Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Depuis plusieurs mois, je vous emmène à la découverte de ces femmes et de ces hommes qui ont profondément marqué l'histoire de l'éducation.
Chacun possède sa sensibilité.
Chacun éclaire une facette différente de l'enfance.
Après avoir rencontré Janusz Korczak, Emmi Pikler, Célestin Freinet, Ovide Decroly, Friedrich Fröbel, Antoine de La Garanderie ou encore Charlotte Mason, il était presque impossible de poursuivre ce voyage sans nous arrêter auprès de l'une des pédagogues les plus célèbres au monde :
Maria Montessori.
Son nom est aujourd'hui partout.
Sur des écoles.
Des livres.
Des jouets.
Des tours d'observation.
Des lits posés au sol.
Et parfois même sur des objets qui semblent être devenus « Montessori » simplement parce qu'ils sont fabriqués en bois clair.
😂
Mais derrière cette immense popularité se cache une pensée beaucoup plus profonde.
Car Maria Montessori n'a pas commencé par inventer une collection de matériel pédagogique.
Elle a commencé par…
Longuement.
Attentivement.
Et ce qu'elle a vu l'a conduite à bouleverser la place traditionnellement accordée à l'adulte dans l'éducation.
L'enfant n'est plus seulement celui à qui l'on apprend.
Il devient celui qui se construit lui-même, à travers son activité et ses expériences.
Une phrase associée à sa pédagogie résume merveilleusement cette idée :
« Aide-moi à faire seul. »
Quelques mots seulement.
Mais derrière eux se trouve presque toute une manière de regarder l'enfance.
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Maria Montessori naît en Italie, à Chiaravalle, en 1870.
À une époque où les études supérieures restent difficiles d'accès aux femmes, elle choisit une voie inhabituelle.
Elle étudie la médecine et devient médecin.
Son parcours l'amène notamment à travailler auprès d'enfants alors considérés comme déficients et placés dans des institutions.
Elle s'intéresse aux travaux de Jean-Marc Itard et d'Édouard Séguin et commence à expérimenter du matériel permettant aux enfants de manipuler, d'exercer leurs sens et d'agir davantage par eux-mêmes.
Mais un tournant décisif arrive quelques années plus tard.
En 1907, dans le quartier populaire de San Lorenzo à Rome, Maria Montessori ouvre la première Casa dei Bambini, la « Maison des enfants ».
Elle y travaille cette fois avec de jeunes enfants et aménage pour eux un environnement dans lequel le mobilier, les objets et les activités sont pensés à leur échelle.
Puis elle observe.
Encore et encore.
Elle retire certaines activités.
En conserve d'autres.
Modifie l'environnement.
Regarde ce que choisissent spontanément les enfants.
Et peu à peu se dessinent les grands principes de ce qui deviendra la pédagogie Montessori.
Voilà peut-être le premier grand bouleversement.
Maria Montessori ne considère pas l'enfant comme un être passif attendant que l'adulte lui transmette tout ce qu'il doit savoir.
Elle observe au contraire que l'enfant possède une activité spontanée qui participe directement à son développement.
Il veut toucher.
Transporter.
Répéter.
Classer.
Verser.
Marcher.
Parler.
Explorer.
Comprendre.
Et parfois recommencer exactement la même chose trente-sept fois alors que l'adulte avait personnellement compris le principe dès la deuxième.
😂
Mais justement.
Cette répétition n'est pas forcément inutile.
L'enfant est en train de construire quelque chose.
Un geste.
Une coordination.
Une compréhension.
Une compétence.
Le rôle de l'adulte devient alors moins celui de faire apprendre à tout prix que celui de créer les conditions permettant à l'enfant d'agir et d'apprendre.
C'est probablement la formule la plus célèbre associée à Montessori.
Et aussi l'une des plus belles.
Elle ne signifie pas :
😂
Elle signifie presque exactement l'inverse.
L'adulte est présent.
Il prépare.
Il montre.
Il accompagne.
Il sécurise.
Puis, lorsqu'il sent que l'enfant peut essayer…
Un enfant veut verser son eau ?
