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Faire découvrir René Magritte aux enfants avec un jeu : “Qu’est-ce qui ne devrait pas être là ?”

Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿

Aujourd'hui, nous allons rencontrer un peintre belge.

Mais nous n'allons commencer ni par sa date de naissance…

ni par le nom du mouvement artistique auquel il appartient…

ni même par son nom.

Nous allons simplement poser un tableau devant les enfants et demander :

« Est-ce que quelque chose vous paraît bizarre ? »

Et avec René Magritte…

nous risquons de ne pas attendre très longtemps.

😂

Un homme dont le visage disparaît derrière une pomme.

Un train qui surgit d'une cheminée.

Une pièce dans laquelle les objets semblent avoir décidé de devenir beaucoup trop grands.

Une nuit installée sous un ciel parfaitement bleu.

Chez Magritte, le monde ressemble souvent au nôtre.

Et pourtant…

quelque chose ne va pas.

Voilà précisément par où nous allons entrer dans son univers.

Première règle : ne rien expliquer

Choisissons quelques reproductions.

Pas quinze.

Trois ou quatre suffiront largement pour commencer.

Et surtout, ne racontons encore rien.

Ne disons pas :

« Magritte était un peintre surréaliste. »

Ne donnons même pas forcément le titre de l'œuvre.

Posons simplement l'image devant les enfants.

Et attendons.

Puis demandons :

« Qu'est-ce que tu vois ? »

Cette première question est importante.

Avant de chercher l'étrange, commençons par regarder ce qui est réellement représenté.

Un homme.

Une pomme.

Une fenêtre.

Une maison.

Un ciel.

Une cheminée.

Un train.

Des objets parfaitement ordinaires.

Puis vient la deuxième question :

« Et maintenant… qu'est-ce qui te paraît impossible ou étrange ? »

L'enquête commence.

 

Une pomme devant un visage

Nous pouvons commencer avec l'une des images les plus immédiatement reconnaissables de Magritte :

Le Fils de l'homme.

Nous voyons un homme en manteau sombre et chapeau melon.

Derrière lui, la mer et un ciel nuageux.

Jusque-là…

rien de particulièrement impossible.

Puis notre regard arrive sur son visage.

Ou plutôt :

essaie d'arriver sur son visage.

Parce qu'une grosse pomme verte flotte juste devant.

Demandons aux enfants :

« Est-ce la pomme qui est étrange ? »

Pas vraiment.

Une pomme est parfaitement ordinaire.

« Est-ce l'homme qui est étrange ? »

Pas nécessairement non plus.

Alors qu'est-ce qui nous dérange ?

C'est leur rencontre.

Une pomme à cet endroit-là.

Suspendue devant un visage.

Sans raison apparente.

Et voilà déjà une clé merveilleuse pour entrer chez Magritte :

il n'a pas toujours besoin d'inventer des objets fantastiques.

Il lui suffit parfois de déplacer les objets ordinaires.

Un train dans une cheminée

Passons à La Durée poignardée — œuvre souvent connue sous son titre anglais Time Transfixed.

Nous découvrons un intérieur plutôt élégant.

Une cheminée.

Une pendule.

Un miroir.

Des chandeliers.

Puis…

un petit train à vapeur surgit de la cheminée.

😂

Demandons :

« Où devrait normalement se trouver ce train ? »

Sur des rails.

Dehors.

Dans une gare.

Dans un paysage.

Et pourtant le voilà dans un salon.

Magritte vient de prendre deux choses parfaitement compréhensibles séparément :

une cheminée

et

une locomotive

pour créer quelque chose que notre cerveau ne sait plus tout à fait où ranger.

Quand les objets deviennent beaucoup trop grands

Regardons ensuite Les Valeurs personnelles.

Cette fois, nous sommes dans une chambre.

Nous reconnaissons le lit.

L'armoire.

Les murs.

Le plafond.

Et des objets familiers.

Mais certains semblent avoir oublié une règle essentielle du monde réel :

leur taille.

Un peigne devient gigantesque.

Un verre prend des proportions absurdes.

Un savon paraît monumental.

Notre jeu change alors légèrement.

Nous ne demandons plus seulement :

« Qu'est-ce qui ne devrait pas être là ? »

Mais :

« Qu'est-ce qui pourrait parfaitement être là… mais pas comme ça ? »

Voilà une distinction formidable.

Un peigne dans une chambre ?

Pourquoi pas.

Un peigne presque aussi grand que le meuble ?

Ah.

Là, nous avons un problème.

😂

Est-ce le jour ou la nuit ?

Puis montrons L'Empire des lumières.

