Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il y a une scène que j’aime énormément dans les premiers apprentissages.
Un enfant ne sait pas encore écrire.
Il ne forme pas ses lettres.
Il ne sait pas orthographier « bonjour ».
Il hésiterait probablement beaucoup devant une ligne de cahier.
Et pourtant…
il peut déjà avoir quelque chose à dire à quelqu’un qui n’est pas là.
Alors il dicte :
« Tu écris que je suis allé au parc. Et que j’ai vu un chien. Mais pas le chien qui aboyait très fort, l’autre. Et tu dis aussi que j’ai mangé du gâteau. Et que je l’aime. »
L’adulte écrit.
L’enfant regarde.
Et soudain, une chose assez extraordinaire se produit.
Ses paroles…
restent sur la feuille.
Voilà peut-être l’une des plus belles premières rencontres avec l’écriture.
Pas :
« aujourd’hui nous allons tracer huit boucles entre deux lignes ».
Mais :
« mes mots peuvent aller jusqu’à quelqu’un. »
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Évidemment, apprendre progressivement à contrôler sa main, dessiner, tracer, reconnaître des lettres et écrire son prénom aura toute son importance.
Mais l’entrée dans la culture écrite commence bien avant que l’enfant soit capable de produire lui-même une phrase.
Un tout-petit peut déjà comprendre énormément de choses sur l’écrit.
Il voit que :
les livres racontent quelque chose ;
les listes servent à se souvenir ;
les panneaux donnent une information ;
un prénom désigne quelqu’un ;
un message peut être relu ;
une lettre peut être envoyée.
Il découvre peu à peu que ces petits signes noirs que les adultes regardent très sérieusement…
font quelque chose.
Et c’est peut-être cela le plus important au début.
Imaginons deux situations.
Première :
« Recopie le mot MAMIE. »
Deuxième :
« Qu’est-ce que tu voudrais dire à mamie dans ta lettre ? »
Dans la première, l’objectif est l’écriture elle-même.
Dans la seconde…
l’écriture devient un moyen.
Et pour un jeune enfant, la différence est immense.
Nous écrivons parce que quelqu’un, ailleurs, va lire.
Tout à coup, les mots ont une destination.
C’est justement là que l’adulte intervient.
Cela porte même un nom dans les pratiques de maternelle et d’apprentissage du langage :
la dictée à l’adulte.
L’enfant produit oralement un message.
L’adulte devient temporairement sa main.
Et ce dispositif permet à l’enfant de travailler sur quelque chose de beaucoup plus complexe que son geste graphique :
transformer une pensée orale en texte.
Ce qui n’est pas rien!
Voilà une découverte très amusante à faire avec un enfant.
Il peut commencer ainsi :
« Bah tu lui dis que hier enfin non pas hier l’autre jour on est allé là où y avait tu sais les canards et puis… »
Très naturel à l’oral.
Beaucoup moins simple à mettre tel quel dans une lettre.
😂
L’adulte peut alors demander doucement :
« D’accord. Qu’est-ce qu’on écrit en premier ? »
L’enfant reformule.
« Nous sommes allés voir les canards. »
Et nous venons de faire un petit pas énorme.
Il découvre que l’on peut :
penser ;
dire ;
organiser ;
puis écrire.
C’est tentant.
L’enfant dicte :
« Bonjour mamie. J’ai fait un dessin. J’espère que tu vas bien. Bisous. »
Et nous transformons cela en :
« Ma chère Mamie, j’espère que cette lettre te trouvera en excellente santé… »
😂
Mais alors…
ce n’est plus vraiment sa lettre.
Le rôle de l’adulte est surtout de l’aider à faire exister son message, pas de devenir écrivain fantôme.
On peut accompagner la formulation.
Poser une question.
Relire.
Mais conserver autant que possible :
ses mots ;
ses préoccupations ;
son humour ;
sa logique.
Même si la lettre comporte une information absolument capitale sur une limace observée trois jours auparavant.
Surtout si elle comporte une information capitale sur une limace!
C’est probablement la première question.
