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Créer une “étagère du passage de saison” : seulement 5 œuvres pour accompagner la bascule entre septembre et octobre

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Le calendrier affiche aujourd’hui 1er octobre.

Et pourtant, si je regarde dehors, le monde ne s’est évidemment pas réveillé ce matin entièrement repeint en orange.

Les arbres n’ont pas tous rougi pendant la nuit. Les grosses écharpes ne sont pas encore indispensables. Les citrouilles n’ont pas envahi mystérieusement chaque rebord de fenêtre. Et je refuse pour l’instant d’accepter l’idée que toute boisson consommée après le 30 septembre doive obligatoirement contenir de la cannelle. 😂

Le début d’octobre est beaucoup plus subtil que cela.

Il reste encore quelque chose de septembre.

Une certaine lumière.

Des après-midi qui peuvent être doux.

Des feuillages encore largement verts.

Des jardins qui n’ont pas complètement renoncé à l’été.

Et pourtant, quelque chose a changé.

Le soir arrive plus tôt. On referme davantage les fenêtres. On recommence à remarquer la lumière d’une lampe dans une pièce. On a envie de lire un peu plus longtemps, de remettre une musique calme, de préparer le dîner alors qu’il fait déjà presque sombre dehors.

Nous ne sommes plus vraiment en septembre.

Mais nous ne sommes pas encore dans l’automne profond.

Alors j’ai eu envie d’inventer une petite chose toute simple :

une étagère du passage de saison.

Pas une immense sélection culturelle d’automne.

Pas « 50 films à regarder absolument en octobre ».

Pas vingt albums jeunesse, quinze romans et une playlist de huit heures qui finira oubliée au bout de trois jours. 😂

Seulement cinq œuvres.

Un livre.

Un album jeunesse.

Un film.

Une musique.

Une œuvre d’art.

Cinq compagnons choisis pour ce moment précis de l’année.

Et peut-être pourrons-nous recommencer à la fin du mois.

Parce que notre culture aussi peut suivre le paysage.

Ce que nous avons envie de lire le 1er octobre n’est pas forcément ce que nous aurons envie de lire le 28.

Le livre : September, de Rosamunde Pilcher

Commençons justement par… septembre.

Cela pourrait sembler étrange pour une étagère installée le premier jour d’octobre.

Je trouve au contraire que c’est exactement le bon moment.

September, de Rosamunde Pilcher, nous emmène en Écosse, parmi les collines, les maisons de famille, les retrouvailles, les souvenirs et les relations humaines qui se croisent autour de la préparation d’un grand bal.

L’atmosphère appartient précisément à cette période où l’été n’a pas encore complètement disparu mais où l’on sent déjà que quelque chose se retire.

Et c’est exactement ce que je cherche aujourd’hui.

Pas encore un roman de tempête, de feu de cheminée et de novembre battu par la pluie.

Un roman de seuil.

Quelque chose qui garde encore dehors des collines, des chemins et une lumière douce, tout en nous ramenant lentement vers les maisons, les histoires de famille et les conversations.

Il y a quelque chose d’assez joli à commencer octobre avec un livre intitulé September.

Comme lorsque l’on quitte une pièce mais que l’on garde quelques secondes la main sur la poignée.

Septembre n’a pas disparu parce que minuit a sonné.

Il se retire lentement.

Et lire peut aussi servir à observer cela.

L’album jeunesse : La fête d’automne de la famille Souris, de Kazuo Iwamura

Pour les enfants, j’avais envie d’un album qui dise :

« Regardons ce qui change dans la forêt. »

et non :

« Attention, c’est octobre, voici immédiatement quinze citrouilles, un fantôme et une sorcière. » 😂

Alors je retrouve avec bonheur l’univers de Kazuo Iwamura.

Dans La fête d’automne de la famille Souris, toute la famille part à la recherche de Pierrot, qui a disparu dans la forêt.

Mais cette recherche devient surtout l’occasion d’entrer dans un monde minuscule rempli de sous-bois, de végétation, de champignons et de détails que l’on pourrait facilement ne pas remarquer si l’on marchait trop vite.

Les illustrations d’Iwamura ont justement cette qualité que j’aime tant avec de jeunes enfants : elles donnent envie de regarder longtemps.