Et demandons simplement :

« Quelle heure est-il ? »

La réponse devrait être facile.

Regardons le ciel.

Il est bleu.

Clair.

Couvert de jolis nuages blancs.

Donc il fait jour.

Puis regardons la maison et la rue.

Tout est sombre.

Un réverbère est allumé.

Les fenêtres sont éclairées.

Il fait nuit.

Alors ?

Jour ou nuit ?

Les deux semblent coexister.

Et notre cerveau cherche immédiatement une explication.

C'est précisément ce qui devient passionnant.

Magritte ne nous montre pas forcément un monde totalement fantastique.

Il assemble parfois des réalités familières qui, normalement, ne devraient pas se produire ensemble.

 

Le ciel entre dans la maison

Chez Magritte, les frontières elles-mêmes peuvent devenir suspectes.

Un ciel peut apparaître là où nous ne l'attendions pas.

Un paysage peut se confondre avec ce qui le représente.

L'intérieur et l'extérieur peuvent sembler jouer ensemble.

Et les enfants commencent alors à comprendre le jeu.

Nous pouvons leur demander :

« Quelle règle du monde Magritte a-t-il cassée ici ? »

La règle de la taille ?

De l'endroit ?

Du jour et de la nuit ?

De la gravité ?

De ce qui devrait être caché ou visible ?

Tout à coup, regarder un tableau ressemble presque à résoudre une énigme.

 

Pourquoi notre cerveau remarque-t-il si vite que quelque chose cloche ?

Parce que nous possédons déjà une immense bibliothèque du monde dans notre tête.

Nous savons approximativement :

la taille d'une pomme ;

où roule un train ;

à quoi ressemble une chambre ;

qu'un ciel de plein jour n'accompagne normalement pas une rue plongée dans la nuit.

Nous n'avons pas besoin de réciter ces règles.

Notre cerveau les utilise constamment.

Magritte peut donc jouer avec elles.

Il nous montre quelque chose de suffisamment familier pour que nous le reconnaissions…

puis modifie une règle.

Et immédiatement :

« Hé ! Ce n'est pas normal ! »

 

Alors seulement, présentons René Magritte

Maintenant que les enfants ont joué, nous pouvons enfin révéler notre peintre.

René Magritte est un artiste belge né en 1898 à Lessines et mort en 1967 à Bruxelles.

Il est devenu l'une des grandes figures du surréalisme.

Et cette fois, le mot possède déjà une expérience derrière lui.

Nous n'avons pas commencé par :

SURRÉALISME = définition à apprendre.

Nous avons d'abord rencontré :

une pomme impossible ;

un train dans une cheminée ;

un peigne géant ;

un ciel de jour au-dessus d'une nuit.

Le mot arrive ensuite pour nous aider à comprendre ce que nous avons observé.

 

Mais qu'est-ce que le surréalisme ?

Pour des enfants, nous pouvons rester très simples.

Les artistes surréalistes ont notamment exploré les rêves, l'imagination, les associations inattendues et tout ce qui pouvait échapper à la logique habituelle.

Mais Magritte possède une manière très particulière de nous déstabiliser.

Ses objets sont souvent peints d'une façon reconnaissable.

Une pomme ressemble à une pomme.

Un chapeau à un chapeau.

Une maison à une maison.

Un nuage à un nuage.

C'est leur relation qui devient étrange.

Et c'est probablement pour cela que son univers se prête si merveilleusement au jeu avec les enfants.

 

Il ne peint pas simplement « n'importe quoi »

C'est une nuance importante.

Après avoir découvert quelques tableaux, un enfant pourrait conclure :

« Ah, le surréalisme, c'est mettre n'importe quoi n'importe où ! »

Pas tout à fait.

😂

L'étrangeté fonctionne justement parce que l'image est construite.

Il existe une tension entre ce que nous connaissons et ce que le tableau nous propose.

Si tout était étrange, nous n'aurions plus rien de normal auquel comparer l'impossible.

Pour créer une image vraiment surprenante, il faut donc conserver une grande partie du monde ordinaire.

Puis…

déplacer une seule règle.

 

À notre tour : photographier quelque chose de parfaitement banal

Et voilà notre activité.

Prenons un téléphone ou un appareil photo.

Photographions l'endroit le moins extraordinaire possible.

La cuisine.

Le canapé.

Une porte.

Le couloir.

La table du petit-déjeuner.

Une bibliothèque.

Le lavabo.

Le balcon.

Pas besoin de préparer le décor.

Au contraire.

Plus il est banal, mieux c'est.

Parce que nous allons maintenant lui faire subir le test Magritte.

 

Une seule chose impossible

Imprimons la photographie.

