Cette année sera un peu particulière.
Pour la première fois depuis le début de notre aventure en instruction en famille, je n'achèterai aucun manuel scolaire pour mon grand.
Pas un seul.
Et pourtant, il entrera en deuxième secondaire.
Mieux encore : il prépare le Jury central, un examen qui demande de solides connaissances dans toutes les matières.
Lorsque je l'explique autour de moi, les réactions sont souvent les mêmes.
"Comment vas-tu faire ?"
"Tu n'as pas peur d'oublier des notions ?"
"Comment peut-on préparer un examen sans manuel ?"
Ces questions sont parfaitement légitimes.
Moi aussi, il y a quelques années, je pensais qu'un manuel était indispensable.
Aujourd'hui, je vois les choses autrement!
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Cette année, je ne suivrai pas un livre.
Je suivrai les compétences attendues.
Pour chaque matière, je me suis procuré les attendus du Jury central.
Ils sont devenus notre véritable fil conducteur.
Ils indiquent ce que mon fils devra maîtriser.
En revanche, ils ne disent pas comment il doit l'apprendre.
Et c'est là que commence, à mes yeux, la partie la plus passionnante!
Depuis plusieurs années, une question revient sans cesse dans mon esprit.
Pourquoi les jeunes enfants apprennent-ils avec autant d'enthousiasme…
…et pourquoi cet enthousiasme disparaît-il si souvent en grandissant ?
En maternelle, on manipule.
On expérimente.
On joue.
On observe.
On cuisine.
On construit.
On touche.
On chante.
Puis, progressivement, les activités vivantes deviennent plus rares.
Les cahiers s'épaississent.
Les abstractions prennent davantage de place.
Et beaucoup d'adolescents finissent par croire qu'ils ne sont « pas faits pour les maths », « pas doués en sciences » ou qu'ils « détestent l'histoire ».
Je me demande souvent si ce n'est pas parfois la manière de présenter ces matières qui décourage davantage que les matières elles-mêmes.
Pourquoi faudrait-il arrêter de manipuler parce que l'on a treize ans ?
Pourquoi ne plus construire de maquettes ?
Pourquoi ne plus cuisiner pour comprendre les fractions ?
Pourquoi ne plus expérimenter pour découvrir la chimie ?
Pourquoi ne plus partir sur le terrain pour apprendre la géographie ?
Pourquoi ne plus jouer lorsqu'il s'agit de réviser ?
Ces questions m'accompagnent depuis longtemps.
Petit à petit, elles ont transformé notre manière de travailler.
Chez nous, une leçon peut commencer...
...dans une cuisine.
...dans un musée.
...dans une forêt.
...dans un marché.
...devant une œuvre d'art.
...sur une carte.
...autour d'un jeu de société.
...en observant le ciel.
...en préparant une recette.
...ou simplement à partir d'une question posée pendant le repas.
Les connaissances arrivent ensuite naturellement.
Elles prennent du sens parce qu'elles sont reliées à une expérience.
On imagine souvent que cette manière d'apprendre convient uniquement aux petits enfants.
Je ne le crois pas.
Cette année, nous allons explorer les pourcentages, les équations, la chimie, la physique, l'histoire, la géographie, l'anglais ou encore la littérature.
Mais je continuerai à chercher comment rendre chacune de ces notions la plus concrète possible.
Parce qu'avant de chercher à retenir, j'aime qu'une notion soit réellement comprise. Et lorsqu'elle prend du sens, elle devient souvent beaucoup plus facile à mémoriser.
Les compétences scolaires seront notre fil conducteur.
Mais elles ne seront pas notre seule destination.
Mon fils adore construire.
Il aime comprendre comment les objets fonctionnent.
Il s'intéresse aux inventions, aux cartes, aux voyages, aux sciences et aux nouvelles technologies.
Pourquoi ne pas utiliser ces centres d'intérêt pour apprendre ?
Lorsqu'un adolescent est passionné par ce qu'il découvre, il travaille souvent sans même s'en rendre compte!
Je ne cherche pas à reproduire l'école à la maison.
Je cherche à accompagner un jeune qui apprend.
Mon rôle est de susciter des questions.
De proposer des expériences.
De nourrir sa curiosité.
De lui donner confiance lorsqu'une notion semble difficile.
Et surtout, de lui montrer que l'on peut continuer à apprendre toute sa vie avec plaisir.
Bien sûr, cette façon de faire demande énormément de préparation.
Créer ses propres activités prend beaucoup plus de temps qu'ouvrir un manuel.
Je lis.
Je cherche.
Je teste.
Je construis.
Je fabrique.
Je modifie.
J'adapte.
Mais je crois profondément que cet investissement en vaut la peine.
Parce que chaque activité devient une aventure que nous vivons ensemble.
Depuis quelque temps, une idée ne me quitte plus.
J'aimerais un jour écrire un livre.
Un livre rempli d'activités vivantes destinées aux préadolescents et aux adolescents.
Car il existe déjà de merveilleuses idées pour les plus petits.
Mais lorsque les enfants grandissent, les propositions deviennent souvent plus académiques.
Pourtant, je suis convaincue qu'à treize, quatorze ou quinze ans, on peut encore manipuler, observer, créer, expérimenter et s'émerveiller.
Grandir ne devrait jamais signifier cesser d'apprendre avec joie.
Peut-être que ce livre verra un jour le jour.
En attendant, notre année sera un merveilleux terrain d'expérimentation.
Et j'ai hâte de partager cette aventure ici, sous le tilleul.
Je ne sais pas encore exactement où cette année nous mènera.
Je ne prétends pas avoir trouvé la méthode idéale.
Chaque enfant est différent.
Chaque famille construit son propre chemin.
Mais une chose est certaine : je souhaite préserver le plus longtemps possible cette petite étincelle que je vois encore dans les yeux de mon fils lorsqu'il découvre quelque chose de nouveau.
Car, au fond, apprendre n'est pas seulement accumuler des connaissances.
C'est garder intact le plaisir de comprendre le monde.
À bientôt sous le tilleul 🌿