On observe les troncs.

Le sol.

Les plantes.

Les petites bêtes.

Les champignons.

Les couleurs.

Les minuscules gestes de la vie quotidienne.

L’automne n’est pas une décoration ajoutée autour de l’histoire.

C’est un milieu dans lequel les personnages vivent.

Et au début d’octobre, les champignons sont une merveilleuse porte d’entrée dans la saison.

On peut lire l’album puis, lors d’une promenade, simplement regarder le sol autrement.

Pas besoin de partir en cueillette — identifier correctement les champignons demande de véritables connaissances et certains sont toxiques.

Mais on peut observer.

Photographier.

Comparer les formes.

Regarder sous quels arbres ils apparaissent.

Découvrir qu’il existe des champignons avec des lamelles, des tubes ou des silhouettes complètement étonnantes.

Et soudain, un album jeunesse vient de modifier notre façon de marcher dans un bois.

C’est exactement ce que j’attends d’une œuvre placée sur cette étagère.

Le film : Vous avez un mess@ge, de Nora Ephron

Pour le film, je voulais quelque chose qui donne envie de passer une soirée à l’intérieur…

mais sans quitter complètement la lumière du dehors.

Et je crois que Vous avez un mess@ge est presque parfait pour cela.

Le film de Nora Ephron, sorti en 1998, nous emmène dans l’Upper West Side à New York.

Kathleen Kelly, interprétée par Meg Ryan, tient une petite librairie jeunesse appelée The Shop Around the Corner, héritée de sa mère.

Non loin de là, Joe Fox, joué par Tom Hanks, appartient à une famille qui ouvre une immense librairie de chaîne susceptible de faire disparaître la petite boutique.

Dans la vie réelle, ils deviennent adversaires.

Mais sans connaître leurs véritables identités, ils échangent parallèlement des courriels et développent peu à peu une relation intime derrière leurs écrans.

Et dès le début du film, il y a cette atmosphère que j’associe tellement au passage entre septembre et octobre.

Les rues encore agréables.

Les promenades.

Les arbres qui commencent doucement à changer.

Les cafés.

Les vitrines.

Les livres.

Cette sensation de rentrée qui n’est plus tout à fait celle de l’école, mais plutôt celle d’un monde qui recommence à se rassembler à l’intérieur.

Le film possède d’ailleurs l’une de ces petites phrases devenues presque un symbole de l’automne new-yorkais : cette idée d’un bouquet de crayons fraîchement taillés.

C’est délicieux parce que cela ne parle ni de citrouille ni de feuilles mortes.

Et pourtant, immédiatement, on comprend la saison.

Des crayons neufs.

Une librairie.

Une légère fraîcheur dehors.

Une envie de recommencer quelque chose.

J’aime particulièrement que la librairie de Kathleen soit une librairie pour enfants.

Ce choix n’était pas seulement décoratif : Delia Ephron a expliqué que sa sœur Nora et elle avaient grandi avec un amour très profond de la littérature jeunesse. Nora Ephron tenait également à ce que la boutique donne l’impression d’un véritable lieu qui connaissait et respectait l’histoire des livres pour enfants. Meg Ryan et Heather Burns travaillèrent même quelque temps dans la librairie new-yorkaise Books of Wonder afin que leurs gestes de libraires paraissent naturels à l’écran.

Tout cela donne au film quelque chose de particulièrement chaleureux.

Il y a les livres que l’on recommande.

Les enfants auxquels on raconte une histoire.

Les habitués que l’on connaît.

Les vitrines.

Les piles d’ouvrages.

Le plaisir de retrouver un endroit qui appartient presque autant au quartier qu’à son propriétaire.

Mais le film parle aussi de changement.

La petite librairie doit affronter une immense enseigne.

Internet entre dans les maisons.

On commence à créer des relations derrière un écran.

Le New York des petites boutiques se transforme.

Et il y a quelque chose d’assez beau à regarder aujourd’hui un film de 1998 qui trouvait déjà le monde moderne étonnamment nouveau.

On entend presque le modem se connecter rien qu’en y pensant. 😂

Le film traverse plusieurs saisons, mais son début possède vraiment cette lumière particulière que je cherchais pour notre étagère.

