Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Nous marchons dehors.
Le ciel paraît presque vide.
Quelques nuages.
Un avion très haut.
Peut-être une hirondelle sur un fil.
Et pourtant, quelque chose d'immense est en train de se produire au-dessus de nous.
Des millions d'oiseaux voyagent.
Certains ne feront que quelques centaines de kilomètres.
D'autres traverseront des pays entiers.
Certains franchiront la Méditerranée.
D'autres poursuivront jusqu'en Afrique subsaharienne.
Et nous pouvons passer sous cette gigantesque autoroute aérienne…
sans même nous en rendre compte.
Alors aujourd'hui, sortons une grande carte.
Quelques fils.
Cinq petites images d'oiseaux.
Et posons une question toute simple :
qui voyage au-dessus de nos têtes en septembre ?
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Nous associons facilement les migrations au moment où nous apercevons de grandes formations d'oiseaux dans le ciel.
Mais les départs ne commencent pas tous ensemble.
Certains migrateurs prennent la route alors que nous sommes encore en été.
D'autres passent principalement en septembre.
D'autres encore seront particulièrement visibles en octobre ou novembre.
Aves décrit ainsi la migration automnale comme une succession d'espèces qui s'étale du cœur de l'été jusqu'en novembre. En Wallonie, septembre constitue une période particulièrement riche en diversité de migrateurs.
La migration n'est donc pas :
« Le 23 septembre, tout le monde part vers le sud ! »
😂
C'est plutôt une immense vague qui se déploie pendant plusieurs mois.
Voilà la première question à poser aux enfants.
Pourquoi quitter un endroit où l'on a réussi à vivre tout l'été ?
Peut-être répondront-ils :
« Parce qu'il fait froid. »
C'est une partie de l'histoire…
mais elle est incomplète.
Pour beaucoup d'espèces, l'enjeu essentiel est aussi la disponibilité de la nourriture.
Les insectes deviennent moins nombreux.
Certaines ressources saisonnières disparaissent.
Les journées raccourcissent.
Les conditions de vie changent.
Partir permet alors de rejoindre des régions où l'oiseau pourra trouver les ressources dont il a besoin pendant cette partie de l'année.
Voilà qui semble presque magique.
Personne n'annonce à une hirondelle :
« Attention, dernier appel pour l'Afrique, embarquement porte 17. »
😂
Les oiseaux possèdent des mécanismes biologiques qui participent au déclenchement de la migration.
La variation de la durée du jour joue notamment un rôle important chez de nombreuses espèces.
Et cela crée un merveilleux lien avec notre expérience sur l'équinoxe.
Hier, nous observions les journées raccourcir.
Aujourd'hui, nous découvrons que cette modification de la lumière fait partie des signaux saisonniers auxquels le vivant répond.
Astronomie et ornithologie viennent de se rencontrer.
Prenons :
une grande carte d'Europe et d'Afrique ;
de la ficelle ou de la laine ;
quelques épingles ou morceaux de pâte adhésive ;
cinq petites images d'oiseaux.
Plaçons un repère :
📍 Wallonie – Belgique
Ce sera notre point de départ.
Puis choisissons nos voyageurs.
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Elle est parfaite pour commencer parce que les enfants la connaissent souvent.
Elle a passé la belle saison dans nos régions.
Mais à l'approche de l'automne, beaucoup d'hirondelles européennes entreprennent un immense voyage vers l'Afrique.
Sur notre carte, faisons donc descendre un fil :
Belgique → Europe du Sud → Afrique → régions situées au sud du Sahara
Pas besoin de prétendre représenter la route exacte d'un individu.
Notre fil raconte une idée :
cet oiseau minuscule peut parcourir des milliers de kilomètres.
Regardons ensuite sa taille.
Puis la distance.
Cela suffit généralement à provoquer un :
« QUOI ?! »
😂
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Voilà un rapace particulièrement intéressant.