Pas forcément :
« Aujourd’hui, nous allons faire de la correspondance. »
Cela ressemble déjà légèrement à un programme scolaire.
😂
Plutôt :
« Tu voudrais envoyer une lettre à quelqu’un ? »
Grand-parent.
Parrain.
Marraine.
Cousin.
Ami.
Quelqu’un que l’enfant aime et qui acceptera, idéalement, de jouer le jeu.
Parce qu’il existe une condition presque magique pour que l’expérience prenne réellement vie :
recevoir une réponse.
Nous pouvons expliquer pendant vingt minutes que l’écriture sert à communiquer.
Ou…
quelques jours plus tard, une enveloppe arrive.
Avec le prénom de l’enfant dessus.
Et là :
« C’EST POUR MOI ?! »
😂
Probablement qu’aucune fiche pédagogique ne pourra rivaliser avec cet instant.
Quelqu’un a reçu ses mots.
Les a lus.
A pensé à lui.
Puis a écrit à son tour.
Le circuit entier devient réel.
Pas besoin d’une leçon sur les conventions épistolaires.
Prenons simplement une enveloppe.
Observons-la.
Il y a :
une personne qui envoie ;
une personne qui reçoit ;
une adresse ;
un timbre ;
quelque chose à l’intérieur.
Et puis une question formidable :
« Comment le facteur sait-il où l’apporter ? »
Nous venons d’ouvrir tout un monde.
Pour l’enfant, une adresse peut sembler être une suite incompréhensible de mots et de chiffres.
Mais elle sert réellement.
Nous pouvons lui montrer :
« Ici, j’écris le nom. Ici la rue. Ici le numéro. Ici la ville. »
Sans attendre qu’il mémorise quoi que ce soit.
L’objectif n’est pas qu’à quatre ans il remplisse lui-même un formulaire administratif belge.
Nous avons encore un peu de temps.
😂
Simplement comprendre :
les mots sur l’enveloppe permettent à la lettre de voyager au bon endroit.
Et là…
acceptons le silence.
Parce qu’un enfant peut avoir parlé sans interruption pendant deux heures…
et répondre soudain :
« Je sais pas. »
😂
Nous pouvons l’aider avec des questions très ouvertes.
« Qu’est-ce que tu aimerais lui raconter ? »
« Est-ce qu’il s’est passé quelque chose que tu voudrais qu’elle sache ? »
« Est-ce que tu veux lui poser une question ? »
Pas besoin de lui fournir tout le contenu.
Et c’est très bien.
Bonjour Papi.
J’ai trouvé une plume.
Est-ce que tu as toujours ton chat ?
Je t’aime.
Bisous.
Voilà.
Une correspondance est née.
Nous n’avons pas besoin de remplir la page A4 jusqu’en bas parce que l’enveloppe nous semble un peu vide.
Et voilà probablement l’un des moments les plus riches.
Écrivons suffisamment lentement pour qu’il puisse observer.
Pas lettre par lettre pendant une heure.
Mais assez pour qu’il voie que :
sa phrase orale devient une ligne ;
les mots sont séparés ;
nous allons de gauche à droite ;
nous descendons lorsque la ligne est terminée.
Nous pouvons même murmurer légèrement en écrivant :
« Tu m’as dit : J’ai trouvé une plume… alors j’écris : J’ai trouvé une plume. »
Sans cours.
Sans fiche.
Sans lui demander ensuite :
« Où est le J ? »
La rencontre peut rester naturelle.
Parce que c’est là que l’enfant découvre une propriété presque magique de l’écrit.
Il a parlé.
Le son a disparu.
Et pourtant…
nous pouvons retrouver exactement ses paroles.
Nous relisons :
« Bonjour Papi. J’ai trouvé une plume… »
Le message revient.
L’enfant comprend progressivement :
ce qui est écrit reste disponible même lorsque personne n’est en train de parler.
C’est gigantesque.
Voilà encore une découverte.
Un texte peut être modifié.
L’enfant peut dire :
« Non, je veux dire que c’était une GRANDE plume. »
Très bien.
Nous ajoutons.