Plutôt que de lui dire qu'il est trop petit et de verser systématiquement à sa place, nous pouvons lui proposer un petit pichet contenant une quantité raisonnable.
Il renverse ?
Nous lui montrons comment essuyer.
Il recommence.
Petit à petit, ce qui nécessitait l'intervention permanente de l'adulte devient une compétence appartenant réellement à l'enfant.
Maria Montessori accordait une place essentielle à cette conquête progressive de l'indépendance.
Voilà un principe Montessori qui me semble particulièrement beau.
Si nous répétons toute la journée :
« Ne touche pas. »
« Attends, je vais le faire. »
« C'est trop haut. »
« Tu es trop petit. »
peut-être que le problème ne vient pas toujours de l'enfant.
Peut-être vient-il parfois…
😂
Dans une ambiance Montessori, l'espace est préparé pour favoriser autant que possible l'activité autonome.
Des objets accessibles.
Du mobilier adapté.
Du matériel ordonné.
Une place identifiable pour chaque chose.
Des activités que l'enfant peut prendre puis ranger.
L'environnement devient presque un éducateur silencieux.
À la maison, cela ne signifie évidemment pas transformer toutes les pièces en classe Montessori.
Quelques petits changements suffisent parfois.
Un crochet à hauteur d'enfant.
Un petit panier pour ses chaussures.
Un verre accessible.
Un chiffon qu'il peut prendre lorsqu'il renverse.
Une petite cruche adaptée à ses mains.
Une étagère où quelques activités sont présentées clairement.
Tout à coup, la maison ne dit plus constamment :
Elle commence à dire :
Verser de l'eau.
Laver une table.
Transvaser.
Plier.
Balayer.
Boutonner.
Prendre soin d'une plante.
Mettre la table.
Se laver les mains.
Pour nous, adultes, ces gestes sont tellement ordinaires que nous les accomplissons presque sans les voir.
Pour un petit enfant…
ils sont extraordinaires.
😍
Il suffit parfois de sortir un petit pichet pour constater que remplir trois verres possède mystérieusement davantage d'intérêt qu'une montagne de jouets.
😂
Maria Montessori donne à ces activités de vie pratique une véritable valeur éducative.
Elles permettent notamment à l'enfant d'exercer ses mouvements, sa coordination, son attention et son indépendance.
Ce n'est donc pas simplement :
« faire participer l'enfant aux corvées ».
Il est en train de développer des capacités qui lui serviront bien au-delà de l'activité elle-même.
Chez Montessori, la main occupe une place extraordinaire.
L'enfant ne découvre pas uniquement le monde en l'écoutant être expliqué.
Il le découvre…
Toucher.
Déplacer.
Comparer.
Emboîter.
Classer.
Verser.
Construire.
Compter avec des objets.
Tracer.
Manipuler.
Maria Montessori considérait les mains comme des instruments essentiels de l'intelligence.
Et cela change complètement notre façon d'aborder certains apprentissages.
Avant d'écrire une quantité sur une feuille, nous pouvons la manipuler.
Avant d'apprendre seulement le nom d'une forme, nous pouvons la toucher.
Avant de comprendre abstraitement une mesure, nous pouvons comparer.
L'abstraction arrive.
Mais elle peut être précédée par l'expérience concrète.
Impossible de parler de Montessori sans parler du fameux matériel.
Tour rose.
Escalier marron.
Barres rouges.
Lettres rugueuses.
Cadres d'habillage.
Matériel de numération…
Mais attention.
Un jouet ne devient pas Montessori simplement parce qu'il est en bois, photographié devant un mur beige et accompagné d'une branche d'eucalyptus.
😂
Le matériel développé dans cette pédagogie répond à des objectifs précis.
Il est présenté selon une certaine progression.
Certains matériels isolent une difficulté particulière.
Beaucoup permettent à l'enfant de repérer lui-même certaines erreurs plutôt que d'attendre constamment qu'un adulte lui dise :
« C'est faux. »
Cette possibilité de contrôler progressivement son propre travail est une dimension importante de l'approche.
