Bonjour et bienvenue sous le tilleul 🌿
Il tient au creux de la main.
Nous pouvons le faire rouler entre nos doigts, le glisser dans une poche ou passer devant des dizaines d'entre eux sans vraiment les regarder.
Un gland.
À première vue, rien de particulièrement extraordinaire.
Et pourtant…
à l'intérieur de cette petite coque se trouve un chêne potentiel.
Mais pour devenir un arbre, encore faut-il que notre gland trouve un endroit où germer.
Et c'est ici qu'entre en scène un jardinier plutôt inattendu.
Il n'a ni pelle.
Ni arrosoir.
Ni brouette.
Il possède en revanche deux ailes, une remarquable mémoire et de jolies plumes bleues.
🐦 Le geai des chênes.
En automne, cet oiseau transporte et cache des quantités impressionnantes de glands afin de constituer des réserves pour les mois suivants.
Seulement voilà :
il ne les retrouvera pas tous.
Et certains de ces petits trésors oubliés pourront alors commencer une toute autre aventure.
🌰 → 🌱 → 🌳
Partons enquêter!
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Notre activité commence dehors.
Pas avec une fiche.
Pas avec une vidéo.
Pas même avec une photographie du geai.
Commençons par chercher un vrai chêne.
Une fois trouvé, observons-le.
À quoi ressemble son écorce ?
Quelle forme possèdent ses feuilles ?
Son tronc est-il large ?
Pouvons-nous entourer celui-ci avec nos bras ?
Puis regardons à nos pieds.
En cette saison, nous pourrons peut-être découvrir ce que nous cherchons :
des glands.
Prenons-en quelques-uns dans nos mains.
Comparons-les.
Celui-ci est gros.
Celui-là beaucoup plus petit.
L'un est encore verdâtre.
Un autre est brun.
Certains possèdent encore leur petite cupule.
D'autres l'ont perdue.
Nous pouvons déjà remplir une page entière de carnet simplement avec ce que nous venons d'observer.
Posons la question avant de donner la réponse.
« À ton avis, qu'est-ce que c'est ? »
Un fruit ?
Une graine ?
Une coque ?
En réalité, le gland est le fruit du chêne.
À l'intérieur se trouve une graine qui, lorsque les conditions sont favorables, pourra germer.
Un gland tombé au sol possède donc un potentiel extraordinaire.
Mais cela ne signifie évidemment pas que chacun deviendra un chêne.
Certains seront mangés.
D'autres pourriront.
D'autres ne trouveront pas les conditions nécessaires à leur développement.
Et certains…
seront emportés.
Essayons maintenant de repérer le geai des chênes (Garrulus glandarius).
Il appartient à la famille des corvidés, comme les pies, les corneilles et les corbeaux.
Natagora le décrit comme un oiseau d'environ 34 centimètres, présent notamment dans les forêts de feuillus, les grands parcs et certains jardins. Son plumage brun rosé est ponctué de noir et de blanc, mais il possède surtout un détail magnifique :
de petites plumes bleues barrées de noir sur les ailes.
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Une fois que nous avons appris à reconnaître ce bleu, nous pouvons commencer à le chercher lors de nos promenades.
Mais il existe un autre moyen de repérer notre oiseau.
L'écouter.
Le geai possède notamment un cri rauque et puissant qui trahit parfois sa présence avant que nous ayons réussi à le voir.
Le nom de notre oiseau constitue déjà un indice assez sérieux.
😂
À l'automne, les glands deviennent pour lui une ressource alimentaire particulièrement importante.
Et plutôt que de consommer immédiatement tout ce qu'il trouve, le geai fait quelque chose que nous faisons nous-mêmes avec les provisions :
il constitue des réserves.
Il sélectionne des glands.
Les transporte.
Puis va les cacher dans différents endroits afin de pouvoir revenir les chercher plus tard.
Natagora indique qu'il peut transporter plusieurs glands à la fois et qu'au cours de l'automne il en enfouit plusieurs milliers.
Des milliers !
Voilà qui change légèrement l'image du petit oiseau partant tranquillement avec son gland dans le bec.
😂
Et c'est ici que l'histoire devient passionnante.
Le geai ne se contente pas de laisser ses réserves au pied de l'arbre.
Il transporte les glands.
Parfois tout près.
Parfois beaucoup plus loin.
Des travaux rapportés par Aves décrivent des déplacements allant de quelques mètres à plusieurs kilomètres.
Prenons notre gland dans la main.
Imaginons qu'il tombe simplement sous son arbre.
Puis imaginons maintenant :
- un geai le saisit ;
- s'envole ;
- le transporte ;
- l'enfouit ailleurs.