Son nom nous donne déjà un indice sur son alimentation : elle consomme notamment beaucoup de larves d'hyménoptères.
Lorsque cette ressource devient beaucoup moins disponible chez nous, rester pendant l'hiver devient compliqué.
Les bondrées européennes migrent vers l'Afrique subsaharienne.
Ajoutons donc un deuxième grand fil vers l'Afrique.
Mais comparons maintenant nos deux oiseaux :
une hirondelle ;
un rapace.
Morphologie différente.
Alimentation différente.
Manière de voler différente.
Et pourtant :
deux grands voyageurs.
Les suivis ornithologiques wallons montrent bien le passage automnal de rapaces migrateurs ; les données historiques d'Aves signalent notamment des bondrées encore en migration en septembre.
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Elle est beaucoup plus discrète que sa cousine blanche.
Elle niche notamment dans de grands massifs forestiers et certaines cigognes noires wallonnes sont aujourd'hui suivies grâce à des balises GPS.
Aves a ainsi documenté le suivi de cigognes noires nicheuses dans le massif de Saint-Hubert : certaines ont été équipées de balises permettant de recueillir des informations extrêmement précises sur leurs déplacements.
Voilà quelque chose de formidable à raconter aux enfants :
nous ne sommes plus obligés d'imaginer seulement où va l'oiseau. Dans certains programmes scientifiques, nous pouvons suivre ses déplacements.
Sur notre carte, ajoutons donc une troisième route vers l'Afrique.
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Et voilà que notre carte devient plus intéressante.
Parce que tous les migrateurs ne font pas nécessairement :
Belgique → Afrique profonde.
L'alouette des champs est bien présente dans les passages migratoires d'automne observés dans nos régions ; Aves cite notamment l'espèce parmi celles particulièrement abondantes en passage automnal dans les Hauts-Pays.
Selon leur origine et les conditions, les mouvements peuvent être beaucoup plus courts que ceux de nos grands migrateurs transsahariens.
Notre nouveau fil restera donc davantage à l'intérieur de l'Europe occidentale ou vers le sud-ouest européen.
Et notre carte commence à raconter quelque chose d'essentiel :
« migrer » ne signifie pas forcément « aller en Afrique ».
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Les pipits sont intéressants parce qu'ils nous obligent immédiatement à devenir plus précis.
Il n'existe pas simplement :
« le pipit ».
Il existe plusieurs espèces, avec des calendriers et des comportements migratoires différents.
Aves signale notamment différents pipits dans les mouvements automnaux observés en Belgique, avec des passages qui évoluent au fil de la saison.
Plutôt que de prétendre connaître immédiatement chaque petit oiseau qui passe très haut dans le ciel, nous pouvons donc laisser une petite carte :
PIPIT — À IDENTIFIER
Et cela enseigne quelque chose de précieux :
observer la nature, c'est aussi accepter de ne pas savoir.
Regardons maintenant notre carte.
Certains fils s'arrêtent relativement près.
D'autres traversent la Méditerranée.
D'autres encore descendent profondément en Afrique.
Pourquoi ?
Parce que toutes les espèces n'ont pas :
la même alimentation ;
les mêmes besoins ;
les mêmes stratégies ;
la même histoire évolutive ;
ni les mêmes zones d'hivernage.
Et même au sein d'une espèce, les populations et les individus ne se comportent pas nécessairement tous exactement de la même manière.
Notre carte est donc un modèle simplifié.
Elle aide à comprendre.
Elle ne représente pas cinq autoroutes aériennes fixes que chaque oiseau suivrait sagement à la file indienne.
😂
Oui… mais pas comme nos autoroutes.
La géographie influence fortement leur voyage.
Côtes.
Vallées.
Reliefs.
Détroits.
Zones humides.
Certaines espèces utilisent également les courants d'air ascendants pour économiser leur énergie.