Ou il décide soudain :
« Et dis-lui que j’ai mangé deux biscuits. »
Information diplomatique essentielle.
Nous intégrons.
😂
Je ne corrigerais pas la pensée de l’enfant pour rendre le résultat plus « joli ».
Ce qui compte est que le destinataire puisse comprendre.
Et surtout que l’enfant reconnaisse :
sa parole dans le texte.
Parce que c’est ainsi qu’il découvre que l’écriture peut porter sa propre voix.
Et là…
nous entrons dans son territoire.
Il peut dessiner :
la personne ;
sa maison ;
un animal ;
une scène racontée dans la lettre ;
ou absolument autre chose.
Le destinataire recevra donc :
les mots dictés
et
une production réalisée directement par l’enfant.
La lettre devient vraiment la sienne.
Parfait.
Même si ce sont :
des lignes ;
des pseudo-lettres ;
des formes ;
un prénom partiel ;
une lettre répétée quinze fois.
Nous pouvons lui laisser un endroit pour :
« écrire comme toi tu sais écrire aujourd’hui ».
Pas besoin de corriger.
Ces productions font partie de la construction de l’écrit.
L’enfant expérimente l’idée que :
les marques graphiques peuvent représenter quelque chose.
C’est assez facile.
« Tu veux écrire ton prénom ? »
Très bien.
Puis :
« Allez, encore une fois parce que le A n’est pas très droit. »
Et cinq minutes plus tard, notre jolie correspondance est devenue une évaluation.
😂
Si l’enfant souhaite essayer :
nous l’accompagnons.
S’il préfère faire un soleil et nous laisser signer son prénom :
la poste acceptera probablement quand même le courrier.
Pas besoin de papeterie luxueuse.
Une feuille blanche.
Une jolie feuille légèrement colorée.
Un papier à lettres que nous possédons déjà.
L’enfant peut choisir.
Et ce petit choix lui dit :
« cette lettre est un objet particulier ».
Nous écrivons souvent sur des écrans.
Une lettre papier possède quelque chose de très matériel :
le grain ;
le pli ;
l’enveloppe ;
le timbre ;
la trace du crayon.
Essayez de donner une feuille A4 à un enfant de quatre ans en demandant :
« Plie-la pour qu’elle entre dans l’enveloppe. »
Nous obtenons parfois une œuvre de géométrie contemporaine.
😂
Et c’est très bien.
Nous pouvons simplement l’aider.
Plier une feuille demande :
anticipation ;
coordination ;
observation des dimensions.
Nous sommes déjà en mathématiques sans avoir sorti un seul cahier.
Blanche.
Kraft.
Colorée.
Une petite enveloppe faite maison si nous avons envie.
L’enfant glisse sa lettre.
Et voici un geste que j’aime particulièrement :
fermer l’enveloppe.
Parce qu’à partir de ce moment-là…
le message n’est plus pour nous.
Il appartient au destinataire.
Pour un enfant, le timbre est un objet vraiment étrange.
Nous collons une petite image dans un coin…
et cela suffit pour qu’une lettre traverse parfois tout le pays.
Il y a de quoi être sceptique.
😂
Nous pouvons simplement expliquer :
« Le timbre montre que nous avons payé pour que la poste transporte notre lettre. »
Pas besoin d’un cours sur les tarifs postaux.
Un jour, peut-être.
Aujourd’hui, le timbre a surtout une mission :
faire voyager nos mots.
La République survivra.
😂
Tant qu’il se trouve à un emplacement utilisable et que le courrier peut être traité, pas besoin de transformer cette étape en exercice de précision.
Le petit geste de décoller, humidifier ou coller selon le type de timbre fait partie du plaisir.
Et là, surtout…
ne gardons pas la lettre dans notre sac pendant deux semaines.
La correspondance devient particulièrement puissante lorsque l’enfant accomplit lui-même le dernier geste.
Nous allons jusqu’à :
une boîte aux lettres ;
un bureau de poste ;
ou l’endroit où le courrier peut être déposé.
Puis il glisse l’enveloppe.