Notre gland vient de changer d'adresse.
Et pour le chêne, ce détail est loin d'être insignifiant.
Regardons sous un grand chêne.
Imaginons que tous ses glands germent exactement à ses pieds.
Des dizaines de petits arbres se retrouveraient au même endroit.
Ils devraient notamment se partager :
la lumière ;
l'eau ;
l'espace ;
les ressources du sol.
Et surtout, ils grandiraient sous l'ombre d'un arbre déjà immense.
Lorsqu'un animal transporte une graine plus loin, celle-ci peut arriver dans un endroit différent où elle aura peut-être davantage de possibilités de se développer.
C'est ce que l'on appelle la dispersion des graines.
Et notre geai est un formidable disperseur de glands.
Voilà probablement la question que les enfants poseront.
Parce que nous aurions déjà du mal à nous souvenir de l'endroit où nous avons posé nos clés hier soir.
Alors plusieurs milliers de glands…
😂
Les geais possèdent d'impressionnantes capacités de mémoire spatiale qui leur permettent de retrouver une grande partie de leurs réserves.
Une grande partie.
Mais pas toutes.
Et c'est précisément là que notre histoire de forêt commence.
Imaginons une cache.
L'hiver arrive.
Notre geai récupère certains de ses glands.
Mais celui-ci reste là.
Personne ne vient le chercher.
Si le gland est viable et que les conditions sont favorables, il peut alors…
germer.
Une petite racine apparaît.
Puis une pousse.
Puis quelques feuilles.
Et après beaucoup, beaucoup de temps…
🌰 → 🌱 → 🌳
un nouveau chêne peut se développer.
Le Muséum national d'Histoire naturelle décrit lui aussi ce rôle du geai : certains glands cachés et oubliés peuvent germer et participer au renouvellement des chênaies.
Le geai préparait simplement ses réserves alimentaires.
Et sans le vouloir…
il a planté un arbre.
Ce n'est pas seulement une jolie histoire théorique.
Natagora donne un exemple particulièrement parlant dans la réserve naturelle Aux Sources de la Jette, près de Gembloux.
On y trouve un talus portant des chênes pédonculés qui se sont développés à partir de glands cachés puis non retrouvés par des geais.
J'adore cette idée.
Quelque part en Belgique, nous pouvons donc regarder des arbres et raconter :
« Ceux-là sont là, au moins en partie, parce que des oiseaux ont oublié leur goûter. »
😂
Pas exactement.
Un gland peut éventuellement devenir un chêne.
Mais imaginons maintenant le phénomène à une autre échelle.
Un geai.
Puis plusieurs geais.
Des milliers de glands transportés chaque automne.
Des années.
Des décennies.
Des générations d'oiseaux.
Certains glands germent.
Les jeunes chênes grandissent.
Ils produisent à leur tour des glands.
D'autres animaux déplacent eux aussi des graines.
Le paysage évolue.
Petit à petit, nous comprenons quelque chose d'essentiel :
une forêt n'est pas seulement une collection d'arbres.
C'est le résultat d'une immense quantité d'interactions entre le sol, les plantes, les champignons, le climat, les animaux…
et le temps.
Voici notre expérience.
Et cette fois, utilisons de vrais glands. 😍
Lors d'une promenade, dans un endroit où leur collecte est permise, ramassons raisonnablement :
10 glands tombés au sol.
Pas un sac entier.
Nous n'avons besoin que de dix petits glands pour comprendre notre phénomène.
Un enfant devient alors :
🐦 LE GEAI DES CHÊNES.
Sa mission ?
Cacher ses dix glands dans un espace extérieur bien délimité.
Il peut les dissimuler :
sous quelques feuilles ;
près d'une racine ;
contre une souche ;
à proximité d'une pierre ;
dans différents petits endroits faciles à remettre en état.
Nous évitons évidemment de creuser profondément ou de perturber le milieu.
Puis…
nous repartons.
Revenons exactement au même endroit.
Et annonçons à notre petit geai :
« L'hiver approche. Il est temps de retrouver tes provisions ! »
😂
Combien de glands retrouvera-t-il ?
10 ?
9 ?
7 ?
5 ?
Comptons.
Supposons qu'il en retrouve 7.
Il reste donc :
🌰🌰🌰
trois glands oubliés.
Et voilà notre phénomène devenu visible.
Dans la nature, certains glands cachés par le véritable geai ne sont pas récupérés. Parmi eux, certains pourront éventuellement germer si les conditions leur conviennent.
Notre jeu ne mesure évidemment pas la mémoire réelle d'un geai.