Ou utilisons une photocopie.

Puis demandons :

« Qu'est-ce que nous pourrions ajouter pour que cette pièce devienne impossible ? »

Une baleine flottant au-dessus de la table ?

Une pomme aussi grosse que le canapé ?

Un nuage sortant du four ?

Un poisson nageant devant la bibliothèque ?

Une porte qui ouvre directement sur la Lune ?

Un immense œuf installé dans le fauteuil ?

😂

L'enfant dessine son élément impossible directement sur la photographie ou sur un calque posé dessus.

Et voilà notre maison devenue légèrement suspecte.

 

Mais imposons une règle

Un seul élément impossible.

C'est beaucoup plus intéressant.

Si nous ajoutons quinze choses fantastiques, nous obtenons un monde imaginaire.

Si nous conservons toute la photographie réelle et modifions seulement une chose…

l'étrangeté devient beaucoup plus forte.

Une cuisine normale.

Une table normale.

Des chaises normales.

Et au milieu :

un rhinocéros minuscule dans le sucrier.

😂

L'œil se précipite immédiatement dessus.

 

Les cinq façons de rendre le quotidien impossible

Si l'inspiration manque, nous pouvons proposer cinq petits défis.

Changer la taille.

Une cuillère gigantesque dans la cuisine.

Changer l'endroit.

Une barque dans le salon.

Changer le ciel ou le moment.

Une fenêtre montrant des étoiles alors que la pièce baigne dans le soleil.

Changer la gravité.

Les chaussures flottent au plafond.

Associer deux choses qui ne vont normalement pas ensemble.

Un poisson nage dans une tasse de thé.

Une seule transformation suffit.

 

Le test du « presque normal »

Une fois le dessin terminé, montrons-le à quelqu'un qui n'a pas participé.

Et ne disons rien.

Attendons.

Combien de secondes lui faut-il pour remarquer :

« Mais… pourquoi il y a une girafe dans la baignoire ? »

Plus l'image paraît normale au premier coup d'œil, plus la découverte peut être amusante.

 

Revenir ensuite aux tableaux

C'est maintenant que quelque chose de très intéressant peut se produire.

Reprenons les œuvres de Magritte.

Cette fois, les enfants ne les regardent plus seulement comme spectateurs.

Ils ont eux-mêmes essayé de créer une contradiction visuelle.

Demandons :

« Quelle règle a-t-il changée ? »

Taille ?

Lieu ?

Temps ?

Proportion ?

Visibilité ?

Relation entre les objets ?

Nous commençons à regarder non seulement ce qui est peint, mais comment l'idée a été construite.

 

Et pourquoi toujours cette pomme ?

La pomme est devenue l'un des motifs immédiatement associés à Magritte, comme le chapeau melon, les nuages ou certains personnages masculins.

Mais là encore, ce sont des choses extraordinairement ordinaires.

C'est presque cela qui est le plus amusant.

Magritte n'a pas besoin d'un dragon à sept têtes.

Il prend :

une pomme ;

une pipe ;

un chapeau ;

une fenêtre ;

un ciel ;

une maison.

Et il réussit à rendre le quotidien mystérieux.

Et la fameuse pipe ?

Impossible de rencontrer Magritte sans finir par croiser La Trahison des images.

Une pipe est représentée.

Et sous l'image apparaît la célèbre phrase indiquant que ce n'est pas une pipe.

Voilà de quoi provoquer immédiatement :

« Ben si ! »

😂

Mais si nous essayons de prendre cette pipe…

impossible.

Nous ne pouvons pas la bourrer de tabac.

Nous ne pouvons pas la tenir.

Parce que nous n'avons pas une pipe devant nous.

Nous avons l'image d'une pipe.

Et soudain, une simple peinture devient une question philosophique formidable pour un enfant :

une image d'une chose est-elle la chose elle-même ?

 

Essayons avec une pomme

Photographions une pomme.

Puis posons la vraie pomme à côté de la photographie.

Demandons :

« Laquelle peut-on manger ? »

😂

Les deux représentent-elles une pomme ?

Oui, d'une certaine manière.

Mais une seule est une pomme.

Nous venons d'entrer dans une question très sérieuse sur la représentation…

avec notre goûter.

C'est tout de même assez merveilleux.

 

Et puisque Magritte est belge…

Voilà aussi une magnifique occasion de rappeler aux enfants que l'histoire de l'art ne se déroule pas uniquement très loin.

René Magritte appartient pleinement à l'histoire artistique belge.

À Bruxelles, le Musée Magritte permet d'ailleurs de découvrir un ensemble exceptionnel consacré à son œuvre.