Et…
elle disparaît.
Elle est là.
Puis :
clac.
Plus de lettre.
😂
Nous ne pouvons pas la récupérer.
Quelqu’un viendra la chercher.
Elle sera transportée.
Triée.
Amenée ailleurs.
Et un autre être humain l’ouvrira quelques jours plus tard.
Pour un enfant qui vit énormément dans l’immédiat…
c’est une expérience assez extraordinaire du temps, de l’espace et de la confiance.
Pas besoin de connaître chaque centre de tri.
Demandons simplement :
« Où crois-tu qu’elle va maintenant ? »
Le facteur.
La camionnette.
La poste.
La ville du destinataire.
Sa boîte aux lettres.
Puis sa maison.
L’écrit vient soudain de rencontrer :
la géographie ;
la société ;
les métiers ;
le temps.
nous attendons.
Ce qui constitue peut-être la partie pédagogiquement la plus difficile.
😂
— Elle va répondre aujourd’hui ?
— Probablement pas.
— Demain ?
— Peut-être pas encore.
— Après le goûter ?
— Non.
La correspondance apprend quelque chose qu’une messagerie instantanée nous fait presque oublier :
un message peut demander du temps.
Nous pouvons dire :
« La lettre doit arriver chez mamie. Elle doit la lire. Puis elle va écrire une réponse et la poster. »
Chaque étape possède une durée.
L’enfant ne reçoit pas immédiatement :
✔ vu
✔ réponse en cours
😂
Il attend.
Et l’attente acquiert une histoire.
il y a une enveloppe.
Et son prénom.
Vraiment son prénom.
Pas celui des parents.
Pas une facture.
Pas un prospectus proposant une nouvelle cuisine.
Pour lui.
Je pense que nous sous-estimons parfois l’importance de recevoir du vrai courrier lorsque l’on est enfant.
Nous ouvrons.
Nous lisons.
Et soudain, le processus fonctionne dans l’autre sens.
Au début :
l’enfant parlait → l’adulte écrivait.
Maintenant :
quelqu’un d’autre a écrit → l’adulte lit → l’enfant entend.
La boucle est complète.
Il découvre que l’écriture transporte une parole différée.
Quelqu’un absent peut, d’une certaine façon, parler depuis une feuille.
Nous avons gagné.
😂
Pas gagné au sens scolaire.
Simplement :
l’écrit est devenu suffisamment intéressant pour que l’enfant en réclame l’usage.
Voilà une situation infiniment plus précieuse que :
« il faut faire une ligne d’écriture parce que c’est mardi ».
Pas besoin d’écrire chaque semaine.
Une fois par mois.
À chaque saison.
Après une sortie.
Pour un anniversaire.
Lorsque l’enfant possède quelque chose à raconter.
Et peu à peu, ses capacités vont changer.
Au début :
il dicte tout.
Plus tard :
il signe son prénom.
Puis écrit peut-être :
BONJOUR
ou :
BISOUS
Puis une petite phrase.
La correspondance devient alors presque un album vivant de son entrée dans l’écrit.
À quatre ans :
le grand dessin et les paroles dictées.
À cinq ans :
le prénom apparaît.
À six ans :
quelques mots phonétiques.
Plus tard :
des phrases.
Un jour, peut-être, une vraie lettre écrite entièrement seul.
Et les anciennes restent.
Pas comme fiches d’évaluation.
Comme traces d’une relation.
On peut évidemment écrire au Père Noël ou à une peluche.
Mais pour comprendre la fonction sociale de l’écrit, rien ne vaut quelqu’un qui existe réellement…
et répond réellement.
L’enfant sait :
« J’écris à cette personne parce que je veux qu’elle sache quelque chose. »
C’est extrêmement clair.
Sans même s’en rendre compte.
Nous pouvons lui demander une seule chose :
répondre simplement et sincèrement.
Pas besoin d’une dissertation.
Une petite lettre.
Peut-être une photo.
Une question adressée directement à l’enfant.