Le début de l’automne comme saison des livres et des recommencements.

Pas encore le temps de s’enfermer.

Plutôt celui de marcher dehors avec une veste légère, puis d’entrer dans une librairie parce que la lumière commence à baisser.

Et je trouve que cela correspond merveilleusement au tout début d’octobre.

 

La musique : Tchaïkovski, Octobre – Chant d’automne

( Vidéo en fin d'article )

Voilà peut-être le choix qui représente le mieux le passage entre les deux mois.

Entre 1875 et 1876, Piotr Ilitch Tchaïkovski compose Les Saisons, douze petites pièces pour piano, une pour chaque mois de l’année.

Et rien que le passage de septembre à octobre raconte déjà quelque chose.

Septembre est associé à La Chasse.

Octobre devient Chant d’automne.

Septembre regarde encore dehors.

Octobre commence à rentrer en lui-même.

La pièce possède quelque chose de lent, de chantant et légèrement mélancolique.

Pas une tristesse pesante.

Plutôt cette sensation très particulière que produit parfois l’automne lorsque nous voyons quelque chose de beau précisément parce que nous savons que cela ne durera pas.

Une feuille jaune parmi dix feuilles vertes.

Puis deux.

Puis cinq.

Une lumière magnifique à dix-huit heures que l’on sait déjà absente quelques semaines plus tard.

Une saison en train de changer devant nous.

J’aime beaucoup l’idée d’écouter cette pièce une seule fois, vraiment.

Pas en bruit de fond pendant que l’on fait huit autres choses.

Quelques minutes.

Assise.

Avec les enfants éventuellement, sans exiger le silence religieux d’une salle de concert.

On peut simplement demander ensuite :

« Est-ce que cette musique vous faisait penser plutôt à une journée chaude ou fraîche ? »

« Est-ce qu’elle avançait vite ou lentement ? »

« Est-ce qu’elle vous faisait penser à quelque chose qui commence ou à quelque chose qui finit ? »

Il n’existe pas de bonne réponse.

C’est aussi cela, découvrir la musique.

Apprendre progressivement à entendre ce qu’elle fait naître en nous.

L’œuvre d’art : Saison d’octobre, récolte des pommes de terre, de Jules Bastien-Lepage

Et enfin, je voulais une peinture.

J’aurais pu choisir un tableau extraordinaire rempli d’arbres flamboyants.

Mais il aurait été tellement facile de retomber immédiatement dans notre automne de carte postale.

Alors j’ai préféré une œuvre beaucoup plus terre à terre.

Au sens propre. 😂

Saison d’octobre, récolte des pommes de terre, de Jules Bastien-Lepage.

Le peintre français, né en Lorraine au XIXe siècle, s’est beaucoup intéressé au monde rural qu’il connaissait depuis son enfance.

Dans cette œuvre peinte en 1878, il représente précisément la récolte des pommes de terre.

Et voilà un autre automne.

Pas celui que l’on achète dans un magasin de décoration.

Celui que la terre impose.

Octobre est aussi un mois où l’on récolte.

Où l’on arrache.

Où l’on ramasse.

Où l’on conserve.

Où l’on commence à penser aux mois durant lesquels le sol donnera moins.

Dans le tableau, les couleurs sont relativement sourdes.

Le ciel prend beaucoup de place.

Les personnages travaillent près du sol.

Il n’y a pas besoin d’ajouter trois couronnes de feuilles, sept bougies et un plaid beige pour comprendre la saison.

Elle est là.

Dans la lumière.

Dans la terre retournée.

Dans le geste répété.

Dans ce que les mains récoltent avant l’hiver.

Et je trouve cette œuvre particulièrement intéressante à montrer aux enfants parce qu’elle peut ouvrir quantité de petites conversations.

Comment récolte-t-on une pomme de terre ?

Pourquoi pousse-t-elle sous terre ?

À quelle époque les pommes de terre sont-elles arrivées en Europe ?

Comment les familles conservaient-elles autrefois les récoltes ?

Quels légumes récolte-t-on encore chez nous en octobre ?

Une peinture peut devenir une porte vers l’histoire, l’agriculture, la botanique et la vie quotidienne.

