Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Nous sommes entrés dans l’automne.
Alors, si nous demandions aux enfants :
« De quelle couleur est l’automne ? »
nous obtiendrions probablement quelque chose comme :
orange ;
rouge ;
brun ;
jaune.
Et pourtant…
sortons aujourd’hui.
Regardons vraiment.
Les arbres sont-ils tous orange ?
Les chemins sont-ils déjà recouverts de feuilles rousses ?
La forêt ressemble-t-elle à l’image que nous dessinons lorsque nous pensons au mot automne ?
Pas forcément.
En ce tout début de saison, le vert est encore partout.
Vert sombre.
Vert tendre.
Vert mousse.
Vert légèrement jaune.
Vert presque gris.
Et parmi tous ces verts commencent seulement à apparaître quelques nouvelles couleurs.
Alors aujourd’hui, je vous propose de ne surtout pas accélérer la saison.
Au contraire.
Nous allons essayer de saisir exactement les couleurs qu’elle possède maintenant.
Une bande de papier.
Dix petites cases.
Un crayon.
Et une question :
combien de couleurs pouvons-nous réellement trouver dehors en septembre ?
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Avant de partir, ne préparons pas :
trois cases orange ;
deux rouges ;
trois brunes ;
et deux jaunes.
😂
Ce serait fabriquer notre automne avant même de l’avoir regardé.
Notre nuancier doit au contraire être une sorte de photographie colorée du jour.
Prenons une bande de papier assez épais et divisons-la simplement en dix cases.
Laissons-les blanches.
Puis sortons.
La nature décidera de ce que nous allons y mettre.
Nous pouvons faire cette activité dans une forêt, un parc, un jardin ou simplement au fil d’une promenade.
La règle est toute simple :
chercher dix nuances réellement présentes aujourd’hui.
Et surtout…
ne pas se contenter de dire :
« Ça, c’est vert. »
Approchons-nous.
Comparons.
Cette feuille et celle-là ont-elles réellement le même vert ?
Pas du tout.
Nous pourrions découvrir :
- un vert sombre ;
- un vert légèrement bleuté ;
- un vert clair ;
- un vert qui commence à jaunir ;
- le gris-brun d’une écorce ;
- un beige de bois ;
- un brun ;
- le rouge d’un fruit ;
- un violet sombre ;
- le gris d’une pierre.
Mais ce ne sont que des exemples.
Si nous ne trouvons pas de rouge, notre nuancier n’aura pas de rouge.
C’est précisément le but.
Choisissons deux feuilles.
Plaçons-les côte à côte.
Elles sont vertes.
Très bien.
Mais sont-elles du même vert ?
L’une tire peut-être légèrement vers le jaune.
L’autre vers le bleu.
L’une est sombre et brillante.
L’autre claire et mate.
Trouvons-en une troisième.
Puis une quatrième.
Très vite, le mot vert paraît terriblement imprécis.
Nous pouvons même nous amuser à inventer nos propres noms :
vert mousse mouillée ;
vert feuille de lierre ;
vert pomme ;
vert presque jaune ;
vert forêt sombre ;
vert gris du matin…
Les noms n’ont pas besoin d’exister dans un nuancier de peintre.
Ils doivent nous aider à regarder.
Choisissons une couleur dans le paysage.
Par exemple une feuille.
Puis cherchons :
quelque chose d’une couleur presque identique.
Une autre feuille ?
Une mousse ?
Un brin d’herbe ?
Un fruit ?
Comparons-les.
Finalement…
sont-ils réellement identiques ?
Souvent, non.
Notre œil commence progressivement à remarquer des différences qu’il ignorait quelques minutes auparavant.
Et c’est précisément ce que nous cherchons.
Nous pourrions être tentés de coller dix feuilles sur notre papier.
Mais je préfère faire autrement.
Parce que notre objectif n’est pas de fabriquer un herbier.