Voilà justement une idée que j'aime énormément.
Lorsqu'un enfant travaille et que l'adulte surveille chaque geste :
« Non. »
« Pas comme ça. »
« Attention. »
« Tu t'es trompé. »
l'enfant finit parfois par regarder davantage le visage de l'adulte que ce qu'il est en train de faire.
Il cherche l'approbation.
Dans l'approche Montessori, on essaie autant que possible de permettre à l'enfant de constater lui-même certaines erreurs et de recommencer.
Il devient progressivement capable de se demander :
plutôt que :
Et ce changement est immense.
C'est peut-être l'un des principes Montessori les plus difficiles à appliquer.
😂
Parce que lorsqu'un enfant essaie quelque chose…
nous savons.
Nous savons comment mettre la chaussure.
Comment verser l'eau.
Comment ouvrir la boîte.
Comment emboîter la pièce.
Et notre main d'adulte commence presque spontanément à avancer vers lui.
Mais avait-il réellement demandé de l'aide ?
Montessori accorde une place fondamentale à l'observation.
L'adulte regarde.
Essaie de comprendre ce dont l'enfant a besoin.
Intervient lorsque c'est nécessaire.
Mais apprend aussi…
L'éducateur Montessori est ainsi conçu comme un guide qui observe l'enfant et sert de lien entre lui et l'environnement préparé.
Certains jeunes enfants veulent mettre absolument tout en ordre.
D'autres sont fascinés par les minuscules objets.
Certains absorbent les mots à une vitesse incroyable.
D'autres répètent inlassablement les mêmes mouvements.
Maria Montessori a décrit des périodes sensibles, durant lesquelles l'enfant manifeste une réceptivité particulièrement forte à certains aspects de son environnement.
Plutôt que de lutter systématiquement contre ces élans, l'adulte peut les observer et proposer un environnement qui y répond.
Cela ne signifie évidemment pas qu'il existe un calendrier rigide disant :
mardi à 10 h 42 commence la période sensible du rangement.
😂
Chaque enfant reste singulier.
Mais l'idée nous invite à regarder autrement ses intérêts intenses :
Maria Montessori utilise également une expression devenue célèbre :
Elle observe que, durant les premières années, l'enfant apprend d'une manière extraordinaire.
Personne ne lui donne un cours magistral de langue maternelle.
Et pourtant…
il écoute.
Observe.
Absorbe.
Puis parle.
Il absorbe également les gestes, les habitudes, les comportements et la culture du milieu dans lequel il grandit.
Pour Montessori, les premières années occupent ainsi une place fondamentale dans le développement humain.
Cette idée nous rappelle quelque chose d'assez vertigineux :
Il existe toute la journée.
Dans notre façon de parler.
De ranger.
De prendre soin des choses.
De résoudre un conflit.
D'accueillir une erreur.
D'utiliser les objets du quotidien.
L'enfant regarde beaucoup plus que nous ne l'imaginons.
Voilà une confusion fréquente.
Une pédagogie qui respecte le choix de l'enfant ne signifie pas :
Dans un environnement Montessori, liberté et cadre vont ensemble.
L'enfant peut choisir une activité parmi celles qui lui sont accessibles.
Il peut travailler à son rythme.
Répéter.
Se concentrer.
Mais cette liberté existe dans un environnement organisé et avec des limites liées notamment au respect de soi, des autres et de l'espace commun.
La liberté n'est donc pas l'absence de cadre.
Elle est la possibilité d'agir à l'intérieur d'un cadre suffisamment sécurisant pour permettre l'autonomie.
Imaginons un enfant qui verse des lentilles d'un petit récipient dans un autre.
Il est totalement absorbé.
Nous arrivons derrière lui.
😂
Nous voulions enrichir l'activité.
Nous venons peut-être surtout…
de casser sa concentration.
Dans l'approche Montessori, cette concentration spontanée possède une immense valeur.
Lorsqu'un enfant travaille profondément, l'adulte apprend à protéger ce moment plutôt qu'à l'interrompre constamment.