Si notre enfant retrouve quatre glands, cela ne signifie absolument pas :
« Un geai retrouve 40 % de ses réserves. »
😂
Nous reproduisons seulement le principe :
faire de nombreuses caches → en récupérer → en laisser certaines derrière soi.
C'est un modèle.
Pas une expérience permettant de mesurer le comportement réel de l'animal.
À la fin du jeu, l'adulte retrouve et récupère également les glands restants.
Pourquoi ?
Parce que notre activité n'a pas pour objectif de planter artificiellement des chênes dans un espace naturel qui ne nous appartient pas.
Nous laissons le lieu tel que nous l'avons trouvé.
Nous pouvons ensuite rapporter nos quelques glands pour poursuivre nos observations à la maison, ou les replacer à l'endroit où leur collecte était autorisée selon les règles du lieu.
Voilà aussi une jolie leçon de Forest School :
nous allons dans la nature pour apprendre avec elle, pas pour la réorganiser à notre convenance.
Avant de ranger nos glands, comptons.
Glands cachés : 10
Glands retrouvés : 7
Glands oubliés : 3
Pour les plus petits, manipulons simplement.
Une rangée de sept.
Une rangée de trois.
Combien en manque-t-il ?
Avec les plus grands, allons plus loin.
7/10 retrouvés.
3/10 oubliés.
Soit :
70 % retrouvés ;
30 % oubliés.
Et voilà comment notre geai vient discrètement de nous faire travailler les fractions et les pourcentages.
😂
Nous pouvons refaire le jeu une seconde fois.
Mais cette fois, avant de partir, dessinons une carte très simple du terrain.
Un arbre.
Une souche.
Le chemin.
Une grosse pierre.
Un buisson.
Puis indiquons les dix caches avec de petits symboles.
Une semaine plus tard, reprenons notre carte.
Aide-t-elle notre geai à retrouver davantage de glands ?
Nous venons d'ajouter :
orientation ;
représentation de l'espace ;
lecture d'un plan ;
mémoire ;
géographie.
Tout cela avec dix glands.
Demandons maintenant à l'enfant :
« Comment pourrais-tu mieux te souvenir de tes cachettes ? »
Peut-être choisira-t-il :
toujours un élément remarquable ;
une souche particulière ;
une pierre ;
une forme dans le paysage ;
une certaine distance.
Puis recommençons.
Retrouve-t-il davantage de glands ?
Nous pouvons alors discuter de mémoire spatiale sans prétendre reproduire celle du geai.
Notre expérience parle désormais autant de notre cerveau que de la forêt.
Lors de nos promenades suivantes, ouvrons l'œil.
Cherchons :
- un chêne adulte ;
- des glands ;
- un tout jeune chêne ;
- un geai.
Et voilà une excellente occasion d'apprendre aux enfants à ne pas transformer une hypothèse en certitude.
Nous découvrons un petit chêne loin d'un grand arbre.
Pouvons-nous annoncer :
« C'est un geai qui l'a planté ! »
Non.
Peut-être.
D'autres animaux peuvent déplacer des glands et d'autres phénomènes interviennent.
La bonne réponse du petit scientifique est donc :
« C'est possible. Mais nous n'en avons pas la preuve. »
Et cette phrase vaut probablement autant que toute l'activité.
Dans notre carnet, dessinons quatre cases.
Dessin de la feuille.
Dessin ou empreinte de sa forme.
Dessin de l'oiseau en observant une photographie fiable.
Dessin d'une jeune pousse si nous en trouvons une.
Puis relions-les avec des flèches.
Chêne → gland → geai → cache → gland oublié → germination → nouveau chêne.
Voilà tout notre article résumé sur une seule page!
Nous pouvons prolonger l'expérience à la maison avec un gland viable collecté là où cela est autorisé.
Mais avant de faire quoi que ce soit, posons une question :
« Que va-t-il sortir en premier ? »
Les feuilles ?
La tige ?
La racine ?
Puis observons.
Photographions.
Datons.
Mesurons.
Nous pouvons suivre l'évolution semaine après semaine.
Notre activité commencée lors d'une promenade de septembre devient alors une expérience beaucoup plus longue.
Si une germination réussit, créons une page :
MON CHÊNE
Date de germination :
Hauteur :
Nombre de feuilles :
Aspect :
Dessin :
Une fois par semaine, mesurons.
1 cm.
3 cm.
6 cm…
Nous obtenons progressivement un graphique de croissance.
Encore des mathématiques qui se sont glissées dans notre promenade.
