Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Si je donnais un appareil photo à un enfant en lui disant :
« Prends quelque chose de joli en photo »,
il photographierait peut-être une fleur.
Un chat.
Un jouet.
Un arbre.
Quelqu'un qu'il aime.
Mais aujourd'hui, je vous propose une consigne beaucoup plus étrange.
Nous n'allons photographier…
presque rien.
Pas vraiment un objet.
Pas vraiment un paysage.
Pas même nécessairement quelque chose que l'on aurait remarqué en passant.
Nous allons essayer de photographier :
la lumière de septembre.
Et tout à coup, une promenade que nous connaissons par cœur peut devenir une véritable chasse au trésor.
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Voilà justement la première question à ne pas résoudre trop vite.
Avant de partir, demandons simplement aux enfants :
« À ton avis, peut-on photographier la lumière ? »
Peut-être répondront-ils oui.
Peut-être non.
Après tout, on ne peut pas la ramasser.
Elle n'a pas toujours une forme.
Nous ne pouvons pas la poser sur une table.
Et pourtant…
regardons autour de nous.
Un rayon traverse les feuilles et dessine des taches mouvantes sur le sol.
Une fenêtre se reflète dans une flaque.
L'ombre d'une grille s'allonge sur un mur.
Le bord d'une feuille devient presque transparent lorsque le soleil passe derrière.
Un verre d'eau projette une drôle de lumière sur la table.
Le soleil du soir transforme pendant quelques minutes un immeuble tout ordinaire.
Nous ne voyons peut-être pas la lumière elle-même.
Mais nous voyons sans cesse ce qu'elle fait.
Et c'est cela que nous allons photographier.
Pas besoin d'acheter un appareil photographique pour commencer.
Un téléphone.
Une vieille tablette.
Un petit appareil compact familial.
Tout ce qui permet à l'enfant de cadrer une image peut suffire.
Parce qu'aujourd'hui, ce qui m'intéresse n'est pas de lui apprendre à régler une ouverture ou une vitesse d'obturation.
Nous pourrons découvrir la technique plus tard s'il en a envie.
Pour cette première promenade, nous n'avons qu'une seule consigne :
« Montre-moi la lumière de septembre. »
Et c'est tout.
Je trouve même intéressant de ne pas donner immédiatement une liste de choses à photographier.
Laissons quelques minutes de recherche.
Que va considérer l'enfant comme de la lumière ?
Son choix nous dira déjà quelque chose de sa manière de regarder.
C'est probablement ce que j'aime le plus dans cette activité.
Nous ne partons pas à la recherche du paysage le plus spectaculaire.
Nous cherchons ce petit phénomène que nous aurions normalement dépassé sans nous arrêter.
Une ombre.
Un reflet.
Un rayon.
Une transparence.
Une silhouette.
Une couleur momentanément transformée.
Peut-être que la plus belle photographie de la promenade sera simplement…
un morceau de mur.
Et ce serait formidable.
Car l'enfant commence alors à comprendre quelque chose d'essentiel à la photographie :
photographier ne consiste pas seulement à trouver un beau sujet. C'est aussi choisir une manière de regarder.
Cherchons un arbre éclairé par derrière.
Plaçons-nous sans regarder directement le soleil.
Et observons les feuilles.
Certaines deviennent lumineuses.
Leurs nervures apparaissent.
Le vert change.
Les bords semblent parfois entourés d'un fin trait de lumière.
Une feuille que nous aurions décrite simplement comme « verte » devient soudain jaune-vert, presque dorée ou transparente.
Essayons une photographie.
Puis déplaçons-nous de quelques pas.
La lumière a déjà changé.
Voilà une jolie première découverte :
le photographe ne déplace pas toujours son sujet. Parfois, c'est lui qui se déplace pour rencontrer autrement la lumière.
Et si photographier la lumière consistait parfois…
à photographier son absence ?
Cherchons les ombres.
La nôtre.
Celle d'un arbre.
D'un banc.
D'un vélo.
D'une barrière.
Des feuilles sur une façade.
Une main peut même devenir un drôle d'animal lorsqu'elle est projetée sur le sol. 😉
Puis observons leur longueur.
Le matin et le soir, lorsque le Soleil est plus bas dans le ciel, les ombres peuvent devenir particulièrement longues.