Et surtout parce que certaines couleurs intéressantes appartiennent à des choses que nous n’avons aucune raison d’emporter :
une écorce ;
une mousse ;
un champignon ;
un fruit encore sur sa branche ;
une pierre ;
une feuille bien vivante sur son arbre.
Alors observons.
Photographions éventuellement.
Et dans chaque case, notons simplement un petit indice :
1 — feuille de lierre
2 — mousse sur le tronc
3 — feuille du grand arbre
4 — écorce
…
De retour à la maison, nous allons essayer de retrouver ces couleurs avec de la peinture.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes.
Ouvrons notre boîte de peinture.
Nous cherchons :
« vert mousse du 27 septembre ».
Évidemment…
il n’existe pas.
😂
Alors il va falloir le fabriquer.
Prenons un peu de vert.
Ajoutons une pointe de jaune.
Trop clair ?
Un peu de bleu.
Trop vif ?
Une minuscule touche de brun.
Comparons avec notre photographie ou notre souvenir.
Encore.
Un peu plus sombre.
Un peu plus jaune.
Un peu moins vif.
Et soudain :
« Là ! C’est presque ça ! »
Peignons notre première case.
Avec les enfants plus grands, ajoutons une contrainte :
interdiction d’utiliser directement le vert du tube.
😂
Partons de :
💛 jaune + 💙 bleu.
Que se passe-t-il si nous mettons beaucoup de jaune et très peu de bleu ?
Et l’inverse ?
Que devient notre vert avec une pointe de blanc ?
De brun ?
De gris ?
Nous découvrons alors qu’une couleur n’est pas quelque chose de figé.
Elle se construit.
Et une seule promenade peut nous obliger à inventer dix mélanges différents.
Une fois les dix cases remplies, écrivons la date :
27 septembre 2026
Puis le lieu.
Et éventuellement :
- la météo ;
- l’heure ;
- sol sec ou humide ;
- lumière vive ou ciel couvert.
Pourquoi noter tout cela ?
Parce que la lumière modifie énormément notre perception des couleurs.
Une feuille observée sous un soleil éclatant ne nous paraît pas exactement de la même couleur sous un ciel gris.
Notre nuancier devient donc plus qu’une activité artistique.
Il devient la trace d’un moment précis.
Voilà la partie la plus importante de l’activité.
Nous ne terminons pas notre projet aujourd’hui.
Écrivons au dos :
À REFAIRE DANS QUELQUES SEMAINES.
Puis rangeons soigneusement notre bande.
Parce que nous allons revenir.
Choisissons approximativement le même endroit.
Si possible :
le même chemin ;
les mêmes arbres ;
le même coin du parc ;
la même haie.
Puis fabriquons un nouveau nuancier.
Encore dix cases.
Encore aucune couleur décidée à l’avance.
Et recommençons.
Cette fois, peut-être trouverons-nous :
davantage de jaune ;
un vert olive ;
un ocre ;
un brun roux ;
un rouge ;
un orange ;
des feuilles sèches couleur caramel.
Ou peut-être pas.
Nous noterons ce qui est réellement là.
Puis nous placerons nos deux bandes côte à côte.
SEPTEMBRE 🌿
OCTOBRE 🍂
Et là…
nous verrons la saison.
Pas nécessairement.
Et voilà une chose particulièrement intéressante à observer.
Tous les arbres ne changent pas au même moment.
Toutes les feuilles d’un même arbre ne changent même pas forcément simultanément.
Certaines plantes restent vertes.
Certaines feuilles jaunissent.
D’autres brunissent.
Certains fruits apparaissent alors que d’autres disparaissent.
La saison ne ressemble pas à quelqu’un qui appuie sur un interrupteur :
ÉTÉ : OFF
AUTOMNE : ON
😂
Elle se transforme progressivement.
Et notre nuancier va justement rendre visible cette transition.
Nous pouvons même pousser l’expérience beaucoup plus loin.
Choisissons un arbre particulier.
Notre arbre témoin.