Pour de grands planeurs, franchir une vaste étendue de mer peut être beaucoup plus coûteux que pour d'autres oiseaux.
Nous pouvons alors regarder notre carte et chercher :
la Manche ;
les Pyrénées ;
la Méditerranée ;
le détroit de Gibraltar.
Notre activité d'ornithologie devient soudain une activité de géographie.
Pas du tout.
Et voilà peut-être la chose la plus fascinante.
Une partie importante des migrations se déroule alors que nous ne regardons même pas le ciel.
La nuit.
Certains oiseaux migrent principalement ou en partie de nuit.
D'autres voyagent davantage pendant la journée.
Alors, lorsque nous dormons tranquillement sous notre couette…
le ciel peut être parcouru de voyageurs invisibles.
Je trouve cette idée merveilleuse !!!
Les ornithologues qui observent la migration ne reconnaissent pas uniquement les oiseaux à leurs couleurs.
En migration active, les oiseaux peuvent être :
très hauts ;
très rapides ;
mal éclairés ;
ou visibles seulement quelques secondes.
Il faut alors apprendre à utiliser d'autres indices :
la silhouette ;
la manière de voler ;
la taille du groupe ;
la direction ;
et parfois les cris de contact.
Aves souligne justement que l'identification des migrateurs en vol repose souvent sur l'allure, la silhouette et les cris, les détails du plumage étant difficiles à voir.
Autrement dit :
observer les migrations, c'est apprendre à regarder autrement.
Choisissons un matin calme.
Prenons :
des jumelles si nous en possédons ;
un carnet ;
un crayon ;
et éventuellement notre carte.
Puis installons-nous dans un endroit suffisamment dégagé.
Pendant quinze minutes, regardons le ciel.
Pas besoin d'identifier chaque oiseau.
Notons simplement :
heure :
météo :
nombre approximatif :
seul ou en groupe :
direction :
forme du vol :
cri entendu :
espèce, si nous la connaissons :
? si nous ne savons pas.
Le point d'interrogation est parfaitement autorisé.
Il devrait même être l'un des symboles préférés des petits naturalistes.
Prenons une boussole.
Ou utilisons les points cardinaux que nous connaissons.
L'oiseau passe :
nord → sud ?
nord-est → sud-ouest ?
est → ouest ?
Notons une flèche.
Puis recommençons quelques jours plus tard.
Au bout de plusieurs observations, peut-être verrons-nous apparaître une tendance.
Nous fabriquons notre propre petit suivi migratoire.
Voilà une activité particulièrement intéressante avec les plus jeunes.
Nous pouvons noter :
🐦 oiseau seul : I
🐦🐦 petit groupe : IIIII
🐦🐦🐦 grand groupe : environ 20
Nous ne savons pas ce que c'était ?
Ce n'est pas grave.
Nous savons déjà :
qu'ils sont passés ;
combien approximativement ;
à quelle heure ;
dans quelle direction.
Faire de la science ne signifie pas tout reconnaître.
Cela signifie aussi recueillir proprement ce que nous pouvons réellement observer.
Aves, le pôle ornithologique de Natagora, étudie les oiseaux en Wallonie et à Bruxelles et rassemble les observations réalisées notamment par des ornithologues amateurs et professionnels.
Des suivis de migration sont réalisés depuis longtemps en Wallonie, et les données permettent d'étudier les périodes de passage et les effectifs de différentes espèces.
Notre petite feuille posée sur les genoux rejoint donc, à son échelle, une véritable pratique naturaliste :
observer ;
noter ;
comparer ;
recommencer.
Du 3 au 11 octobre 2026, Natagora organise les Journées européennes de la migration en Wallonie et à Bruxelles dans le cadre de l'EuroBirdwatch.
Des bénévoles proposent des activités et des observations consacrées au phénomène migratoire.
Je trouve que ce serait un prolongement formidable après notre carte.
D'abord :
nous cherchons à comprendre à la maison.