Et voilà qu'une activité artistique commence discrètement à rencontrer les sciences.
Pourquoi notre ombre change-t-elle ?
Pourquoi n'est-elle pas orientée de la même manière toute la journée ?
Pourquoi est-elle parfois très longue et parfois beaucoup plus courte ?
Nous pouvons garder ces questions.
Pas besoin d'interrompre notre promenade pour faire immédiatement un cours sur la rotation de la Terre. 😂
Une bonne question peut très bien rentrer avec nous à la maison.
Après la pluie, l'activité devient encore plus amusante.
Une flaque n'est plus seulement une flaque.
Elle peut contenir…
un morceau de ciel.
Une maison à l'envers.
Des branches.
Un nuage.
Un lampadaire.
Le photographe peut alors décider de ne presque plus montrer le véritable arbre et de photographier seulement son reflet.
Essayons aussi avec :
une rivière,
une vitre,
une carrosserie,
une table brillante,
une cuillère,
un verre,
une fenêtre.
Le monde commence à se multiplier.
Il y a les choses…
et toutes les images que la lumière fabrique avec elles.
J'aime beaucoup cette idée, mais je ne voudrais surtout pas donner l'impression qu'il faut vivre au milieu des champs pour faire de la photographie poétique.😊
La lumière de septembre entre aussi dans les villes.
Elle tombe sur une façade.
Traverse la vitre d'un bus.
Se reflète dans une devanture.
Dessine l'ombre d'un balcon.
Éclaire un pavé.
Se glisse entre deux immeubles.
Chez nous, elle peut même entrer par la fenêtre et s'étaler quelques minutes sur le parquet, une couverture, un livre ou la table de la cuisine.
Le merveilleux photographique n'a pas besoin d'être loin.
Il a surtout besoin que quelqu'un s'arrête pour le remarquer.
Voilà une expérience toute simple qui peut beaucoup surprendre les enfants.
Photographions exactement le même endroit à deux moments de la journée.
Par exemple :
un arbre,
la façade de notre maison,
un banc,
un chemin,
la vue depuis une fenêtre.
Une première fois le matin.
Puis en fin d'après-midi ou au début de la soirée.
Mettons ensuite les deux photographies côte à côte.
Le lieu n'a presque pas bougé.
Et pourtant…
est-ce vraiment la même photographie ?
Les ombres ne tombent plus au même endroit.
Certaines couleurs semblent plus chaudes.
D'autres zones sont maintenant dans l'ombre.
Un détail invisible le matin devient lumineux le soir.
La lumière vient de transformer le paysage sans déplacer le paysage.
Tiens donc…
cela ne vous rappelle pas un certain Claude Monet ? 😉
C'est aussi ce que j'aime dans cette petite chasse photographique.
Elle oblige à regarder la saison qui existe réellement, plutôt que celle que le calendrier nous donne envie d'anticiper.
Au début du mois de septembre, beaucoup d'arbres sont encore verts.
Les journées peuvent être chaudes.
Les fleurs d'été n'ont pas toutes disparu.
Nous sommes encore astronomiquement en été jusqu'à l'équinoxe.
Et pourtant, quelque chose commence doucement à bouger.
La durée du jour diminue.
Le Soleil suit progressivement une trajectoire plus basse qu'au cœur de l'été.
Les ombres et la lumière évoluent avec l'avancée de la saison.
Alors plutôt que de fabriquer artificiellement une photographie « automnale » avec des feuilles orange qui ne sont pas encore là…
photographions septembre tel qu'il est.
Cet entre-deux.
Cette lumière encore estivale qui commence doucement à raconter autre chose.
Gardons-la peut-être.
Voilà aussi quelque chose que j'aimerais transmettre aux enfants.
Toutes les photographies n'ont pas besoin d'être techniquement parfaites pour être intéressantes.
Une branche agitée par le vent peut être floue.
Un rayon peut surexposer une petite partie de l'image.
Un reflet peut rendre la scène étrange.
Bien sûr, nous pouvons apprendre progressivement à tenir l'appareil, à faire la mise au point et à choisir notre cadrage.
Mais je ne commencerais surtout pas l'activité par :
« Attention, ce n'est pas droit ! »
« Tu as coupé l'arbre ! »
« Ta photo est floue ! »
Sinon notre jeune photographe risque très vite de nous rendre l'appareil et de partir faire quelque chose de beaucoup plus amusant. 😂
Demandons plutôt :
« Qu'est-ce que tu voulais photographier ? »
La réponse est infiniment plus intéressante.