« J’ai beaucoup aimé ton dessin. Quelle couleur avait la plume que tu as trouvée ? »
Voilà une excellente raison d’écrire de nouveau.
Si l’enfant a quatre ans et dicte trois phrases…
recevoir quatre pages sur la météo dans le Brabant depuis 1987 risque de réduire légèrement l’enthousiasme.
😂
Une réponse courte, personnelle et lisible à voix haute suffit largement.
Nous devons nous demander :
Que sait-il déjà ?
Qu’est-ce que je dois lui expliquer ?
Si l’enfant dit :
« Tu écris : on l’a vu. »
Nous pouvons demander :
« Est-ce que mamie sait ce qu’on a vu ? »
Ah.
Non.
Alors :
« Nous avons vu un hérisson. »
Voilà une compétence énorme en langage :
prendre le point de vue du destinataire.
Parce que l’autre personne n’était pas là.
Nous savons de quel chien nous parlons.
Pas le destinataire.
Nous savons où se trouve « là-bas ».
Pas lui.
L’enfant découvre donc progressivement que communiquer, c’est aussi construire un message pour quelqu’un d’autre que soi.
Et cela se travaille merveilleusement dans une lettre réelle.
« Comment va ton chat ? »
« Est-ce que les pommes sont mûres chez toi ? »
« Tu viendras quand ? »
La lettre n’est plus seulement :
« je raconte ».
Elle devient :
« je veux savoir quelque chose de toi ».
Et la réponse devient alors vraiment attendue.
Parce qu’il ne faut pas créer un univers fictif.
Nous écrivons sur :
la journée ;
un dessin ;
une découverte ;
quelque chose que nous aimerions demander.
La vie fournit déjà le contenu.
Prévoyons éventuellement deux feuilles.
😂
Mais nous pouvons aussi apprendre doucement à choisir.
« Tu m’as raconté beaucoup de choses. Quelles sont les trois que tu veux vraiment mettre dans ta lettre ? »
Nous voilà en train de travailler :
sélection ;
organisation ;
hiérarchie de l’information.
Toujours sans fiche.
Et c’est exactement le type d’apprentissage que j’aime.
Parce qu’en une seule situation réelle, nous rencontrons :
langage oral ;
vocabulaire ;
construction de phrases ;
fonction de l’écrit ;
lecture ;
dessin ;
graphisme spontané ;
prénom ;
orientation de la feuille ;
adresse ;
repérage spatial ;
temps ;
autonomie ;
motricité fine.
Mais surtout…
nous ne présentons pas tout cela à l’enfant sous la forme :
« aujourd’hui nous travaillons neuf compétences ».
😂
Aujourd’hui…
nous écrivons simplement à quelqu’un.
Avant les cahiers.
Avant les exercices.
Avant les évaluations.
Les humains ont écrit pour :
conserver ;
transmettre ;
compter ;
raconter ;
prévenir ;
demander ;
se souvenir ;
et parler à ceux qui étaient ailleurs.
Un enfant de quatre ans peut commencer à rencontrer cette immense histoire…
avec une enveloppe et un dessin de hérisson.
J’aime beaucoup l’idée.
Avec douceur.
S’il demande :
« Comment on écrit Papi ? »
nous pouvons évidemment lui montrer.
Mais s’il produit spontanément des lettres approximatives, je ne corrigerais pas chaque détail.
Les premières tentatives nous renseignent sur ce qu’il comprend de l’écrit.
Parfois il sait qu’un mot comporte plusieurs signes.
Parfois il utilise les lettres de son prénom pour tout écrire.
Parfois il trace encore des pseudo-lettres.
Tout cela évolue.
Pas en pointillés.
Pas dix fois.
Simplement :
« Voici ton prénom si tu veux le copier. »
Puis lui laisser le choix.
À quatre ans, signer lui-même sa toute première lettre peut devenir quelque chose de très important.
Même si le prénom monte légèrement vers le plafond en cours de route.
😂
Alors il dicte et dessine.
Nous n’avons rien raté.
L’enfant travaille précisément la culture de l’écrit même si l’adulte tient le stylo.