Parfois, accompagner signifie donc simplement…
Et pour nous autres adultes enthousiastes, ce n'est pas toujours l'exercice le plus facile.
😂
L'image populaire de Montessori reste très liée à la petite enfance.
Les pichets.
Les transvasements.
La tour rose.
Les lettres rugueuses.
Pourtant, Maria Montessori a pensé le développement de la naissance jusqu'à l'âge adulte, en distinguant plusieurs grandes périodes.
À partir de six ans, par exemple, l'imagination, le raisonnement et la curiosité pour le fonctionnement du monde prennent une importance particulière.
L'éducation Montessori des plus grands s'ouvre alors largement à :
l'histoire ;
les sciences ;
la géographie ;
la culture ;
les grandes questions humaines.
Nous sommes très loin de la seule petite étagère de transvasement.
Je ne pratique pas une pédagogie Montessori « pure ».
J'aime découvrir différentes approches et emprunter à chacune ce qui résonne avec notre famille.
Mais je reconnais retrouver chez Maria Montessori beaucoup de choses qui ont naturellement trouvé leur place sous notre tilleul.
Les petits pichets.
Les activités de vie pratique.
Les objets à hauteur d'enfant.
La manipulation avant l'abstraction.
Le soin apporté à l'environnement.
Le matériel proposé progressivement plutôt que tout sortir en même temps.
L'observation.
La répétition.
Et surtout…
Même lorsqu'il va moins vite que nous.
Même lorsque quelques gouttes d'eau finissent sur la table.
Même lorsqu'il met trois minutes à enfiler une chaussure que nous aurions mise en douze secondes.
Parce que ces trois minutes lui appartiennent.
Il n'est pas nécessaire de posséder une classe entière de matériel Montessori.
Bien souvent, quelques changements dans notre manière d'accompagner l'enfant suffisent :
Et surtout…
avant d'acheter un nouveau matériel estampillé « Montessori », nous pouvons parfois simplement regarder autour de nous.
La cuisine contient déjà énormément d'occasions d'apprendre.
La salle de bain aussi.
Le jardin.
Le linge.
La table du repas.
La vie quotidienne est remplie de gestes que l'enfant rêve souvent de conquérir.
Plus d'un siècle après l'ouverture de la première Maison des enfants, la pensée de Maria Montessori continue de voyager dans le monde entier.
Et je crois que son actualité ne vient pas uniquement de son matériel.
Elle vient d'une question beaucoup plus profonde :
Lorsque nous cessons de confondre aider et faire à sa place ?
Lorsque nous préparons son environnement plutôt que de lui demander constamment de s'adapter à un monde conçu pour des adultes ?
Lorsque nous considérons son activité non comme une occupation…
mais comme une manière de se construire ?
C'est peut-être là que Montessori reste la plus moderne.
Lorsque je pense à Maria Montessori, je n'imagine finalement pas une étagère parfaite remplie de matériel.
J'imagine quelque chose de beaucoup plus simple.
Un petit enfant devant une table.
Un pichet entre les mains.
Il verse de l'eau dans son verre.
Un peu tombe à côté.
L'adulte le voit.
Pendant une seconde, sa main avance presque toute seule.
Puis elle s'arrête.
L'enfant pose son pichet.
Regarde la petite flaque.
Prend le chiffon placé à sa hauteur.
Et essuie.
Personne n'applaudit.
Personne ne lui donne une note.
Personne ne lui explique qu'il vient de travailler sa motricité fine, sa coordination œil-main, son autonomie et son sens de l'ordre.
😂
Il recommence simplement.
Et peut-être que toute la pensée de Maria Montessori tient quelque part dans cette scène.
L'adulte était là.
Il avait préparé l'environnement.
Il avait montré le geste.
Il aurait pu faire plus vite.
Mais cette fois…
Parce qu'éduquer ne signifie pas toujours ajouter quelque chose.
Parfois, cela consiste à préparer soigneusement le chemin…
puis à laisser suffisamment de place pour que l'enfant puisse y avancer lui-même.
À bientôt sous le tilleul 🌿