Photographions-le aujourd’hui depuis un emplacement facile à retrouver.
Puis choisissons trois couleurs que nous observons sur lui.
Revenons :
dans une semaine ;
deux semaines ;
un mois.
Toujours au même endroit.
Toujours approximativement sous le même angle.
Et regardons.
Quand apparaît la première feuille vraiment jaune ?
Quand le vert devient-il minoritaire ?
Toutes les branches évoluent-elles de la même manière ?
Quand commence la chute importante des feuilles ?
Nous ne faisons plus seulement une activité artistique.
Nous commençons à observer un phénomène saisonnier au fil du temps.
Avec les plus grands, notre nuancier peut même devenir mathématique.
Sur dix couleurs relevées aujourd’hui :
combien appartiennent à la famille des verts ?
Supposons :
7 sur 10.
Quelques semaines plus tard :
4 sur 10.
Puis :
2 sur 10.
Nous pouvons construire un petit graphique.
Les chiffres seront évidemment remplis avec nos vraies observations.
Et voilà comment une promenade artistique devient aussi une collecte de données.
Prenons maintenant une seule feuille.
Regardons-la attentivement.
De loin :
verte.
De près ?
Peut-être possède-t-elle :
des nervures plus claires ;
un bord jaunissant ;
une petite tache brune ;
une zone plus sombre ;
un reflet brillant.
Essayons alors de fabriquer le nuancier d’une seule feuille.
Trois cases.
Trois couleurs.
Pour…
une seule feuille.
Cette activité est formidable pour apprendre qu’observer signifie parfois ralentir suffisamment pour cesser de nommer trop vite.
Lorsque nos dix couleurs sont sèches, nous pouvons les utiliser pour peindre un paysage.
Mais avec une règle :
nous n’avons droit qu’aux couleurs réellement observées pendant notre promenade.
Pas d’orange parce que « c’est l’automne ».
Pas de rouge parce que ce serait joli.
😂
Uniquement :
les couleurs du jour.
Notre peinture devient alors presque un portrait de septembre.
Pas forcément réaliste dans ses formes.
Mais fidèle dans sa palette.
Évidemment, à un moment, quelqu’un demandera :
« Mais pourquoi elles changent de couleur ? »
Et voilà notre porte d’entrée vers les sciences.
Les feuilles contiennent notamment de la chlorophylle, qui contribue à leur couleur verte et joue un rôle essentiel dans la photosynthèse.
À l’automne, chez les arbres à feuilles caduques, le raccourcissement des jours et d’autres changements saisonniers accompagnent le ralentissement puis l'arrêt de l'activité de la feuille. La chlorophylle est progressivement dégradée.
Lorsque le vert s'efface, certains autres pigments deviennent davantage visibles, notamment les caroténoïdes, associés aux teintes jaunes et orangées.
Chez certaines espèces, des anthocyanes peuvent également contribuer à l’apparition de couleurs rouges ou pourpres.
La feuille ne reçoit donc pas simplement une couche de peinture jaune par-dessus son vert.
😂
Ce que nous observons révèle des changements qui se déroulent à l’intérieur même de la feuille.
La coloration et la chute des feuilles ne dépendent pas seulement de la date inscrite sur notre calendrier.
Elles varient notamment selon :
l’espèce ;
la durée du jour ;
les températures ;
les conditions météorologiques ;
l’état de l’arbre.
Notre nuancier réalisé à cet endroit en septembre 2026 ne sera donc pas nécessairement identique à celui que nous réaliserions au même endroit en septembre prochain.
Et voilà une merveilleuse raison de recommencer!
Imaginons conserver :
septembre 2026
octobre 2026
novembre 2026
Puis recommencer l’année suivante.
Au fil du temps, nous constituerions une petite archive familiale des couleurs du paysage.
Pas celles d’un calendrier.
Pas celles d’une décoration de magasin.
Celles que nous avons réellement vues.
Oublions les dix nuances et les pigments.