Voilà la deuxième partie de l'expérience.
Nous avons peut-être pris :
12 photos.
27.
Ou 86 parce que quelqu'un a découvert le mode rafale. 😂
Mais nous n'allons pas toutes garder pour notre petite exposition.
Chacun doit choisir :
trois photographies.
Pas nécessairement les trois plus nettes.
Pas les trois que l'adulte préfère.
Les trois qui, pour lui, racontent le mieux la lumière de septembre.
Et cette étape est presque aussi importante que la promenade.
Car photographier, c'est choisir une image.
Mais être photographe, c'est aussi apprendre à choisir parmi ses propres images.
Une fois les trois photographies sélectionnées, regardons-les ensemble.
Et posons une seule question :
« Pourquoi as-tu choisi celle-ci ? »
Les réponses peuvent être merveilleusement simples.
« Parce que la feuille brillait. »
« Parce que mon ombre était immense. »
« Parce qu'on dirait qu'il y a deux arbres dans l'eau. »
« Parce que le mur était orange alors qu'en vrai il est gris. »
« Parce que j'aime la lumière ici. »
Et voilà.
L'enfant est déjà en train de parler :
de lumière,
de composition,
de couleur,
de contraste,
d'atmosphère,
de cadrage…
sans que nous ayons eu besoin de commencer par définir aucun de ces mots.
Le vocabulaire pourra venir ensuite se poser sur quelque chose qu'il a réellement expérimenté.
Les trois images peuvent rester numériques.
Mais j'aime énormément l'idée d'en imprimer quelques-unes.
Pas nécessairement en grand.
Trois petites photographies suffisent.
Accrochons-les côte à côte.
Et donnons à notre exposition un titre :
La lumière de septembre.
Chacun peut présenter ses trois photographies.
Et si toute la famille a participé, le résultat sera probablement très intéressant.
Parce que nous aurons tous marché au même endroit…
sous la même lumière…
au même moment…
et nous n'aurons pourtant pas photographié les mêmes choses.
Voilà peut-être la plus jolie petite leçon d'art de toute l'activité.
Et là, évidemment, j'ai très envie de transformer cette promenade en petit rituel. 😄
Une fois par mois :
trois photographies de la lumière.
Septembre.
Octobre.
Novembre.
Décembre.
Puis janvier…
Au bout d'un an, nous pourrions aligner les images.
La lumière hivernale très basse.
Les journées de printemps.
Les ombres estivales.
Les soirées dorées.
Les arbres nus puis feuillus.
Et nous aurions fabriqué quelque chose d'assez extraordinaire :
un calendrier des saisons sans avoir photographié un seul calendrier.
Nous aurions photographié ce que le temps fait au monde.
Peut-être que demain matin, la lumière traversera exactement comme aujourd'hui les feuilles d'un arbre.
Peut-être pas.
Le nuage aura bougé.
Le Soleil aussi.
Le vent aura tourné quelques feuilles.
Et ce petit dessin lumineux aperçu sur le chemin n'existera déjà plus tout à fait.
C'est peut-être cela qui rend la photographie si particulière.
Elle nous apprend que nous n'avons pas besoin d'attendre un événement extraordinaire pour sortir l'appareil.
Une ombre sur un mur peut suffire.
Un reflet dans une flaque.
Une feuille traversée par le soleil.
Quelques secondes de lumière sur une table.
Photographier, c'est parfois simplement dire :
« Regarde. Cela était là. Et je l'ai vu. »
Alors, en ce mois de septembre, je crois que je vais essayer de regarder un peu plus souvent.
Pas seulement les grandes choses.
Mais cette lumière qui change doucement autour de nous et qui, sans bruit, commence déjà à raconter le passage d'une saison à l'autre.
À bientôt sous le tilleul 🌿
P.S: Cette idée d'article m'a été soufflée par Millie, une fidèle lectrice du blog, au détour de l'un de nos échanges. J'ai tellement aimé l'idée de partir à la recherche de la lumière de septembre avec les enfants qu'elle a fini par devenir cette petite promenade photographique. Merci Millie pour cette jolie inspiration !!!