Un artiste rencontré dans un livre peut donc devenir le prétexte d'une véritable sortie.

Et après notre jeu du :

« Qu'est-ce qui ne devrait pas être là ? »

je parie que la visite ne se déroulerait plus du tout de la même manière.

 

Avec les plus petits

Ne parlons même pas nécessairement de surréalisme.

Montrons deux ou trois œuvres accessibles et demandons simplement :

« Trouve le truc bizarre. »

Puis jouons nous-mêmes avec des objets.

Posons une chaussure dans le panier à fruits.

Un doudou dans une casserole.

Une petite voiture sur un oreiller.

Et demandons :

« Qu'est-ce qui ne devrait pas être là ? »

L'idée d'objet déplacé devient immédiatement concrète.

 

Avec les plus grands

Nous pouvons aller beaucoup plus loin.

Pourquoi l'image nous dérange-t-elle ?

Quelle règle a été modifiée ?

Que se passerait-il si nous changions encore un élément ?

Le titre influence-t-il notre interprétation ?

L'image représente-t-elle quelque chose de réel ?

Quelle différence existe-t-il entre l'objet et sa représentation ?

Et surtout :

une œuvre doit-elle forcément raconter quelque chose que nous pouvons expliquer ?

Voilà de quoi ouvrir de sacrées conversations.

 

Inventer le jeu « À la manière de Magritte »

Préparons trois petits tas de papiers.

Dans le premier, des objets :

pomme ;

chaussure ;

livre ;

poisson ;

parapluie ;

chaise.

Dans le deuxième, des lieux :

cuisine ;

forêt ;

ciel ;

salle de bains ;

chambre ;

rue.

Dans le troisième, une transformation :

gigantesque ;

minuscule ;

flottant ;

à l'envers ;

caché ;

multiplié.

Nous tirons un papier de chaque tas.

Et nous obtenons peut-être :

un poisson + une chambre + gigantesque.

À nous d'imaginer l'image.

Attention cependant : il ne s'agit pas de fabriquer de faux « Magritte ».

Nous nous inspirons d'un principe observé chez lui pour expérimenter à notre tour.

 

Faire notre petite exposition des impossibles

Accrochons ensuite nos photographies transformées.

Et surtout…

ne donnons aucune explication.

Invitons les autres membres de la famille à les regarder.

Leur mission :

repérer ce qui ne devrait pas être là.

Puis chacun peut inventer un titre.

Et voilà peut-être la plus jolie surprise :

une même image peut recevoir plusieurs interprétations.

L'art ne nous demande pas toujours de trouver la bonne réponse.

Il peut nous demander de regarder plus longtemps.

 

Sous le tilleul 🌿

J'aime beaucoup l'idée qu'un enfant puisse rencontrer René Magritte sans connaître d'abord le mot surréalisme.

Qu'il puisse simplement regarder.

Sourire.

Froncer les sourcils.

Puis dire :

« Mais ça ne peut pas être comme ça ! »

Parce que c'est déjà entrer dans l'œuvre.

Nous expliquerons les mouvements artistiques ensuite.

Nous apprendrons les dates.

Nous découvrirons l'histoire du peintre.

Mais avant tout cela, il y aura eu une pomme devant un visage.

Un train sortant d'une cheminée.

Un peigne devenu gigantesque.

Une maison plongée dans la nuit sous un ciel de plein jour.

Et une question :

« Qu'est-ce qui ne devrait pas être là ? »

Puis, peut-être, une deuxième :

« Et si c'était justement là que commençait l'idée ? »

Après Magritte, il devient légèrement plus difficile de regarder une pomme, un nuage ou un chapeau melon comme avant.

Et je trouve que c'est plutôt bon signe.

Cela signifie qu'un peintre a réussi quelque chose d'assez extraordinaire :

rendre étrange le monde que nous pensions connaître par cœur. 

 

À bientôt sous le tilleul 🌿

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L
Je ne sais pas pourquoi ce tableau m'a toujours mis mal à l'aise<br /> belle journée à toi<br /> bisous ma belle
Répondre
Oh, c'est amusant que tu me dises ça, ma belle ! C'est justement ce qui est fascinant chez Magritte : ses tableaux peuvent nous sembler familiers au premier regard, tout en provoquant un drôle de malaise lorsqu'on les observe davantage.<br /> <br /> Il avait vraiment le don de rendre étrange ce qui paraît pourtant tout à fait ordinaire ! <br /> <br /> Et je trouve intéressant qu'une même œuvre puisse émerveiller une personne et en mettre une autre mal à l'aise. C'est aussi toute la richesse de l'art ! <br /> <br /> Belle nuit ma belle, gros bisous !