qu’une fiche lui demande de remplir une case.
Il calcule parce que…
Et le client commence à s’impatienter.
😂
Voilà une activité formidable pour un enfant plus grand.
Plutôt que de lui donner uniquement des problèmes déjà rédigés…
demandons-lui d’en inventer.
Le prix total ?
Le nombre de fruits ?
Combien il resterait de pommes dans le magasin ?
Combien de pièces faudrait-il ?
Soudain, l’enfant doit comprendre la structure du problème, pas seulement chercher l’opération attendue.
C’est probablement ce que je préfère dans cette petite épicerie.
Nous pouvons avoir autour du même étal :
un tout-petit qui transporte les pommes ;
un enfant qui en compte trois ;
un autre qui lit les étiquettes ;
et un plus grand qui calcule la monnaie.
Mais ils ne font absolument pas les mêmes mathématiques.
Et personne n’a besoin d’être mis à l’écart parce que l’activité est « trop facile » ou « trop difficile ».
Nous changeons simplement la mission.
Pour un très jeune enfant :
mettre les pommes dans le panier ;
transporter ;
vider ;
remplir ;
regrouper les objets semblables ;
jouer au marchand.
Il découvre déjà énormément.
Lorsque le comptage commence :
Puis deux.
Puis trois.
Pas besoin d’aller immédiatement jusqu’à dix.
Trois objets réellement compris valent bien davantage qu’une comptine numérique récitée jusqu’à vingt sans lien avec les quantités.
Ajoutons :
des étiquettes numériques ;
des listes illustrées ;
de petites commandes ;
des comparaisons de quantités.
La balance entre en scène.
Puis, avec un enfant plus avancé, nous pouvons utiliser une vraie balance de cuisine.
Une pomme pèse :
___ g
Trois pommes :
___ g
Peut-on préparer exactement 500 g de pommes de terre ?
Cette fois, nous entrons dans les mesures.
Prix.
Addition.
Soustraction.
Multiplication simple.
Monnaie à rendre.
Budget.
Et voilà notre petite marchande devenue une véritable situation mathématique.
Les deux.
Les vrais aliments apportent quelque chose de merveilleux :
leur poids réel ;
leurs différences ;
leurs imperfections ;
leurs odeurs ;
leurs tailles.
Deux pommes ne sont jamais exactement identiques.
Et justement…
Mais les aliments factices sont extrêmement pratiques pour laisser l’épicerie installée plusieurs jours.
Nous pouvons donc mélanger.
Quelques vrais fruits du moment pendant l’activité.
Puis la dinette reprend leur place lorsque nous avons terminé.
Parce que sacrifier huit poires pendant une semaine entière à la pédagogie n’est peut-être pas notre meilleure stratégie anti-gaspillage.
😂
Voilà comment donner encore davantage de sens à notre épicerie.
Les pommes achetées deviennent une compote.
Les poires rejoignent le goûter.
Les pommes de terre accompagnent le dîner.
Les oignons entrent dans la soupe.
L’enfant découvre ainsi que ces objets qu’il a :
comptés ;
pesés ;
classés ;
vendus…
Les mathématiques rejoignent la vie quotidienne.
Nous pourrions être tentés de créer une épicerie absolument magnifique.
Étiquettes imprimées.
Petits panneaux.
Caisse fabriquée.
Produits parfaitement alignés.
Mini sacs personnalisés.
Et trois heures plus tard…
nous avons réalisé une superbe activité Pinterest que les enfants n’ont encore jamais touchée.
😂
Essayons l’inverse.
Posons les paniers.
Sortons les aliments.
Et demandons :
Les enfants peuvent décider où vont les marchandises.
Dessiner les étiquettes.
Choisir qui tient la caisse.
Préparer les sacs.
Leur épicerie sera peut-être beaucoup moins esthétique.
Mais elle sera…
Une balance de cuisine déjà présente à la maison.
Des paniers.
Quelques papiers.
Un crayon.
De vraies pièces observées avec un grand enfant ou de la monnaie factice pour jouer.
Des aliments que nous allons de toute façon manger.
Et c’est pratiquement tout.
Si nous possédons déjà une balance à plateaux, elle est merveilleuse pour les comparaisons.
Sinon…
inutile d’acheter immédiatement quelque chose.
L’activité fonctionne déjà sans elle.
Et voilà ce qui me plaît particulièrement.
Nous pouvons refaire exactement cette activité plusieurs fois dans l’année…
sans jamais avoir exactement le même magasin.
Au début de l’automne :
pommes ;
poires ;
pommes de terre ;
oignons.
Plus tard, d’autres récoltes prendront davantage de place.
Au printemps et en été, l’étal changera encore.
Notre épicerie devient ainsi discrètement un calendrier alimentaire.
Les enfants découvrent non seulement les nombres…
mais aussi que les rayons de la nature ne sont pas identiques douze mois par an.
Nous cherchons parfois très loin comment rendre les apprentissages « concrets ».
Nous achetons du matériel.
Imprimons des fiches.
Inventons des situations.
Alors qu’au fond de la cuisine…
trois poires attendaient tranquillement.
😂
Parce que les nombres sont déjà partout.
Dans les pommes que nous mettons dans un panier.
Dans le poids des pommes de terre.
Dans les deux pièces que nous devons donner.
Dans celle que le marchand doit rendre.
Dans les quatre poires demandées alors qu’il n’en reste que trois.
Et voilà.
Une soustraction vient d’apparaître au milieu de la cuisine.
Pas parce qu’un adulte a décidé qu’aujourd’hui serait « la leçon sur la soustraction ».
Mais parce que quelqu’un voulait quatre poires.
C’est peut-être cela que j’aime le plus dans les mathématiques manipulées.
Avant d’être des symboles dans un cahier, les nombres ont servi à répondre à de vraies questions :
Combien ?
Lequel est le plus lourd ?
En avons-nous assez ?
Combien cela coûte ?
Combien reste-t-il ?
Alors ouvrons notre petite épicerie.
Laissons les enfants remplir les paniers.
Peser.
Compter.
Se tromper.
Recompter.
Et rendre parfois 8 € sur un achat de 2 € payé avec une pièce de 5.
😂
Nous corrigerons tranquillement.
Après tout…
À bientôt sous le tilleul 🌿