Prenons simplement une petite bande avec quatre cases.
Et cherchons :
un vert clair ;
un vert foncé ;
un brun ;
une autre couleur choisie par l’enfant.
Nous pouvons jouer à :
« Trouve quelque chose dehors qui ressemble à cette couleur. »
Puis, à la maison, mélangeons les peintures.
L’objectif n’est absolument pas d’obtenir une teinte parfaite.
C’est de découvrir :
« Oh ! Il existe plusieurs verts ! »
Et c’est déjà énorme.
Nous pouvons au contraire transformer l’activité en véritable enquête.
Notons :
la date ;
l’heure ;
la météo ;
le lieu ;
l’espèce de l’arbre si nous la connaissons ;
les dix couleurs ;
la proportion approximative de verts ;
les changements observés lors de la visite suivante.
Ajoutons une photographie prise exactement au même endroit.
Puis comparons.
Nous travaillons alors :
arts plastiques ;
sciences ;
vocabulaire ;
mesure ;
proportions ;
observation ;
saisons ;
et même un peu de photographie.
Encore mieux.
😂
Enfin… prévoyons quand même des bottes.
Mais observons surtout ce que l’eau fait aux couleurs.
Une écorce mouillée paraît-elle plus claire ou plus sombre ?
La mousse devient-elle plus intense ?
Une feuille humide reflète-t-elle davantage la lumière ?
Puis revenons après une journée sèche.
Les mêmes objets nous paraissent-ils de la même couleur ?
Notre nuancier vient de nous apprendre quelque chose d’essentiel :
la couleur que nous percevons dépend aussi de la lumière et des conditions d’observation.
C’est peut-être le cœur de cette activité.
Nous savons que nous sommes en automne.
Mais n’allons pas dehors pour chercher à prouver que l’automne est là.
Allons voir à quoi ressemble réellement le paysage aujourd’hui.
S’il est encore vert :
peignons du vert.
S’il n’y a qu’une feuille jaune :
notons cette feuille jaune.
Si dans trois semaines tout a changé :
nous le verrons alors.
Nous n’avons rien à précipiter.
Et je trouve qu’il y a quelque chose d’assez doux dans cette manière d’accompagner les saisons.
Ne pas décider à leur place du moment où elles doivent changer.
Lorsque nous ressortirons cette petite bande, elle sera restée exactement identique.
Mais dehors…
le paysage aura continué sans nous.
Alors nous retournerons au même endroit.
Avec dix nouvelles cases blanches.
Et nous chercherons à nouveau.
Peut-être que le vert sombre sera toujours là.
Peut-être que notre vert jaunissant sera devenu jaune.
Peut-être qu’un rouge absent aujourd’hui apparaîtra.
Peut-être qu’une couleur aura complètement disparu.
Et nous placerons :
septembre à côté d’octobre.
Deux petites bandes de peinture.
Rien de spectaculaire.
Et pourtant…
nous aurons réussi à peindre le passage du temps.
Nous sommes parfois tellement impatients de retrouver une saison que nous cessons de regarder celle qui existe réellement sous nos yeux.
Le calendrier annonce l’automne.
Alors nous imaginons déjà :
les forêts orange ;
les feuilles rouges ;
les tapis bruns ;
les paysages dorés.
Mais dehors, septembre murmure peut-être encore :
vert.
Vert sombre.
Vert tendre.
Vert jaune.
Vert gris.
Vert mousse.
Avec, ici et là, les premiers indices de ce qui arrive.
Une feuille qui pâlit.
Un fruit rouge.
Un gland brun.
Une fougère qui change.
L’automne n’entre pas dans le paysage en une nuit.
Il s’y glisse.
Et peut-être qu’en essayant simplement de fabriquer dix petites couleurs, nous apprendrons quelque chose que nous n’aurions jamais remarqué autrement :
la saison avait déjà commencé à changer…
mais beaucoup plus doucement que dans notre imagination.
À bientôt sous le tilleul 🌿