C’est d’ailleurs ce qui rend cette activité si intéressante :
la pensée écrite peut commencer avant l’écriture autonome.
Voilà aussi quelque chose que j’aime.
Nous n’avons besoin que de :
papier ;
stylo ;
enveloppe ;
timbre ;
une personne à qui écrire.
C’est presque tout.
Le reste est joli mais facultatif.
Tampons.
Autocollants.
Papier décoré.
Cachet de cire si nous décidons soudain de correspondre depuis 1847.
😂
Mais le cœur tient dans quelques objets.
Si la correspondance plaît vraiment, pourquoi ne pas créer une petite boîte avec :
quelques enveloppes ;
du papier ;
des timbres ;
des crayons ;
les lettres reçues.
Pas comme matériel pédagogique imposé.
Comme un véritable petit nécessaire de correspondance familial.
Et chaque lettre reçue pourrait être conservée.
Au début :
une lettre.
Puis deux.
Puis une carte postale.
Une photographie.
Un petit dessin envoyé en retour.
Les échanges deviennent matériels.
À une époque où énormément de messages disparaissent dans le flux des téléphones…
une lettre reste.
Voilà quelque chose de particulièrement tendre.
Le dessin envoyé par un enfant de quatre ans peut rester :
sur un frigo ;
dans une boîte ;
dans un tiroir ;
parfois pendant des années.
L’enfant découvre ainsi, sans que nous ayons besoin de le lui expliquer :
ce qu’il produit peut avoir de la valeur pour quelqu’un d’autre.
Il faut pouvoir écrire :
vite ;
simplement ;
sans décoration ;
parce qu’on a envie de raconter une chose.
Si chaque courrier demande :
deux heures de bricolage ;
un collage ;
une aquarelle ;
un tampon ;
du masking tape ;
une enveloppe faite main…
la correspondance risque de devenir un événement annuel.
😂
Parfois :
une feuille pliée.
Un dessin.
Trois phrases.
C’est parfait.
Voilà encore une porte ouverte.
Une carte postale n’a pas d’enveloppe.
Le message doit tenir dans un petit espace.
L’adresse se trouve de l’autre côté.
Une carte d’anniversaire possède encore d’autres usages.
Peu à peu, l’enfant découvre différents genres d’écrits parce qu’il les rencontre réellement.
Pas parce qu’une fiche demande :
« Relie chaque document à sa fonction ».
La saison commence doucement à ramener davantage de temps à l’intérieur.
On retrouve le papier.
Les crayons.
Les petites activités de table.
Et dehors, il existe tant de choses à raconter :
la première grosse pluie ;
les feuilles qui changent ;
un champignon observé ;
une pomme ramassée ;
une sortie ;
un dessin.
Une lettre peut devenir une petite capsule du mois.
Une lettre en octobre.
Une autre avant l’hiver.
Une au début du printemps.
Pas forcément toujours au même destinataire.
Et quelques années plus tard, nous aurions presque une chronique de l’enfance.
Mais je commencerais vraiment par une seule lettre.
Pas besoin d’inventer tout de suite la tradition familiale sur douze ans.
😂
Une première lettre à quatre ans ne ressemblera probablement pas à celles que nous imaginons lorsque nous parlons de correspondance.
L’enfant n’écrira peut-être aucun mot lui-même.
Le dessin occupera les trois quarts de la feuille.
Le message expliquera peut-être longuement qu’un escargot était « très très très petit mais quand même gros ».
😂
Et pourtant…
il aura écrit.
Parce qu’écrire commence peut-être moins par savoir former toutes les lettres…
que par comprendre :
pourquoi les humains ont besoin d’elles.
Dire quelque chose à quelqu’un qui n’est pas là.
Faire durer des paroles.
Garder une pensée.
Poser une question.
Envoyer un peu de soi à travers la distance.
Et lorsque le facteur déposera quelques jours plus tard une réponse dans la boîte aux lettres…
le mot écriture cessera d’être une activité.
Il deviendra ce qu’il est réellement :
une manière de rejoindre quelqu’un.
À bientôt sous le tilleul 🌿