Il existe des albums jeunesse tendres.
Des albums poétiques.
Des albums qui font réfléchir.
Et puis il existe ceux qui provoquent presque immanquablement des éclats de rire dès les premières pages !
De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête appartient incontestablement à cette dernière catégorie. 😂
Écrit par Werner Holzwarth et illustré par Wolf Erlbruch, cet album devenu un classique de la littérature jeunesse part d'une situation aussi simple qu'improbable.
Un matin, une petite taupe sort de terre et reçoit… une crotte sur la tête !
Évidemment, elle n'a aucune intention d'en rester là.
Elle veut découvrir le coupable.
Commence alors une drôle d'enquête au cours de laquelle notre petite taupe va interroger différents animaux.
Et derrière cette histoire qui fait tant rire les enfants se cache finalement un album beaucoup plus intéressant qu'il n'y paraît!
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La petite taupe est bien décidée à savoir qui lui a fait ce mauvais coup.
Elle part donc questionner les animaux qu'elle rencontre.
Chacun lui répond, en substance, que non, ce n'est pas lui… et lui en apporte une démonstration plutôt convaincante !
Et forcément, pour les enfants, c'est irrésistible.
Parce que parlons franchement : les histoires de caca ont rarement besoin de beaucoup d'efforts pour déclencher des fous rires chez les petits ! 😂
Mais ce que j'aime dans cet album, c'est que cet humour devient justement une porte d'entrée vers l'observation.
Page après page, l'enfant découvre que les déjections des animaux ne se ressemblent pas.
Et sans avoir l'impression d'assister à une leçon de sciences naturelles, il commence déjà à observer, comparer et se questionner.
Probablement parce qu'il ose parler avec beaucoup d'humour d'un sujet qui les fascine naturellement.
Chez les jeunes enfants, le corps, le passage aux toilettes et tout ce qui en découle font partie des grandes découvertes du quotidien.
Il n'y a rien de honteux ou de ridicule là-dedans.
C'est leur corps.
Ils cherchent simplement à comprendre comment il fonctionne.
Et la littérature jeunesse permet parfois d'aborder ces sujets avec beaucoup plus de légèreté.
Mais il y a également le caractère de cette petite taupe.
Elle est déterminée.
Curieuse.
Un peu vexée aussi !
Et elle poursuit son enquête jusqu'au bout.
Les enfants peuvent facilement anticiper la répétition de l'histoire et attendre avec impatience la rencontre suivante.
C'est certainement l'aspect que je trouve le plus intéressant.
Car une fois le fou rire passé, une question peut apparaître :
Mais au fait… pourquoi les crottes des animaux sont-elles différentes ?
Et voilà comment une histoire complètement loufoque peut devenir le point de départ d'une véritable exploration de la nature.
Lors d'une promenade en forêt ou à la campagne, on peut parfois observer des traces laissées par les animaux.
Une empreinte dans la boue.
Quelques poils accrochés à une branche.
Une plume.
Une pomme de pin grignotée.
Ou encore des déjections.
Ces indices permettent aux naturalistes de savoir quels animaux sont passés à un endroit, parfois sans jamais les apercevoir.
On peut alors expliquer simplement aux enfants que les animaux laissent des traces de leur passage partout dans la nature.
Apprendre à les repérer, c'est un peu devenir détective de la forêt!
Et si nous prolongions l'histoire dehors ?
Lors de votre prochaine promenade, proposez simplement aux enfants de chercher des indices de présence animale.
Pas besoin de ramasser quoi que ce soit.
On observe seulement.
On peut chercher :
une empreinte ;
une plume tombée au sol ;
une coquille d'escargot vide ;
une noisette grignotée ;
un nid aperçu dans un arbre ;
un trou dans la terre ;
des traces laissées sur un chemin.
Et pourquoi pas emporter un petit carnet ?
Les enfants peuvent dessiner ce qu'ils ont observé et essayer ensuite de découvrir quel animal est passé par là.
Une simple lecture devient alors le début d'une petite enquête grandeur nature.
Avec les jeunes enfants, nul besoin d'aller très loin dans les explications.
On peut simplement observer les illustrations, nommer les animaux et reproduire leurs cris.
On peut également poser de toutes petites questions :
Quel animal vois-tu ?
Où est la petite taupe ?
Qui va-t-elle rencontrer maintenant ?
Et surtout…
laisser les enfants rire !
Tous les albums n'ont pas besoin d'être transformés en activité pédagogique.
Parfois, lire ensemble pour le simple plaisir de partager une histoire drôle est déjà largement suffisant.
Avec des enfants plus grands, l'album peut même conduire à des questions étonnamment riches.
À quoi servent les déjections dans la nature ?
Que deviennent-elles ?
Pourquoi certains animaux marquent-ils leur territoire ?
Comment les scientifiques peuvent-ils étudier la présence d'animaux sauvages grâce aux traces qu'ils laissent ?
Et voilà que notre petite taupe, avec sa drôle de mésaventure, nous conduit doucement vers la biologie et l'écologie !
C'est exactement ce que j'aime avec les livres vivants : une histoire peut ouvrir une multitude de chemins sans que nous sachions à l'avance lequel l'enfant aura envie d'emprunter.
J'aime les albums capables de faire rire les enfants tout en leur donnant envie d'observer le monde.
De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête en est un merveilleux exemple.
On peut simplement le lire pour rire ensemble.
On peut partir à la découverte des animaux.
On peut observer leurs traces.
On peut parler du fonctionnement du corps.
Ou l'on peut refermer le livre et passer à autre chose.
Parce qu'un livre n'a pas toujours besoin d'avoir une utilité.
Le plaisir de lire, de rire et de réclamer :
« Encore une fois ! »
est peut-être déjà le plus beau cadeau qu'un album puisse offrir.
À bientôt sous le tilleul 🌿