Puis :
nous allons rencontrer des personnes qui observent réellement ces voyageurs.
Et surtout…
ne terminons pas notre carte aujourd'hui.
Laissons-la affichée.
Chaque fois que nous découvrons une nouvelle espèce migratrice :
ajoutons son image ;
une petite étiquette ;
un fil ;
sa destination approximative.
Septembre.
Octobre.
Novembre.
Notre carte va progressivement se remplir.
Certains voyageurs seront déjà partis.
D'autres commenceront seulement à passer.
Et nous comprendrons que la migration d'automne n'est pas un événement d'une journée.
C'est une saison entière de mouvements.
Avec les enfants plus grands, fabriquons une petite carte pour chaque espèce :
Nom :
Taille :
Alimentation :
Où niche-t-elle ?
Où passe-t-elle l'hiver ?
Migration plutôt de jour ou de nuit ?
Distance approximative :
Comment la reconnaître en vol ?
Puis plaçons les fiches autour de notre carte.
Nous venons de réunir :
sciences ;
géographie ;
lecture ;
écriture ;
mesures ;
orientation ;
et observation de la nature.
Pas mal pour quelques oiseaux dans le ciel.
😂
Oublions les milliers de kilomètres et les voies migratoires complexes.
Choisissons simplement deux oiseaux.
Par exemple :
l'hirondelle part très loin ;
un autre oiseau reste beaucoup plus près.
Prenons une figurine ou une petite image.
Faisons-la voyager sur la carte.
« Elle habite ici pendant une partie de l'année… puis elle part là. »
Et surtout :
sortons regarder le ciel.
À cet âge, lever les yeux et remarquer qu'un groupe d'oiseaux passe constitue déjà une formidable activité.
Ajoutons une échelle.
Si notre carte possède une échelle utilisable, estimons une distance.
500 km ?
1 500 km ?
5 000 km ?
Puis demandons :
« Combien de fois faudrait-il faire Liège-Bruxelles pour obtenir cette distance ? »
Soudain, « plusieurs milliers de kilomètres » devient beaucoup plus concret.
Nous pouvons aussi comparer :
distance ;
taille de l'oiseau ;
durée approximative du voyage ;
obstacles géographiques.
La carte devient presque un problème de mathématiques vivant.
Nous regardons toujours les oiseaux qui quittent notre région.
Mais l'automne signifie également l'arrivée d'autres oiseaux.
Certains viennent du nord ou de l'est de l'Europe et passent l'hiver plus près de nous.
Voilà une magnifique deuxième partie à ajouter à notre carte en octobre :
Parce qu'un même endroit peut être :
une terre de départ ;
une étape ;
une destination hivernale.
Tout dépend de l'oiseau.
Et soudain, notre petite Belgique n'est plus un point immobile au milieu de la carte.
Elle devient un carrefour.
Lorsque nous pensons au voyage, nous imaginons souvent des valises.
Une gare.
Un avion.
Une carte.
Une route.
Mais en septembre, des voyageurs passent au-dessus de nos maisons sans billet, sans bagage et sans panneau indiquant leur destination.
Certains pèsent quelques dizaines de grammes.
D'autres déploient de grandes ailes.
Certains parcourront une distance qui nous semblerait immense même en voiture.
Et demain matin, pendant que nous préparerons tranquillement le petit-déjeuner…
quelqu'un sera peut-être en train de traverser notre ciel.
Une hirondelle.
Un pipit.
Un rapace.
Un voyageur que nous ne saurons même pas nommer.
Nous pourrions ne pas le remarquer.
Ou nous pourrions lever les yeux.
Puis rentrer.
Chercher une carte.
Tirer un fil entre deux continents.
Et découvrir que notre jardin, notre rue ou notre balcon ne sont pas seulement quelque part en Belgique.
Pendant quelques semaines chaque automne, ils se trouvent aussi…
sur la route.
À bientôt sous le tilleul 🌿