😂
Et si nous envisageons ensuite de planter le jeune arbre dehors, renseignons-nous avant : un chêne devient immense, le terrain doit convenir et nous devons évidemment avoir l'autorisation de planter à cet endroit.
Prenons notre gland.
Demandons :
« Combien de temps faudra-t-il avant qu'il soit plus grand que toi ? »
Puis :
« Et dans vingt ans ? »
« Dans cinquante ans ? »
« Qui pourra s'asseoir sous cet arbre lorsque tu seras adulte ? »
Les arbres possèdent une manière extraordinaire de changer notre rapport au temps.
Une activité commencée avec un fruit de quelques centimètres peut soudain nous emmener plusieurs décennies dans le futur.
Au centre d'une grande feuille, dessinons :
🌳 UN CHÊNE
Puis cherchons tout ce qui peut lui être relié.
🐦 geai ;
🐿️ autres animaux ;
🐛 insectes ;
🍄 champignons ;
🪱 organismes du sol ;
🍂 feuilles mortes ;
🌧️ eau ;
☀️ lumière.
Ajoutons des fils entre eux.
Notre arbre devient progressivement le centre d'un immense réseau.
Nous pouvons alors introduire un mot :
écosystème.
La forêt n'est pas simplement faite d'arbres posés les uns à côté des autres.
Elle est faite de relations.
Restons dans une histoire extrêmement simple.
Prenons cinq glands.
Et racontons :
« Le geai adore les glands. Il les cache pour les manger plus tard. Mais parfois… il en oublie ! »
L'enfant cache les cinq.
Nous les cherchons.
Puis nous mimons :
🌰 gland ;
🌱 petite pousse ;
🌳 grand arbre.
Pas besoin d'expliquer la dispersion des graines avec un vocabulaire compliqué.
L'enfant vient déjà d'en comprendre le principe avec son corps et ses mains.
Nous pouvons introduire :
Garrulus glandarius ;
les corvidés ;
la dispersion des graines ;
la germination ;
les réserves alimentaires ;
la mémoire spatiale ;
les distances de transport ;
les fractions ;
les pourcentages ;
la cartographie ;
les relations écologiques.
Puis poser une question particulièrement intéressante :
« Le geai plante-t-il volontairement des chênes ? »
Non.
Son objectif est d'abord de constituer une réserve alimentaire.
La dispersion des chênes est une conséquence de son comportement.
Cette nuance est importante.
Nous évitons ainsi de raconter la nature comme si tous les animaux accomplissaient consciemment une mission pour aider les autres espèces.
Voilà probablement ce que je préfère dans cette activité.
Nous n'avons presque rien à préparer.
Le matériel est déjà dehors.
Un chêne.
Des glands.
Des feuilles.
Du sol.
Peut-être un geai.
Nous emportons simplement :
un carnet ;
un crayon ;
éventuellement des jumelles ;
et beaucoup de curiosité.
Puis nous laissons une question en entraîner une autre.
Pourquoi le gland tombe-t-il ?
Qui le mange ?
Pourquoi le geai le transporte-t-il ?
Comment retrouve-t-il ses caches ?
Que devient celui qu'il oublie ?
Pourquoi trouve-t-on parfois un chêne loin des autres ?
Nous étions simplement sortis ramasser dix glands.
Et nous voilà en train d'étudier tout un écosystème.
Il existe des jardiniers avec des bêches.
Des jardiniers avec des arrosoirs.
Des jardiniers qui savent exactement ce qu'ils ont planté et à quel endroit.
Et puis…
il existe le geai.
Il trouve un gland.
Le prend.
S'envole.
Le transporte loin de son arbre.
Le cache.
Puis revient en chercher beaucoup d'autres.
Pendant l'hiver, il retrouvera une partie de ses provisions.
Mais certaines resteront là.
Sous quelques feuilles.
Dans la terre.
Loin du chêne qui les a produites.
Et parmi ces petits trésors oubliés, quelques-uns auront peut-être exactement ce qu'il leur faut pour commencer à pousser.
Une racine.
Une tige.
Deux premières feuilles.
Puis les années passeront.
Le petit arbre deviendra grand.
Produira ses propres glands.
Et peut-être qu'un autre geai viendra un jour les emporter.
Alors non.
Un gland ne devient pas à lui seul une forêt.
Mais il peut devenir un arbre.
Et lorsqu'on ajoute les oiseaux, les autres animaux, le sol, la pluie, la lumière et énormément de temps…
nous découvrons quelque chose de beaucoup plus beau :
une forêt se construit aussi grâce aux relations invisibles entre tous ceux qui l'habitent.
À bientôt sous le tilleul 🌿