Sans fiche pédagogique.

Simplement parce qu’une question en appelle une autre.

 

Une étagère culturelle n’a même pas besoin d’être une vraie étagère

Évidemment, je parle d’« étagère » mais elle peut parfaitement être symbolique.

Le roman peut attendre sur une table de nuit.

L’album jeunesse rejoindre le panier de livres du salon.

Le tableau peut être observé dans un livre, un catalogue de musée ou quelques minutes sur un écran.

La musique peut être notée sur un petit papier.

Le film peut attendre un soir tranquille.

Il ne s’agit pas de fabriquer une nouvelle installation parfaite dans la maison.

Encore moins d’acheter cinq objets parce que nous sommes le 1er octobre.

On peut emprunter.

Chercher à la bibliothèque.

Réutiliser ce que l’on possède.

Regarder une œuvre dans les collections numériques d’un musée.

Écouter.

Relire.

Redécouvrir.

Ce qui compte n’est pas l’étagère.

C’est le geste de choisir peu.

 

Et si nous changions notre culture avec le paysage ?

C’est peut-être l’idée que j’ai le plus envie de conserver.

Nous avons pris l’habitude d’organiser énormément de choses par grandes saisons.

Les films d’automne.

Les livres d’automne.

Les recettes d’automne.

La décoration d’automne.

Mais une saison dure trois mois.

Et trois mois, dans la nature, c’est immense.

Le 1er octobre ne ressemble pas au 1er décembre.

Il ne ressemble même pas au 31 octobre.

Au début du mois, beaucoup d’arbres sont encore verts.

Plus tard viendront les grands feuillages colorés.

Puis les branches se dégarniront.

La lumière descendra.

Les soirées s’allongeront.

Nos envies changeront avec elles.

Alors pourquoi regarder exactement les mêmes films, lire les mêmes histoires et écouter la même musique pendant trois mois ?

Je crois que j’aimerais désormais constituer plusieurs petites étagères de saison.

Une pour le passage de septembre à octobre.

Une autre lorsque l’automne sera réellement flamboyant.

Peut-être une encore lorsque novembre dépouillera les arbres et que nous entrerons dans cette étrange saison grise, silencieuse et magnifique que l’on oublie parfois entre Halloween et Noël.

Notre paysage culturel pourrait ainsi évoluer au même rythme que celui derrière la fenêtre.

 

🌿 Le petit défi sous le tilleul

Choisir cette semaine une seule œuvre parmi les cinq.

Pas les cinq.

Une.

Lire quelques pages de September.

Observer longuement une double page de Kazuo Iwamura.

Regarder Vous avez un mess@ge.

Écouter quelques minutes de Tchaïkovski.

Ou ouvrir Saison d’octobre de Bastien-Lepage et essayer d’en remarquer cinq détails avant même de lire quoi que ce soit sur le tableau.

Puis regarder dehors.

Et se demander simplement :

qu’est-ce qui, autour de moi, appartient encore à septembre… et qu’est-ce qui annonce déjà octobre ?

 

Sous le tilleul 🌿

J’aime de plus en plus cette idée que vivre les saisons ne consiste pas à courir devant elles.

Il n’est pas nécessaire que tout devienne immédiatement orange parce que le calendrier vient de tourner une page.

Le monde naturel possède son propre rythme.

Les feuilles changent arbre après arbre.

Les soirées raccourcissent minute après minute.

Les récoltes se succèdent.

Une veste ressort d’une armoire.

Un livre reste un peu plus longtemps ouvert le soir.

Et peut-être que la culture peut nous aider à remarquer ces passages minuscules.

Aujourd’hui, sur notre étagère imaginaire, septembre n’a pas encore complètement disparu.

Il reste dans un roman écossais.

Octobre entre doucement dans la forêt de Kazuo Iwamura.

Il se promène dans les rues new-yorkaises avant de pousser la porte d’une petite librairie.

Il devient mélodie sous les doigts d’un pianiste.

Puis il finit les mains dans la terre avec les récolteurs de Bastien-Lepage.

Cinq œuvres seulement.

Mais peut-être suffisamment pour apprendre à regarder un mois non comme une décoration toute faite…

mais comme un paysage qui commence.

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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